L’intelligence émotionnelle n’est pas synonyme de bonté humaine

Les responsables des ressources humaines pensent souvent qu’une intelligence émotionnelle forte améliore la personnalité de celui ou celle qui peut s’en prévaloir. Mais dans une étude américaine vient suggérer que les personnes intelligentes sur le plan émotionnel peuvent utiliser cette intelligence pour abuser des autres.

Stéphane Côté, et ses collègues de l’université de Toronto ont étudié ce qu’ils appellent emotional regulation (la régulation émotionnelle), c’est-à-dire, notre capacité à adapter nos émotions pour supporter une situation donnée. Il a demandé à des participants de remplir un questionnaire permettant de définir leur identité morale, c’est-à-dire s’il était important pour eux ou non de traiter les autres avec gentillesse et compassion. Puis les participants eurent à tester leur capacité à avoir un comportement qui bénéficie au groupe avec un jeu de loterie destiné à tester leur générosité. Les résultats indiquèrent que les personnes dotées de la plus haute identité morale étaient plus aimables avec les autres membres du groupe. Cela était encore plus vrai s’ils étaient bons en régulation émotionnelle.

Dans une autre étude, le professeur Côté et son équipe firent de même, mais ils testèrent l’opposé : ils demandèrent aux sujets de définir à quel point ils étaient machiavéliques, puis leur firent répondre à des questions concernant des comportements abusifs, comme maltraiter des collègues au travail. Ils trouvèrent que ceux qui se décrivaient machiavéliques étaient plus susceptibles d’avoir maltraité des collègues au travail, et cela d’autant plus si leur intelligence émotionnelle était grande.

« L’intelligence émotionnelle n’est pas le caractère », explique le professeur Côté. « Elle est comme toutes les compétences que nous avons – verbales, mathématiques, analytiques – et ces compétences peuvent être utilisées pour promouvoir des buts moraux, ou des buts égoïstes ».

Il espère que les employeurs n’oublieront pas que les formations cherchant à améliorer cette intelligence émotionnelle ne seront bénéfiques que si elles s’accompagnent d’un règlement intérieur qui valorise un comportement éthique sur le lieu de travail.