Principaux renseignements
- La France préconise la mutualisation de la dette (euro-obligations) afin de financer des investissements cruciaux pour améliorer la compétitivité de l’UE.
- L’Allemagne et l’Italie s’opposent aux euro-obligations et proposent des alternatives telles que le financement par capital-risque et la déréglementation pour stimuler la croissance.
- L’avenir de l’économie de l’UE est en jeu alors que ces visions contrastées s’affrontent lors de la prochaine retraite des dirigeants.
Un désaccord fondamental concernant la trajectoire future de l’économie de l’Union européenne devrait faire surface lors d’une réunion des dirigeants de l’UE jeudi. Cette réunion, présentée comme une retraite informelle, vise à répondre aux préoccupations concernant la compétitivité du bloc.
Visions contrastées pour l’économie de l’UE
La France et un nouvel axe Allemagne-Italie présentent des visions contrastées du développement économique de l’UE. Afin d’affirmer son programme avant la retraite, la France a pris la décision de dernière minute de se joindre à un pré-sommet informel organisé par l’Allemagne et l’Italie. Cette décision fait suite aux déclarations du président français Emmanuel Macron dans plusieurs médias européens, remettant en cause un document récemment diffusé par l’Allemagne et l’Italie qui propose une approche très différente de l’économie de l’UE.
L’intervention de Macron comprend un appel à la mutualisation de la dette, une question très controversée au sein de l’UE. Ce timing stratégique s’aligne sur l’appel lancé récemment par l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, en faveur d’une approche fédéraliste plus unifiée et pragmatique afin d’assurer la survie de l’UE dans un contexte mondial de plus en plus difficile. La retraite intervient un an et demi après la publication par Draghi d’un rapport historique mettant en garde contre les conséquences économiques désastreuses pour l’Europe si des mesures décisives n’étaient pas prises pour stimuler la compétitivité.
Le contexte mondial et les défis internes
Le contexte géopolitique mondial a considérablement évolué depuis la publication du rapport, les programmes agressifs des États-Unis et de la Chine exerçant une pression sur les 27 États membres de l’UE. Si Macron est sans doute le plus en phase avec les ambitions de Draghi, il est confronté à des défis internes par rapport à ses homologues italiens, la Première ministre Giorgia Meloni et le ministre des Finances Christian Lindner.
L’ordre du jour de la retraite, présenté par la présidence chypriote de l’UE, est axé sur « le renforcement du marché unique, la réduction des obstacles à la croissance et le renforcement de l’autonomie stratégique de l’Europe ». L’ancien Premier ministre italien Enrico Letta, qui a publié son propre rapport influent sur le marché unique en 2024, participera également à certaines discussions.
Parvenir à un consensus : une tâche difficile
Il sera toutefois difficile de parvenir à un consensus. Le moteur franco-allemand traditionnel de l’UE semble s’essouffler, la France étant désormais confrontée à une nouvelle alliance entre Berlin et Rome. L’Allemagne et l’Italie ont récemment convenu de coordonner leurs efforts pour déréglementer les industries.
L’un des premiers points de discorde devrait être l’appel de Macron à émettre une dette commune de l’UE (euro-obligations) afin de financer les investissements massifs nécessaires pour améliorer la compétitivité. Le rapport de Draghi de 2024 estimait ces besoins d’investissement entre 750 et 800 milliards d’euros par an. Macron souligne l’urgence de ces investissements, arguant que l’inaction conduirait à un dépassement de l’UE dans des secteurs critiques tels que la sécurité et la défense, les technologies vertes et l’intelligence artificielle.
Alternatives aux euro-obligations
Cependant, l’Allemagne s’oppose depuis longtemps à la répétition de l’emprunt commun utilisé pour le plan de relance post-Covid de 750 milliards d’euros. Berlin et Rome devraient plutôt plaider en faveur d’un financement accru par capital-risque et d’une amélioration des options de sortie pour les investisseurs. Leur document suggère la création d’une bourse paneuropéenne, d’un marché secondaire et la révision des exigences de fonds propres pour les prêts sans compromettre la stabilité financière.
Si les pays nordiques se rangent traditionnellement du côté de l’Allemagne sur la question des euro-obligations, un haut responsable de l’UE a rappelé que le bloc avait toujours su prendre des décisions difficiles lorsque cela était nécessaire. Il a cité en exemple le récent emprunt commun utilisé pour soutenir l’Ukraine.
Dans une lettre adressée aux dirigeants, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’est concentrée sur la réduction de la réglementation excessive et l’intégration du marché unique, sans mentionner l’emprunt commun. Elle a également appelé à la mise en place d’un « 28e régime » afin d’harmoniser les règles applicables aux entreprises opérant dans toute l’Europe.
Politique « Made in Europe »
La France fait pression en faveur d’une autre priorité de longue date : une politique « Made in Europe » qui favorise les produits contenant des composants européens dans les marchés publics. Macron affirme que cette mesure défensive est essentielle pour contrer la concurrence déloyale des entités qui ne respectent pas les règles de l’Organisation mondiale du commerce. Bien que l’idée ait gagné du terrain, les pays nordiques et baltes, ainsi que les Pays-Bas, ont exprimé leurs inquiétudes quant aux conséquences négatives potentielles sur les efforts de simplification, l’accès à la technologie et les investissements.
La position de l’Allemagne sur la préférence européenne, exposée dans un document publié en décembre, privilégie des conditions strictes : limitations dans le temps, définitions larges et application à une liste restreinte de produits. Berlin préfère également une approche « Fabriqué avec l’Europe » qui inclut les pays ayant conclu des accords de libre-échange avec l’UE et d’autres partenaires « partageant les mêmes idées ». L’Italie, troisième économie de l’UE, s’est rallié à l’Allemagne, soulignant l’importance d’attirer de nouvelles entreprises extérieures à l’UE.
Macron semble partiellement aligné sur ce point de vue, suggérant de se concentrer sur des secteurs limités tels que les technologies propres, les produits chimiques, l’acier, l’automobile ou la défense. Il fait valoir que sans de telles mesures, les entreprises européennes seront submergées par la concurrence.
Déréglementation et accords commerciaux
Au cours de la retraite, l’Allemagne et l’Italie devraient également faire pression en faveur de la déréglementation. Avec plusieurs paquets de simplification mis en place par la Commission en 2025, elles appellent à de nouveaux retraits et simplifications dans toutes les initiatives de l’UE. Elles proposent un « frein d’urgence » permettant d’intervenir si la législation soulève des préoccupations quant aux charges administratives pesant sur les entreprises et les autorités nationales.
Enfin, l’accord commercial avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay) reste un sujet de discorde. La Commission prévoit de consulter les pays de l’UE sur sa mise en œuvre provisoire à la suite d’un contrôle juridictionnel déclenché par le Parlement européen. La France s’oppose fermement à cet accord à cause des craintes des agriculteurs face à la concurrence déloyale des importations latino-américaines. Cependant, l’accord a reçu le soutien d’une majorité d’États membres en janvier, après que l’Italie ait fait pencher la balance en sa faveur. L’Allemagne et l’Italie plaident explicitement en faveur d’une politique commerciale ambitieuse de l’UE qui tienne compte des besoins de tous les secteurs, y compris l’agriculture, et considèrent la finalisation de l’accord UE-Mercosur comme un pas en avant significatif.
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