Le « Win for Life », source de tensions dans la majorité bruxelloise

Le « Win for Life » des hauts fonctionnaires bruxellois donne lieu à un triste jeu du « c’est pas moi, c’est lui » assez insupportable. Tout le monde semble oublier, comme pour l’histoire du greffier wallon, que sans les révélations du Soir, les largesses financières des deux régions au bord de la faillite seraient passées crème.

Dans l’actu : DéFI et Ecolo, deux partis de la majorité, s’accusent mutuellement.

  • Vendredi dernier, Le Soir révélait que le gouvernement Rudi Vervoort (PS) avait dû trouver deux postes pour recaser deux hauts fonctionnaires, dont un créé sur mesure, et dont personne ne connaît vraiment la finalité.
  • Le but ? Ne pas les payer à ne rien faire. Car un arrêté de 2014, qui, explique-t-on, avait pour but de rendre plus attractive la fonction publique, stipulait que la rémunération des hauts fonctionnaires bruxellois (minimum de 125.000 euros par an) était maintenue… à vie, jusqu’à la pension, après un minimum de dix années de service. Un véritable « Win for Life » qui récompense donc même l’échec. Bienvenue en Belgique.
  • L’opposition (MR, cdH et PTB) crie légitimement au scandale. Mais au sein même de la majorité bruxelloise (PS, Ecolo, DéFI), on essaye très vite de se dédouaner. Ecolo, qui était à l’origine de la réforme des mandats, a appelé, via son chef de groupe, John Pitseys, à supprimer cet incitant.
  • De quoi faire bondir de sa chaise DéFI, dont les députés Emmanuel De Bock (chef de groupe) et Christophe Magdalijns ont fustigé « les déclarations indignées et matamoresques de certains de leurs partenaires actuels de la majorité », à savoir Ecolo. Ils rappellent qu’au moment de la réforme, le secrétaire d’État en charge de la fonction publique était l’écologiste Bruno De Lille. Et que le gouvernement suivant, avec DéFi, avait été mis devant le fait accompli.
  • Mais John Pitseys creuse dans les archives et contre-attaque : il trouve un texte de 2002 qui prévoit que les agents dont le mandat de haut fonctionnaire arrive à échéance conservent leur pactole. La majorité était alors composée du PS, du MR et du FDF (ex-DéFi).
  • Les gouvernements suivants ont toutefois la responsabilité de ne pas s’être offusqués d’une telle mesure, « en particulier le gouvernement Vervoort II qui adopta un nouveau statut le 21 mars 2018, sur proposition de Fadila Laanan (PS)« , ajoutent les deux députés amarante qui poussent maintenant, eux aussi, pour en finir avec cet incitant. C’est sans doute là l’essentiel : qu’un tel système ait perduré à travers les âges sans que cela ne dérange apparemment personne.
  • Pour les deux hauts fonctionnaires en question, il est trop tard. Ils toucheront le « Win For Life ». Mais pour les suivants, le ministre compétent, Sven Gatz (Open VLD), attend un rapport de l’administration pour amender la réforme. Une réforme qui touche à l’attractivité de la fonction publique, mais aussi à la politisation de l’administration publique qui permet à chaque parti de placer ses pions.

Une histoire sans fin : face aux chevaux blancs de la bonne gouvernance, encore combien de cadavres dans les armoires de la politique francophone ?

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