‘L’Espagne n’a jamais été aussi proche de faire défaut’

« L’Espagne n’a jamais été aussi proche de faire défaut », a affirmé l’économiste en chef de Citigroup Willem Buiter dans une interview donnée à Bloomberg Radio. D’origine néerlandaise, Willem a la double nationalité britannique et américaine, et il enseigne l’économie politique à la prestigieuse London School of Economics de Londres.

Buiter pense que les programmes de « LTRO », ces prêts massifs à 1% de taux d’intérêt que la Banque Centrale Européenne a consentie aux banques européennes, ont pour effet de créer une euphorie illusoire et fragile sur les marchés  : « Lorsque le pistolet des marchés n’est plus sur la tempe des banques ou des gouvernements sous la forme d’une difficulté de financement, les efforts de recapitalisation dans le cas des banques, ou de désendettement pour les gouvernements tend à se relâcher ». Les banques ont utilisé ces prêts pour acheter des obligations souveraines des pays en difficulté, ce qui a eu pour effet d’en faire baisser les taux, et donné l’impression trompeuse que les problèmes de ces pays étaient résolus. Mais il pense que c’est loin d’être le cas. Selon lui, la Grèce, l’Irlande et le Portugal ne sont pas sortis d’affaire et qu’il pourrait s’avérer nécessaire de leur accorder un nouveau prêt d’urgence. Pour la Grèce, cette nécessité pourrait même survenir dès la fin de cette année.

Selon l’économiste, le système bancaire espagnol est en péril. Les données de la Banque centrale espagnole publiées cette semaine indiquent que la proportion de « créances douteuses » (prêts qui ne seront pas remboursés) dans les portefeuilles des banques espagnoles atteignait 7,9% en moyenne. C’est le pourcentage le plus élevé jamais atteint depuis août 1984, lorsque le nouveau gouvernement se débattait pour remettre le pays à flot à la suite du régime de Franco.

Ce n’est pas l’unique risque des banques espagnoles. Reuters a calculé que les prêts immobiliers représentaient près de 400 milliards d’euros à la fin de l’année dernière, soit presque 37% du PIB nominal. Les prêts hypothécaires représentent même 57% du PIB (cependant, la proportion de « créances douteuses » est beaucoup plus faible). En outre, si le Portugal devait faire défaut, ce qui devrait arriver en 2013 selon les investisseurs, les banques espagnoles, qui ont beaucoup prêté à ce pays, seraient en première ligne.

Au total, selon l’économiste, les banques européennes auraient encore besoin de plus du double du montant de liquidités qui ont déjà été injectées par la Banque Centrale Européenne dans le cadre des programmes de « LTRO », pour se maintenir durant l’année 2013.