Principaux renseignements
- Selon des analyses récentes, les pays du BRICS contrôlent ensemble environ la moitié de la production mondiale d’or.
- Depuis la crise financière de 2008, les banques centrales du groupe BRICS ont déjà acheté massivement de l’or pour se protéger contre les chocs économiques et comme alternative aux réserves en dollars.
- Les pays du BRICS travaillent d’arrache-pied à la mise en place de nouvelles structures financières dans lesquelles l’or joue un rôle central, comme le développement de la nouvelle monnaie adossée à l’or, l’« UNIT ».
Le monde financier international est en pleine reconfiguration. L’une des évolutions les plus marquantes se déroule à l’abri des regards du grand public. Les pays du BRICS, à savoir le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, misent de plus en plus sur l’or comme élément fondamental de leurs ambitions économiques et monétaires.
Selon des analyses récentes, les pays du BRICS contrôlent ensemble environ la moitié de la production mondiale d’or. Ils constituent également systématiquement leurs propres réserves.
La redécouverte de l’or
Historiquement, la plupart des transactions internationales dépendaient du dollar américain. Au cours des dernières décennies, les pays du BRICS, et en particulier la Chine et la Russie, ont délibérément cherché à réduire cette dépendance. L’or joue un rôle important à cet égard.
Le métal précieux a perdu son rôle direct dans le système financier lors de l’abandon de l’étalon-or au XXe siècle. Il est toutefois resté un instrument de réserve important pour les banques centrales. Pour les pays du BRICS, l’or a toutefois retrouvé une importance stratégique après la crise financière de 2008. Cette crise a en effet mis en évidence la vulnérabilité d’un système fortement dépendant du dollar américain et des institutions financières occidentales.
Depuis la crise financière de 2008, les banques centrales du groupe BRICS ont massivement acheté de l’or afin de se protéger contre les chocs économiques et de disposer d’une alternative aux réserves en dollars. Parallèlement, la Chine et la Russie ont également stimulé leur production nationale d’or, ce qui leur a permis de réduire leur dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs.
L’or, pilier des nouveaux systèmes
Aujourd’hui, les pays du BRICS voient plus loin que les simples réserves. Ils travaillent d’arrache-pied à la mise en place de nouvelles infrastructures financières dans lesquelles l’or joue un rôle central. On parle ainsi beaucoup d’une éventuelle nouvelle monnaie adossée à l’or ou d’un nouveau système de règlement pour le commerce international.
Grâce à ces systèmes, les pays du BRICS pourraient commercer sans passer par le dollar. Un tel système offre une alternative intéressante, en particulier pour les pays confrontés à des sanctions économiques, comme la Russie.
Il s’agit par exemple de l’« UNIT ». La nouvelle monnaie adossée à l’or des pays du BRICS, qui ne serait contrôlée ni par un pays ni par une banque centrale et ne serait pas non plus utilisée comme monnaie de paiement courante. En effectuant des échanges commerciaux directement avec cette UNIT, les pays du BRICS peuvent éviter de devoir d’abord convertir leur monnaie locale en dollar américain. Cela réduit les frais de transaction et diminue également la dépendance vis-à-vis des monnaies occidentales telles que le dollar ou l’euro.
Ambition contre réalité
Certains analystes restent toutefois sceptiques. Ils soulignent qu’un système entièrement adossé à l’or est difficilement réalisable et pourrait ne pas s’avérer nécessaire. Selon les critiques, malgré sa stabilité, l’or présente également des limites en termes de flexibilité et d’évolutivité. Une économie mondiale moderne exige en effet un haut degré de liquidité et d’adaptabilité. Ce sont là des caractéristiques difficiles à concilier avec un système strictement basé sur l’or.
Certaines analyses suggèrent donc que les pays du BRICS envisagent plutôt de mettre en place un modèle hybride. Dans ce cadre, l’or jouerait un rôle plutôt de soutien aux côtés d’autres instruments, plutôt qu’un retour complet à l’étalon-or.
Une arme géopolitique
L’utilisation stratégique de l’or par les pays du BRICS offre toutefois plusieurs avantages. Tout d’abord, elle renforce leur autonomie financière. En étant moins dépendants du dollar et des banques occidentales, ils peuvent suivre leur propre cap économique sans pression extérieure directe. L’or sert également de tampon contre l’incertitude économique. En cas d’inflation, de crise monétaire ou de tensions géopolitiques, l’or reste traditionnellement une valeur refuge, ce qui renforce la stabilité des réserves nationales.
La stratégie aurifère revêt en outre une dimension géopolitique évidente. En adoptant une position commune sur le marché de l’or, les pays du BRICS peuvent exercer une influence sur l’évolution des prix et les flux commerciaux. Le centre de gravité du marché de l’or se déplace ainsi de plus en plus vers l’Est. Alors qu’auparavant Londres et New York dominaient sans partage, les marchés asiatiques et ceux des autres pays du BRICS gagnent en importance.
La demande croissante d’or émanant des pays du BRICS a également des conséquences visibles. Le prix de l’or a récemment atteint des sommets historiques, notamment en raison des achats soutenus et des décisions stratégiques de ces pays.
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