L’Everest est un dépotoir

Le 30 mai 1953, après avoir accompli l’ascension de l’Everest, Edmund Hillary et Tenzing Norgay, les premiers hommes à avoir gravi le plus haut sommet du monde, ont ordonné à leurs Sherpas de se débarrasser de toutes leurs fournitures et de ne transporter pour le retour que ce qui était absolument nécessaire. 60 ans plus tard, plus de 4000 enthousiastes leur ont succédé, et comme leurs précurseurs, ils sont également laissé la trace de leur passage, bien conservée par les glaces, sur les cimes de l’Himalaya.

Selon les estimations, il y aurait 50 tonnes de détritus et plus de 200 cadavres abandonnés sur les pentes de l’Everest. Parmi les objets dont les alpinistes se débarrassent régulièrement, on trouve des bouteilles d’oxygène, des canettes de boisson, des bonbonnes de gaz et des tentes déchirées. Mais l’un des plus gros problèmes est posé par les matières fécales chargées de stéroïdes déposées par ces sportifs. Les eaux de fonte des glaciers charrient ces excréments jusqu’aux villages en contrebas où ils polluent les réserves d’eau locales.

Pendant longtemps, le mont Everest n’a été réservé qu’à une poignée d’aventuriers, mais depuis les années nonante du siècle dernier, il est devenu aussi couru qu’une route commerciale et aujourd’hui, les alpinistes les plus riches dépensent entre 25.000 et 100.000 dollars pour jouir du spectacle offert à sa cime. L’année dernière, les seuls droits qu’ils ont réglés pour obtenir leur licence a permis de rapporter 3,3 millions de dollars à l’état népalais.

Cependant, rien n’a été fait pour trouver une solution au problème des ordures. En outre, le gouvernement a récemment annoncé qu’il allait réduire les droits perçus pour les permis, ce qui risque d’attirer encore plus de monde, et d’augmenter la quantité de déchets abandonnés sur les flancs de la montagne.

Or, s’armer d’un pic à glace et d’un sac poubelle pour détacher les détritus pris dans les glaces est physiquement éprouvant, et non rentable. Le manque d’implication du gouvernement pour régler ce problème a incité des compagnies privées à s’y intéresser. C’est ainsi que chaque année, Dawa Steven sherpa, dont la mère est Belge, et qui dirige une entreprise de prêt-à-porter, paye les sherpas un dollar pour chaque kilo de détritus qu’ils ramenent du Toit du monde. Depuis le lancement de cette opération, baptisée « Cash for Trash » en 2008, les sherpas qu’il a ainsi rétribués ont collecté 15 tonnes de déchets.

Le gouvernement népalais pourrait pourtant suivre l’exemple du système employé dans le parc national de Denali, qui comprend le Mont McKinley, le plus haut sommet d’Amérique du Nord (6194 mètres), où des  agents de l’état effectuent des contrôles inopinés sur différents camps de base pour sanctionner ceux qui se sont débarrassés de leurs ordures.

Néanmoins, le gouvernement népalais a récemment annoncé que tous les alpinistes devront ramener 8 kilos de déchets s’ils veulent récupérer le dépôt de 4000 dollars qu’ils devront désormais laisser. Mais pour ces sportifs, la perspective de se charger d’un tel fardeau additionnel à plus de 8000 mètres d’altitude pourrait être une source de grande inquiétude. 

Nul doute qu’ils pourront compter sur les sherpas qui font des allers-retours multiples sur la montagne, retournant le plus souvent aux camps de base les mains vides. Il est probable qu’à terme, ils se chargeront des 8 kilos de déchets que leurs clients doivent ramener pour le compte de ces derniers. Sachant que plus de 800 passionnés gravissent l’Everest chaque année, cela signifie qu’ils pourraient ainsi débarrasser la montagne de 6,4 tonnes de détritus chaque année.

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