Des tarifs douaniers et des nouvelles lois aux tensions géopolitiques et aux sanctions, les pratiques douanières sont plus complexes que jamais. Une seule erreur peut avoir un impact considérable sur l’ensemble des activités des entreprises et de leurs partenaires logistiques. Remplir correctement les formulaires, à l’aide d’une technologie fiable, n’est donc plus une simple question administrative, mais une nécessité stratégique qui fait de la gestion des risques une priorité.
La guerre commerciale a sans aucun doute été l’un des thèmes les plus discutés en 2025. Si les tarifs douaniers ne sont pas une nouveauté, l’incertitude liée aux droits d’importation a rendu la situation beaucoup plus complexe. Et cela ne changera pas cette année. Au contraire, la nouvelle législation va encore accroître la complexité. Ainsi, depuis le 31 décembre 2025, le règlement européen sur la déforestation (EUDR) est en vigueur. Cette mesure stipule que les marchandises entrant en Europe ne peuvent être le résultat de la déforestation ou de pratiques illégales. Il s’agit notamment de matières premières telles que le bois, le caoutchouc, le cacao et le bétail, mais aussi de produits fabriqués à partir de ces matières, tels que les pneus ou les sacs à main en cuir. Pour les entreprises, cela signifie que des informations d’origine incomplètes ou erronées ne constituent plus une lacune opérationnelle, mais un risque de non-conformité ayant des conséquences financières directes.
Une autre législation européenne qui influencera le paysage cette année est le CBAM, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Celui-ci impose un prix sur les importations d’acier et de ciment, entre autres, afin d’éviter que les entreprises ne tentent de contourner les mesures climatiques européennes. En dehors de l’UE, la Chine renforce le contrôle des minéraux et des technologies critiques, tandis que les États-Unis renforcent également leurs frontières et étendent la surveillance des technologies. Ensemble, ces évolutions créent un paysage commercial de plus en plus fragmenté et moins prévisible.
Les entreprises prennent cela très au sérieux, car les sanctions peuvent avoir des conséquences importantes. Pourtant, dans la pratique, il s’avère que les risques ne deviennent souvent visibles que lorsque des retards, des amendes ou des blocages surviennent. Les partenaires logistiques, en particulier, doivent être en mesure de retracer l’origine des marchandises. Nous constatons souvent que des expéditions sont détournées pour finalement aboutir sur des marchés sanctionnés. À l’inverse, des marchandises non conformes à la réglementation de l’UE arrivent également en Europe à des prix défiant toute concurrence. Cela conduit à un renforcement des contrôles aux frontières.
Passer d’une approche réactive à une gestion proactive des risques
Une chose semble claire : les déclarations en douane deviendront encore plus complexes en 2026. Les obstacles classiques sont les erreurs dans les codes tarifaires, les certificats peu clairs concernant l’origine des marchandises, les erreurs d’évaluation, etc. Alors que dans le passé, les entreprises agissaient souvent de manière réactive en attendant de savoir si une déclaration serait approuvée ou non, cette attitude attentiste est aujourd’hui tout simplement risquée. Les entreprises doivent agir de manière proactive et identifier les risques avant qu’ils ne se développent. La numérisation et l’IA sont indispensables, en particulier pour les organisations qui doivent traiter d’énormes quantités de clients, de documents et de déclarations. Non seulement la technologie permet de gagner beaucoup de temps, mais elle élimine également le risque d’erreurs manuelles ou de lacunes dans les connaissances des employés.
Les entreprises en sont conscientes, mais il reste encore un long chemin à parcourir. Une enquête menée lors de la dernière édition du Customs Forum aux Pays-Bas montre que 39 pour cent des répondants ont désormais des projets pilotes avec l’IA, tandis qu’un quart d’entre eux ne s’y sont pas encore attelés. Seuls 5 pour cent ont pleinement adopté cette technologie dans leurs processus de travail. Il y a donc un intérêt pour l’innovation, mais avec prudence dans un environnement dominé par les risques et la réglementation.
Dans tous les cas, on constate une prise de conscience croissante du fait que les processus douaniers subissent un changement organisationnel majeur. Les déclarations douanières, qui constituaient auparavant une charge de travail pour l’administration de l’entreprise, deviennent un atout stratégique de plus en plus souvent discuté au niveau de la direction. Les décisions relatives aux achats, aux fournisseurs et aux détournements dépendent de plus en plus de l’avis des experts en douane. Ceux-ci évaluent des facteurs tels que l’origine, l’évaluation, la classification, la conformité, etc.
Plus rapide et moins sujet aux erreurs
En raison de la pénurie de talents sur le marché du travail, les organisations vont de plus en plus externaliser les pratiques douanières à des professionnels externes afin de réduire le risque d’infractions, de retards et d’amendes. L’externalisation n’est pas une perte de contrôle, mais un moyen de gérer les risques de manière structurelle. L’externalisation des processus à des partenaires spécialisés offre également aux entreprises un accès plus rapide aux technologies modernes qui utilisent les données pour améliorer la visibilité et effectuer des analyses prédictives. Bien que ce type d’outils devienne progressivement la norme dans de nombreux domaines, les données douanières restent le maillon faible, car les informations sont dispersées entre les transitaires, les formats et les systèmes.
La solution consiste à centraliser ces pratiques à l’aide d’un modèle consolidé qui enregistre toutes les données de manière uniforme. Les entreprises (logistiques) prospères utilisent différents systèmes et technologies. Il s’agit notamment de systèmes qui détectent efficacement les changements dans la réglementation ou le paysage politique, mais qui garantissent également la qualité des données grâce à des classifications actualisées. En outre, des flux de travail sont nécessaires pour rendre les processus plus rapides et moins sujets aux erreurs.
Focus sur 2030
Cette année doit permettre aux entreprises de mieux comprendre les droits qu’elles paient et d’identifier les possibilités d’économies ou d’évitement des coûts. Et malgré toute la complexité, les principes de base restent importants. Une classification précise des marchandises constitue l’épine dorsale de toute chaîne d’approvisionnement résiliente.
La numérisation intelligente est d’ailleurs importante non seulement pour limiter l’impact des tarifs, des sanctions et des guerres sur les entreprises, mais aussi pour se préparer aux projets européens visant à harmoniser les procédures douanières d’ici 2030 et à les rendre presque entièrement numériques. Cela nécessitera des investissements dans les logiciels, les données fiables, les systèmes de classification et le personnel chargé de suivre les nouveaux processus et réglementations. Car en fin de compte, la force de l’IA réside dans la simplification des tâches routinières, tandis que l’expertise des professionnels reste tout aussi cruciale. Ceux qui n’investissent pas aujourd’hui dans la numérisation et l’expertise douanière s’exposent à des retards, des amendes et des pertes d’opportunités. Les entreprises qui agissent de manière proactive utilisent l’IA et des données centralisées pour rendre les processus douaniers flexibles, rapides et exempts d’erreurs.
Kurt Crauwels, directeur général de Customs Support Group Belgium
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