Fait inédit : en novembre et décembre, les syndicats de la SNCB comptent mener deux grèves consécutives de 48 heures. C’est un conflit social d’une ampleur sans précédent, engendré par un motif qui peut paraître anecdotique. Le point central est le temps de préparation accordé aux accompagnateurs de train avant qu’ils ne prennent leur service. Il est actuellement fixé à 20 minutes. Ce temps était initialement utilisé pour synchroniser deux smartphones servant au contrôle des billets. Or, grâce aux innovations technologiques, ces deux appareils seront remplacés par un seul. Face à cela, la direction a suggéré de réduire ce temps de préparation de 10 minutes, ce qui a mené au préavis de grève. Les syndicats, percevant cette mesure comme une « hausse déguisée de la productivité », s’y opposent fermement. Ce mouvement de contestation rejaillit sur la scène politique. À la Chambre, Georges Gilkinet (Ecolo), le ministre en charge, a plaidé pour un « dialogue social constructif ». Cependant, le PS et le PTB soutiennent ouvertement les syndicats. De son côté, l’Open Vld évoque une prise en otage des travailleurs par les syndicats et exprime son mécontentement. Le bilan de Gilkinet sur le rail est compliqué.
Dans l’actualité : la direction de la SNCB avait proposé un compromis en réduisant seulement de 5 minutes le temps de préparation l’année prochaine, puis de 10 minutes en 2025. Mais cette tentative de compromis a été catégoriquement refusée par les syndicats ferroviaires.
Les détails : La forte influence des syndicats au sein de la SNCB est notoire. Actuellement, ils combattent contre des « mesures d’augmentation de la productivité », manifestant leur désaccord par deux grèves de 48 heures.
- Les salaires des accompagnateurs de train en Belgique sont plutôt convenables : un employé débutant à la SNCB dans cette fonction peut rapidement percevoir un salaire équivalent à celui d’un enseignant du secondaire ayant une vingtaine d’années d’ancienneté.
- Mais au sein du secteur ferroviaire, la résistance est palpable face à une nouvelle réforme que la direction de la SNCB souhaite instaurer. Il s’agit principalement du temps de préparation alloué aux accompagnateurs avant le début d’un trajet. Ce temps, comprenant l’arrivée au dépôt jusqu’au départ du train, s’élève à 35 minutes, dont 20 sont dédiées à la préparation numérique et 10 à l’approche du train, avec une marge de 5 minutes pour assister les voyageurs.
- Ces dernières années, la digitalisation a profondément transformé ces processus. La direction envisage maintenant de remplacer les deux smartphones nécessaires au contrôle des billets par un seul, éliminant ainsi le besoin de synchronisation et gagnant potentiellement en efficacité.
- Cependant, cette proposition de réduire de 5 minutes (voire 10 dans les deux années à venir) le temps de préparation n’a pas été bien accueillie par les syndicats. Ils y voient un changement prématuré, notamment parce que les nouveaux smartphones ne sont pas encore en place.
- Au-delà de ces 5 minutes, d’autres enjeux sont en ligne de mire. Plus de 200 employés pourraient être relocalisés, passant de petites gares à des villes plus importantes, créant ainsi des tensions.
- De plus, dans l’accord collectif signé l’année dernière entre la direction et les syndicats de la SNCB, il avait été convenu qu’aucune « mesure d’augmentation de la productivité » ne serait mise en œuvre. Les syndicats considèrent la réduction du temps de préparation comme une violation de cet accord.
- En réaction, ils ont adopté une position très ferme, envisageant deux grèves de 48 heures : un mécontentement sans précédent.
Ce dont il s’agit : La radicalisation des syndicats est devenue une tendance notable, en particulier au sein des grandes entreprises et des structures gouvernementales.
- Aujourd’hui, la haute direction de la SNCB s’est réunie pour une ultime séance de conciliation avec les syndicats ferroviaires. Mais elle n’a pas donné de résultat. Hier, lors de son intervention à la Chambre, le ministre de la Mobilité, Georges Gilkinet (Ecolo), avait exprimé son espoir pour cette réunion : « Je tiens à offrir toutes les chances à cette concertation et espère véritablement qu’un accord sera trouvé. »
- Face à lui, le PTB et le PS ont ouvertement exprimé leurs critiques à l’égard du ministre.
- « J’ai moi-même été une déléguée syndicale », a déclaré Maria Vindevoghel (PTB). « Je peux affirmer que les employés ne se mettent pas en grève sans raison valable. Il faut une accumulation de tensions avant que la situation ne devienne intenable. »
- Laurence Zanchetta (PS) a renchéri en soutenant la position syndicale : « La situation, déjà préoccupante il y a un an, n’a fait qu’empirer. Les cheminots sont constamment sous pression face aux demandes croissantes de productivité. Les attentes sont toujours plus élevées, avec toujours moins de moyens. »
- Les syndicats évoquent régulièrement une « Ryanairisation » de la SNCB. Dans la compagnie aérienne low-cost, le temps de préparation n’est pas comptabilisé, et le travail débute directement à bord. La crainte est que la SNCB envisage d’adopter une telle approche pour ses services.
- Cependant, une autre réalité émerge : la base syndicale, ainsi que de nombreux cadres, voire les dirigeants des syndicats, notamment dans le secteur public, subissent une influence croissante du PTB. Ce dernier mise résolument sur une stratégie syndicaliste, renforcée par sa popularité ascendante dans les sondages. Cette dynamique exerce une pression sur les syndicats pour adopter une ligne plus dure, mettant à mal le modèle traditionnel de concertation, basé sur des relations à long terme.
- En effet, les membres du PTB ne semblent pas vouloir reconnaître le succès de cette concertation traditionnelle. Ils perçoivent le syndicalisme comme un instrument de la « lutte des classes », avec pour ambition ultime de façonner une société différente. L’évolution récente du syndicat socialiste de la FGTB vers des positions plus radicales en témoigne, comme l’illustrent les récentes négociations autour des accords interprofessionnels. Ces accords, parfois rejetés, parfois adoptés pour quelques voix, reflètent cette réalité.
- Dans ce cas-ci, aucun accord n’est intervenu ce vendredi. « Aucune nouvelle proposition n’a été formulée », selon la CGSP Cheminots. « C’est la démonstration que la concertation sociale ne fonctionne pas aux chemins de fer. Cette réunion était une nouvelle possibilité de trouver un compromis, mais la direction reste inflexible sur ses positions et sourde aux difficultés quotidiennes que rencontrent les cheminots », a réagi le syndicat dans Le Soir.
- En l’état, les deux grèves auront donc lieu en novembre (du 7 à 22h au 9 à 22h) et deux jours en décembre (du 5 à 22h au 7 à 22h).
L’essentiel : Les écologistes semblent éprouver des difficultés avec le secteur ferroviaire.
- Ecolo avait ardemment souhaité superviser la SNCB. De manière inédite, cette responsabilité, initialement rattachée au portefeuille des Entreprises publiques sous la houlette de la vice-Première ministre Petra De Sutter (Groen), a été confiée au vice-Premier ministre Ecolo et ministre de la Mobilité, Georges Gilkinet.
- Ce dernier se profile en tant que fervent défenseur de la SNCB, sur les réseaux sociaux et en kern. À chaque discussion budgétaire ou nouvel investissement, il sollicite systématiquement une part plus conséquente pour les trains. Dernière illustration en date, avec l’attentat à Bruxelles qui a tué deux Suédois : Gilkinet a réussi à obtenir en dernière minute un renfort pour la police ferroviaire. Bien que cette décision ne soit pas directement liée à l’événement, cela illustre l’attachement des écologistes à marquer des points sur le rail.
- Il est frappant de voir à quel point Gilkinet est ambitieux dans ses déclarations et promesses. Il envisage de transformer la SNCB en entreprise exemplaire, vitrine des transports publics. Toutefois, au sein de la coalition, certains partenaires du gouvernement expriment leurs réserves à son égard : « Il rêve debout », nous confie un vice-Premier ministre.
- Après trois années sous la coalition Vivaldi, on peut se demander si Ecolo tirera réellement profit, sur le plan électoral, de son implication avec la SNCB. Car ce conglomérat d’entreprises publiques gravitant autour du secteur ferroviaire reste une structure complexe et peu agile. Malgré des budgets accrus, de nombreux usagers demeurent mécontents des services. Dans le transport de marchandises, des difficultés financières pointent à l’horizon, notamment avec le probable sauvetage de Lineas, anciennement B Cargo.
- Marianne Verhaert (Open Vld), à la Chambre, a clairement exprimé le sentiment général : « Si l’on souhaite être confronté quotidiennement à l’inattendu, alors oui, il faut prendre le train. De nos jours, voir un train arriver à l’heure devient une rareté. La communication est défaillante. Les retards et suppressions de trains sont monnaie courante. » Une balle perdue pour Gilkinet.
- Face à la grève imminente, prévue pour deux périodes de 48 heures, les critiques des libéraux s’amplifient : « Certains ont-ils oublié que la SNCB est censée servir les navetteurs et les travailleurs, et non les intérêts syndicaux ? » Ils rappellent l’obligation de « service minimum » de la SNCB, qui doit garantir la circulation d’au moins un tiers des trains, même en période de grève. La question est de savoir si cette exigence sera tenue lors des prochaines grandes mobilisations. Durant ces périodes de grève, en novembre et décembre, tous les yeux seront rivés sur Gilkinet.