L’Europe dispose encore de nombreux biotopes pour les ours sauvages

Selon une nouvelle étudemenée par le Centre allemand de recherche intégrée sur labiodiversité (iDiv) et l’Université Martin Luther deHalle-Wittenberg (MLU), l’Europe dispose encore de nombreuses régionsoù de nouveaux biotopes pour les ours bruns pourraient être créés. 

Selon les chercheurs, unegestion efficace de l’espèce – y compris une réduction despressions directes exercées par l’homme –pourrait aider ces animaux à revenir dans ces zones. Il estmaintenant important de planifier le rétablissement de l’espècetout en prenant des mesures pour prévenir les conflits, indiquel’étude.

Chasse

« Il y a 500 ans, lesours bruns étaient présents presque partout en Europe », expliqueNestor Fernandez, professeur de conservation de la nature àl’Université de Halle-Wittenberg et chef de l’étude. « Cependant,lors des siècles suivants, l’espèce a été exterminée dans denombreuses régions, y compris en Allemagne. Les causes du déclindes ours sont principalement la perte d’habitat et la chasse. »

« De nos jours,environ 17.000 ours bruns vivent encore Europe, répartis sur 10populations et 22 pays, mais certaines populations sont très peunombreuses et donc particulièrement vulnérables. » Ces dernières années, lachasse aux ours bruns a été interdite ou restreinte en Europe.

« A l’avenir, lesours pourraient recoloniser certaines parties d’Europe »,affirment les chercheurs. « Il existe encore de nombreuseszones en Europe où il n’y a actuellement pas d’ours, et cesdernières pourraient en principe constituer un habitat. » « L’Europe compteplus d’un million de kilomètres carrés d’habitat qui pourraientconvenir à la colonisation des ours bruns. Environ 37% de cettesuperficie ne sont actuellement pas peuplés, soit 380.000 kilomètrescarrés. »

« Toutefois,plusieurs habitats d’ours potentiels sont géographiquement isoléset par conséquent peu susceptibles de se recolonisernaturellement », remarquent les chercheurs.

Signes de rétablissement

« Le fait qu’il existetoujours un habitat convenable pour les ours bruns est une grandeopportunité pour la conservation des espèces », explique leprofesseur Fernandez. « Les scientifiques constatent déjàqu’environ 70% des populations européennes montrent des signes derétablissement. Il est probable que les ours reviendront danscertaines zones inoccupées par d’autres espèces en ce moment. »

Selon le chercheur, aucours des dernières années, l’attitude des Européens vis-à-vis dela faune a beaucoup changé. Aujourd’hui, beaucoup de personnes sedisent optimistes quant au retour des grands mammifères. La carte suivante de l’Europemontre les zones actuellement habitées par les ours bruns (en bleu),les zones qui conviennent à leur présence dans la région, mais ne sont paspeuplées (vertes) et les zones inadaptées à l’habitat des ours(gris).

© Nestor Fernandez

Néanmoins, le fait que leretour des ours puisse conduire à des conflits avec certainesactivités humaines doit être considéré à un stade précoce, fontremarquer les chercheurs. De tels conflits surviennent surtoutlorsque les ours mangent les récoltes ou endommagent des ruches, etlorsqu’ils attaquent parfois des moutons. Les attaques directes parles ours sur les humains sont, cependant, extrêmement rares car lesours eux-mêmes évitent généralement les personnes.

Carte

Les chercheurs ont crééune carte qui permet de prédire dans quelles zones un retour desours est probable. L’espèce est déjà revenue dans les zonesbleues. Les régions en vert constituent de nouveaux habitats potentiels. « Ces cartes peuvent aiderles décideurs à identifier les zones de conflit potentiel afin quedes mesures ciblées puissent être prises », explique NestorFernandez. « Par exemple, on pourrait prévoir le paiementd’indemnisations pour les dommages que les animaux pourraientcauser. »

En outre, d’autres mesurestelles que la construction de barrières physiques afin que lesruches soient inaccessibles aux ours pourraient être prises. Lechercheur cite également l’installation de clôtures électriques etl’utilisation de chiens de garde pour protéger les champs et lesprairies, ainsi que la sensibilisation de la population. Les chercheurs préviennentégalement que les ours ne respectent pas les frontières nationales. »C’est pourquoi l’introduction d’une politique de gestioncommune de l’ours brun et d’autres animaux sauvages au niveaueuropéen est souhaitable », explique Fernández.

« À l’heureactuelle, les politiques entre les États membres en matière deprotection et de gestion des ours sont très hétérogènes et ilexiste des disparités dans la manière dont les systèmes decompensation sont structurés dans différents États »,concluent les scientifiques.