Les chaussures de cuir sont-elles devenues “has been”?

Jusqu’ici, les industries de la viande et du cuir étaient étroitement corrélées. L’industrie du cuir récupérait les peaux issues de l’abattage du bétail pour la viande. Mais on assiste maintenant à un déséquilibre: les gens mangent de plus en plus de viande, mais ils portent moins de chaussures en cuir.

Traditionnellement, l’industrie de la chaussure est la plus grosse consommatrice de cuir,  raflant 55 % de l’offre de peaux, selon Bloomberg. Les voitures en récupèrent 20 % pour la sellerie, l’industrie du meuble, 12 %, tandis que 13 % sont réservés à la maroquinerie.

La demande de cuir en chute libre

Mais depuis 2014, la demande de peaux pour l’industrie de la chaussure est en chute libre aux États-Unis. Cette année-là, des sécheresses ont affecté la taille des troupeaux, ce qui a réduit le nombre de peaux vendues, et provoqué une baisse de  flambée des cours du cuir. Certains fabricants de chaussures se sont alors tournés vers des alternatives du cuir… et semblent les avoir définitivement adoptées. Les cours sont revenus à un niveau normal depuis, mais la demande n’a pas suivi.

L’année dernière, les cours ont même commencé à décrocher brutalement, en raison de la chute de la demande. Les substituts du cuir se sont beaucoup améliorés ces dernières années, à tel point que le secteur du luxe les a adoptés, et qu’il est parfois difficile de les distinguer du matériau qu’ils copient. En parallèle, des consommateurs de plus en plus soucieux de leur impact sur l’environnement et de l’éthique répugnent à consommer des produits animaux.

La basket reine

Enfin, et c’est probablement le plus gros facteur de désaffection du cuir, les codes vestimentaires se sont assouplis, et les consommateurs privilégient de manière croissante le confort sur l’aspect. Désormais, les baskets ne sont plus cantonnées à un usage exclusivement sportif, et elles deviennent un élément de base de la garde-robe, et leurs adeptes les portent au quotidien. Elles sont désormais admises dans les bureaux et parfois même dans les réceptions de mariage.

Or, la plupart de ces baskets sont réalisées dans des matériaux ou des textiles synthétiques ; leur semelle est faite de caoutchouc, ou de polystyrène. C’est donc une véritable tendance de fond qui menace l’industrie du cuir américaine, et, à terme, européenne.

Le cuir de veau échappe à cette tendance

En revanche, et d’après Don Ohsman, de la société de recherche Hidenet, le cuir fin haut de gamme, qui provient des veaux, ne connaît pas le même sort, et la demande continue de croître pour ces peausseries. Ce cuir souple et immaculé est en effet le composant de base des sacs à main et d’autres articles de maroquinerie luxueux, autrement dit, des marchés de niche.