Après les élections du 9 juin, Paul Magnette (PS) semble détenir les clés de la situation, selon les observateurs de la rue de la Loi. Avec l’effondrement de l’Open Vld, les socialistes devraient devenir la famille politique dominante. Magnette, visant ouvertement le poste de Premier ministre, se dit « disponible ». Il insiste sur son désir de former un gouvernement sans la N-VA ni l’Open Vld. Dans le cadre de la promotion d’un nouveau livre, il lance une offensive médiatique, alertant sur une possible « paralysie du pays » en cas d’accession de l’extrême droite au pouvoir en Flandre. Il adresse un avertissement sérieux à la N-VA : « En s’alliant avec le Vlaams Belang, elle s’isolerait de tous les autres partis. » Malgré leur opposition idéologique, la N-VA et le PS, ennemis sur le papier, pourraient devenir des partenaires de discussion incontournables après les élections. En attendant, ils s’affronteront médiatiquement pendant encore cinq mois. Bien que Magnette ait évité un débat avec Bart De Wever (N-VA) en décembre, lors d’un événement caritatif à Louvain, les deux dirigeants prévoient bel et bien un débat télévisé lors de la campagne.
Dans l’actualité : PS et N-VA vont se confronter dans les mois à venir, dans le cadre inévitable de la campagne.
Les détails : Magnette défie déjà De Wever : pas d’accord avec le Vlaams Belang, sinon il sera « hors-jeu ». Mais attendra-t-il de former le gouvernement flamand avant de prendre des décisions au niveau fédéral ? Se présentera-t-il en tant que confédéraliste ? Quelle sera la prochaine étape, une circonscription fédérale ? Un duel télévisé promet d’être captivant.
- En décembre, Magnette a refusé un débat planifié entre les deux figures majeures de la politique belge. Bart De Smet, PDG d’Ageas, les avait invités à son événement caritatif annuel, sans préciser qu’il s’agirait d’un débat. Lorsque cela est devenu évident, le PS a finement indiqué que ce n’était pas l’intention de départ, confirmant une certaine réticence. « D’abord, nous devions venir seuls, puis ils nous ont demandé si monsieur De Wever pouvait aussi être là. Pas de problème, avions-nous répondu. Et puis cette idée de débat, non, ce n’est ni le lieu ni le moment », nous confirme-t-on au Boulevard de l’Empereur.
- Cependant, un débat entre ces titans est attendu durant la campagne, où les présidents du PS et de la N-VA s’affronteront. Un tel débat avait déjà été organisé en 2014 par RTL-TVi et VTM.
- Ce débat marquera une retrouvaille intéressante, surtout en coulisses. En effet, durant l’été 2020, les deux ont longuement négocié pour former un gouvernement et une réforme de l’État, démontrant une connexion personnelle. Certains au PS regardent avec nostalgie cette période de discussions.
- Cependant, le PS, et surtout Magnette, ont fermé la porte à la N-VA ces dernières années. Le bourgmestre de Charleroi craint d’être trop associé à cette période de rapprochement avec De Wever, qui reste mal vue par de nombreux électeurs francophones.
- Le PTB n’hésite pas à rappeler ces contacts passés. Raoul Hedebouw soulignera probablement ce point durant la campagne. « Le PS discute avec tous les présidents de parti avec lesquels il est au gouvernement, c’est déjà bien assez », indique-t-on au siège du PS.
- Magnette ne veut pas entrer en campagne en tant que « partenaire potentiel » de la N-VA. Il réitère partout que De Wever est l’ennemi, ne se présentant pas dans la même circonscription. Pour De Wever, la réciproque est vraie : ils sont et resteront les ennemis parfaits durant la campagne.
- Le bourgmestre d’Anvers, cependant, est plus explicite sur l’après-campagne : une réforme de l’État et le confédéralisme ne peuvent se faire qu’en collaboration avec les socialistes, une conviction partagée par toute la direction de la N-VA.
- Chez les nationalistes, personne n’est surpris que Magnette reste fermé à toute collaboration : « Le contraire serait surprenant », entend-on. Cependant, cette position rend De Wever vulnérable face au Vlaams Belang. Tom Van Grieken (Vlaams Belang) répète que « la N-VA refuse une alliance avec eux, mais est prête à vendre son âme au PS, alors qu’ils ne sont guère intéressés ».
L’essentiel : Magnette est en mode électoral.
- Magnette sort aujourd’hui un nouveau livre. Avec ses 172 pages, c’est une œuvre relativement brève selon ses standards, « fruit de ses vacances, une période où il ressentait le besoin d’écrire quelque chose ». À la différence de nombreux autres politiciens en campagne, le président du PS rédige entièrement ses livres lui-même.
- « L’Autre moitié du monde« est un essai sur le sens et la valeur du travail, un traité philosophique et académique assez consistant. Ce n’est pas un hasard si Magnette est également professeur de science politique.
- Le thème marque un retour aux sources. Avec ses discours sur « l’écosocialisme », il se rapprochait du mouvement écologiste, mais « la valeur du travail » renoue avec le langage classique de sa doctrine historique.
- Cependant, cette approche semble déconnectée de la réalité, surtout en comparaison avec le marché du travail flamand, où le chômage est presque inexistant.
- En Wallonie, la situation est très différente et une partie du livre traite de cela : l’indignation et la souffrance qui y sont liées sont profondément ancrées dans l’esprit du PS.
- « Pensez-vous vraiment que les gens aiment être au chômage ? Imaginez l’impact sur une personne qui doit faire face au regard de ses enfants tous les jours sans aller travailler. Quand elle n’a pour seule occupation que de rester à la maison et regarder la télévision », déclare Magnette ce matin dans De Standaard.
- Il précise : « Il y aura toujours un pourcentage de gens qui ne veulent pas vraiment travailler, mais la plupart aspirent à un emploi, à se sentir utiles et reconnus.«
- Mais pour le PS, cela ne signifie pas accepter « n’importe quel travail ». « Si vous placez un apprenti boulanger, passionné par le travail avec de la farine naturelle, du levain et un four à bois, dans une boulangerie industrielle où il doit juste verser des sacs de farine dans une machine, vous détruisez tout le sens de son métier. »
- En somme, cette perspective est loin d’être une base solide pour les prochaines négociations fédérales sur les réformes nécessaires du marché du travail (où même le gouvernement Vivaldi vise un taux d’emploi de 80 %, selon l’accord de coalition), en particulier pour les partis flamands. Mais pour Magnette, l’objectif n’est pas là : il s’agit des élections.
Pourquoi c’est important : Le PS lève un coin du voile. Magnette pense déjà sérieusement à la N-VA. Et donc, il menace.
- Dans une série d’interviews accordées à divers journaux, et lors de son passage hier à l’émission Jeudi en Prime sur la RTBF, Magnette a abordé des sujets dépassant le cadre de son livre, notamment la formation du gouvernement. Le message du leader du PS est constant depuis des mois : il souhaite exclure le MR et la N-VA, si possible. Cette position provoque une certaine inquiétude chez les libéraux francophones, qui prennent au sérieux la détermination de Magnette. « Former des coalitions les plus progressistes possibles » semble être le leitmotiv émanant du Boulevard de l’Empereur pour les cinq mois à venir.
- Par ailleurs, les efforts du MR pour établir une sorte d’alliance stratégique en réponse à cette situation, notamment avec la N-VA, sont fréquents. Cependant, De Wever adopte ironiquement une approche similaire à celle de Magnette envers le MR : un refus catégorique de dialogue. À la N-VA, on ne perçoit aucun intérêt à « conclure des accords discrets avec Georges-Louis Bouchez (MR) ». Selon eux, « ces accords n’existent pas ».
- Sur la RTBF, Magnette s’est étendu sur la réalité électorale en Flandre : « Si la Flandre se dote d’un gouvernement comprenant des nationalistes flamands de droite et l’extrême droite, cela pourrait paralyser l’ensemble du pays. Si la N-VA s’associe avec le Belang, elle sera mise au ban des autres partis et se retrouvera isolée. » C’est une allusion claire à De Wever, montrant que Magnette est réellement préoccupé par les alliances en Flandre. Il anticipe déjà une « paralysie fédérale » si la N-VA opte pour des choix radicaux.
- Le PS insiste sur le fait qu’ils ne sont pas les seuls à exprimer cette opinion. Comme le mentionne Vooruit : « Si la N-VA rompt même le cordon sanitaire au niveau local, cela signifiera également la fin des discussions pour nous. »
- Magnette se montre également sarcastique quant à la possibilité que la N-VA ne soit pas pressée de former un gouvernement flamand, liant ces négociations au niveau fédéral : « C’est absurde. Comment le grand défenseur du confédéralisme peut-il affirmer qu’aucun gouvernement régional ne peut être formé avant d’avoir une clarté au niveau fédéral ? Et ce, sans tenir compte des résultats en Flandre. C’est une manière de penser extrêmement intrigante pour un confédéraliste. Va-t-il bientôt réclamer une circonscription électorale fédérale ? », ironise Magnette dans De Standaard, visant De Wever.
- Pour l’instant, la N-VA ne réagit pas à ces premières escarmouches. C’est le calme avant la tempête, annonçant ce qui sera inévitablement un affrontement majeur entre ces deux figures politiques, au-delà des frontières linguistiques, dans la campagne électorale à venir.