L’esclavage du smartphone : comment notre serviteur est devenu notre maître

Les médecins commencent à tirer la sonnette d’alarme : les gens sont de plus en plus dépendants de leur smartphone. Le gendarme des télécoms britanniques, l’Ofcom, affirme que 60% des adolescents se disent « hautement dépendants de leur smartphone » ; 37% des adultes disent la même chose

Les smartphones ont certainement permis des améliorations de productivité. Il est désormais possible d’effectuer des tâches lors de moment qui étaient autrefois gaspillés, comme lorsque l’on se trouve dans une file d’attente, ou dans les transports en commun. Mais pour la plupart des gens, ils sont devenu le maître. Désormais, nous sommes tous contactés en permanence, et peu de patrons réalisent qu’ils envahissent de plus en plus la sphère privée de leurs employés bien plus que celle-ci n’envahit le travail. Des gens qui semblent sains par ailleurs passent leur temps à consulter compulsivement leur téléphone, même lorsqu’ils sont au restaurant avec des amis, et envoyer un SMS ou un email est la première chose ou la dernière chose qu’ils font de la journée.

Martin Lindstrom, un spécialiste des marques, a essayé d’identifier les 10 sons qui ont le plus d’effet sur les gens. Il a conclu qu’un smartphone en train de vibrer arrivait à la troisième position, derrière  le carillon d’Intel et  un bébé en train de rire. Les Blackberrys et les iPhones fournissent des stimuli permanents : il y a toujours un nouveau message provenant d’un client ou un email fraîchement reçu, même si c’est un spam.

L’hyperconnectivité exacerbe quelques unes des tendances les plus déstabilisantes des entreprises : l’incertitude, la mondialisation, et la flexibilité. Les patrons peuvent désormais changer d’avis au dernier moment, et décider qu’Untel doit prendre l’avion dès demain pour aller à un salon à l’autre bout du monde. Les employés ont de plus en plus de mal à résister à cet envahissement de l’entreprise sur la sphère privée. Désormais il existe une nouvelle journée de travail : la journée de travail informelle, qui fait suite à la première, et qui consiste à gérer son torrent de messages et d’emails.

On sait que cela n’est guère bénéfique pour la vie de famille et la santé mentale. Mais de plus, c’est peut-être contre-productif pour les entreprises. Changer d’avis à la dernière minute implique un manque de préparation. De plus, les gens réfléchissent plus efficacement s’ils ne sont pas constamment dérangés.

Que peuvent faire les entreprises pour rétablir la balance ? Leslie Perlow de la Harvard Business School explique dans son livre à paraître, « Sleeping with Your Smartphone » (dormir avec votre smartphone) que pour la plupart des gens, briser la dépendance au smartphone passe par une stratégie collective. Elle cite le cas du Boston Consulting Group, qui a introduit des règles pour obliger ses salariés à se déconnecter, et les a encouragés à privilégier le travail de groupe. Il y eut un peu de résistance au début de la part de certains cadres, mais finalement, les employés se sont mis à travailler de façon plus productive, et les cas d’épuisement mental ont été réduits.

Avec la création d’applications de plus en plus séduisantes, le problème de l’hyperconnectivité est appelé à empirer. Les époux et épouses peuvent se débarrasser du smartphone de leur conjoint en le jetant par la fenêtre ou dans la cuvette des WC. Mais au final, ce seront les entreprises qui devront intervenir pour imposer une utilisation moins abusive.

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