Le vice-Premier ministre italien : “Avec cette loi budgétaire, nous avons aboli la pauvreté”

Aujourd’hui, c’est le jour J pour l’Italie : le gouvernement italien doit présenter son projet de budget qui devra ensuite être soumis au Parlement italien. Les marchés financiers sont nerveux : ils attendent de voir si la coalition au gouvernement a choisi de concrétiser ses promesses électorales, ou si elle a préféré respecter les limites de déficit budgétaire imposées par l’Union Européenne.

Des promesses électorales coûteuses

Le parti d’extrême droite la Lega et le parti populiste Movimento 5 Stelle (M5S) sont arrivés aux commandes de l’Italie dans le cadre d’une coalition qu’ils ont formée à l’issue des élections législatives du mois de mars de cette année. Il ont été élus sur base d’une série de promesses électorales impossibles à concilier avec la règle de déficit budgétaire maximum de 3 % du produit intérieur brut (PIB) prescrite par le traité de Maastricht.

Le M5S veut introduire un revenu de base (« revenu de citoyenneté ») pour les citoyens italiens les plus pauvres, tandis que la Lega veut introduire un impôt à taux unique. Tous deux veulent également annuler la réforme qui a retardé l’âge de prise de pension. Selon les calculs de Carlo Cottarelli, ancien dirigeant du Fonds monétaire international, la note pour le pays de ces projets pourrait se monter à 120 milliards d’euros, rien que pour la première année complète.

« Nous avons aboli de manière décisive la pauvreté avec ce budget »

Les déclarations contradictoires se sont enchaînées, et la confusion règne à Bruxelles et sur les marchés. Peu après les élections, Matteo Salvini, vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur qui s’est imposé comme l’homme fort du gouvernement, avait affirmé « Nous travaillons sur un plan B pour le cas où il n’y aurait rien d’autre à attendre de Bruxelles qu’un ‘non’ ». En août, il a précisé sa pensée : « La règle des 3 % n’est pas la Bible ». Mais ce mois-ci, il a promis de respecter « toutes les règles, toutes les obligations et tous les engagements pris ».

« Nous, avec cette loi budgétaire, avons de manière décisive aboli la pauvreté ». C’est en substance ce qu’a affirmé avant-hier le vice premier ministre Luigi Di Maio dans une émission de télévision. « L’argent est là, et finalement, nous pouvons le dépenser en faveur de nos citoyens », a-t-il ajouté.

Mais hier, le ministre italien de l’Economie, Giovanni Tria, a souhaité rassurer les marchés financiers : « Nous devons donner un signe (…) à ceux qui nous prêtent de l’argent. Parfois, lorsque vous en demandez trop, vous devez payer plus d’intérêt, et vous perdez ce que vous aviez gagné », a-t-il déclaré lors d’un événement à Milan.

La quadrature du cercle pour le ministre de l’Economie

L’Italie est le second pays le plus endetté (relativement à son PIB) de la zone euro, derrière la Grèce. Et contrairement aux autres pays du bloc, elle ne bénéficie pas d’une croissance dynamique.

En mai, les taux des obligations souveraines à 10 ans avaient grimpé brutalement lorsque les 2 partis populistes formant la coalition au pouvoir avaient annoncé qu’ils étaient prêts à mettre fin à la politique d’austérité. Depuis, les marchés se sont calmés, mais les taux d’intérêt sur les obligations souveraines n’ont pas retrouvé les niveaux qu’ils avaient avant les élections.

Tria avait soutenu jusqu’alors que le déficit budgétaire prévu pour 2019 ne dépasserait pas 1,6% du PIB. Mais il a revu sa position, en raison des pressions qu’il subit de la part des membres de la coalition, et se dit maintenant prêt à aller jusqu’à 1,9 % de déficit, selon des sources au gouvernement. Lui-même a indiqué que son projet de budget prendrait en compte des dépenses relatives aux promesses de campagne faites par le parti d’extrême droite la Lega et le parti populiste Movimento 5 Stelle (M5S). En particulier, il intégrerait les réductions d’impôts voulus par la Lega, et un « revenu de citoyenneté » promis par le M5S pour les Italiens les plus pauvres.

« La méga-vendetta est prête »

Cette semaine, Luigi Di Maio avait averti qu’il s’opposerait à tout budget qui n’intégrerait pas ce revenu de base. Reuters a rapporté la teneur d’un enregistrement audio dans lequel Rocco Casalino, le porte-parole du M5S, nommé porte-parole du Premier ministre italien, déclare que tous les fonctionnaires du Trésor seront limogés s’ils renâclent à trouver l’argent nécessaire pour ce programme social : « Finalement, s’ils nous disent ‘ah, nous n’avons pas pu trouver l’argent’, nous consacrerons toute l’année 2019 à nous débarrasser de tous ces conn*rds du Trésor ». « La méga-vendetta est prête », ajoute-t-il.

Dans le même enregistrement, l’homme demande au journaliste à être cité en tant que source parlementaire, plutôt que sous son propre nom. Ambiance…