Les Japonais atteints de démence sénile sont assis sur une montagne d’actifs gelés

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Au Japon, une étude réalisée par le Dai-Ichi Life Research Institute révèle qu’au mois de mars, les investissements en capital des 5 millions de Japonais atteints de démence sénile s’élevaient à 143 000 milliards de yen, soit 1106 milliards d’euros. C’est plus du quart du PIB nippon. Une telle fortune pose de sérieux défis à plusieurs niveaux.

Car c’est tout autant un problème pour l’économie japonaise, que pour les proches de ces personnes. Les décideurs doivent veiller à préserver ces richesses, tout en s’assurant qu’elles puissent contribuer à soutenir la croissance économique. De leur côté, les traders déplorent l’immobilité de ces actifs, qui représentent autant d’opportunités perdues dans un marché nippon de plus en plus réduit.

La recherche infructueuse de tuteurs financiers

Le gouvernement a déjà pris des mesures pour faciliter la désignation de tuteurs financiers parmi les membres de la famille, les amis ou les avoués des personnes malades. Mais ces derniers, peu à l’aise avec la perspective de devoir prendre des décisions concernant le patrimoine, ne se bousculent guère, et seulement 5 % des malades auraient trouvé un tuteur. 

Les décideurs nippons sont aussi confrontés à la recrudescence des escroqueries ciblant des personnes âgées vulnérables. Au cours des 7 premiers mois de l’année, le montant des arnaques a atteint près de 20,2 milliards de yen (156 millions d’euros). Dans près de la moitié des cas, les escrocs n’ont eu qu’à appeler la personne âgée et se faire passer pour un proche en difficultés financières pour obtenir un virement.

La nécessaire adaptation des établissements financiers

De même, ils doivent adapter la réglementation financière pour protéger les personnes âgées, et proscrire la vente de produits comportant des risques dont elles ne pourraient pas saisir l’ampleur. Le gendarme du courtage boursier japonais oblige les responsables des conseillers financiers chargés de placer des produits complexes à des personnes âgées à avaliser ces conseils.

Certaines banques, dont Mitsubishi et Nomura, développent des solutions permettant aux personnes atteintes de démence de placer leur argent dans des “trusts” (fiducies) ou de léguer leurs actifs plus tôt. Sur une proposition du gouvernement nippon, des banques proposent également de scinder le patrimoine de ces personnes pour créer un compte affecté à leurs dépenses courantes, et un compte réservé à la somme disponible pour les placements, dont la gestion pourra être confiée à leurs proches.

Nomura a déjà étoffé ses effectifs en recrutant 180 conseillers spécialisés sur la clientèle âgée pour travailler en agence.

Des problèmes qui ne pourront que s’intensifier avec le temps

Tous ces problèmes ne feront que s’intensifier au fil du temps, et de l’avancée du vieillissement de la société japonaise. En 2065, près de 40 % des Japonais auront plus de 65 ans, contre un quart aujourd’hui. Ce ratio pourrait se révéler être encore plus important si l’espérance de vie continue d’augmenter grâce aux progrès réalisés dans le domaine médical. Ainsi, les Japonaises pourraient avoir une espérance de vie de 91,3 ans en 2065, comparativement aux 80,75 ans que l’on observait en 2016. En 2035, près de 50 % des actions et 40 % de tous les produits financiers devraient être détenus par des personnes âgées de plus de 70 ans. 

Cela aura un impact massif sur l’économie. Nous devons créer de nouvelles règles sociétales, des produits financiers et des systèmes de conseil financier adaptées aux capacités cognitives des personnes âgées”, avertit Kohei Komamura, professeur d’économie à l’Université Keio de Tokyo, qui s’est spécialisé sur les questions liées à la finance dans une société vieillissante.

Une fois de plus, le Japon est à l’avant-garde des difficultés qui attendent les pays occidentaux confrontés à un défi similaire. Le problème risque d’être encore plus aigu aux Etats-Unis, par exemple, où la population place plus volontiers ses économies sur le marché des titres. Au Japon, la fraction de l’épargne convertie en actions et fonds d’investissement ne représente que 15 %, contre le triple aux Etats-Unis.