Le Venezuela est-il victime de la ‘maladie hollandaise’?

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Le Venezuela est le pays qui dispose des plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde. Mais pourquoi son économie ne profite-t-elle pas mieux de cette manne ?, se demande Yves Bourdillon dans Les Echos. A cause des maladies qui gangrènent cette situation privilégiée : le clientélisme, la corruption, et le gaspillage, répond-il. Et les symptômes de cette maladie s’accumulent :

  • Le pays échoue à mener à bien ses projets d’infrastructure et de construction
  • Malgré la richesse des gisements, le pays ne dispose pas de sa propre raffinerie, et il importe son carburant. Les faibles prix de l’essence à la pompe sont le résultat des subventions de l’Etat.
  • Certains Vénézuéliens ne vivent pas dans des maisons dotées du tout à l’égout, et lorsqu’ils ne vivent pas à Caracas, ils subissent des coupures d’eau et d’électricité quotidiennes.
  • Les magasins d’Etat à petits prix, les Mercals, connaissent des ruptures de stock.
  • La moitié de l’industrie a disparu en quatorze ans, et il ne reste plus que 6.000 entreprises dans ce secteur ;
  • 170.000 entreprises ont déposé le bilan, tandis que l’économie souterraine occupe près de la moitié de la population active (45%)
  • Plus de 70% des biens de consommation sont importés, notamment la plupart des produits alimentaires sont importés, faute d’agriculture, et ce malgré la fertilité des haciendas locales

On a tenté d’expliquer les problèmes du Venezuela par le syndrome hollandais : lorsqu’un pays dispose d’une manne, il court le risque de baser toute son économie sur cette ressource et cette spécialisation sur cette activité conduit à l’augmentation de ses revenus. En conséquence, sa devise s’apprécie, menant à une perte de compétitivité des exportations des autres denrées. Or, au Venezuela, on observe bien une spécialisation extrême sur le pétrole, puisque 96% des recettes en devises proviennent de cette ressource, qui n’emploie pourtant pas plus de 200.000 personnes.

Mais pour Rafael Alonzo, qui préside un think tank libéral, cette explication ne tient pas. Lui préfère parler de « despilfarro », c’est-à-dire de « grand n’importe quoi ». L’appréciation du bolivar qui a été en partie gommée par l’inflation supérieure à 20% que subit le pays, et n’est donc pas responsable de la morosité de l’économie. Celle-ci serait plutôt la conséquence du clientélisme et des gaspillages, explique-t-il : « la prospérité [des entreprises] dépend étroitement de leurs relations avec un régime dont la règle serait : tout pour mes amis, pour les autres, la loi ». De fait, la balance des paiements vénézuélienne déficitaire de 4 milliards de dollars en 2011, notamment en raison de la fuite des capitaux, réfute l’hypothèse d’une maladie hollandaise, puisque celle-ci se caractérise par un fort excédent de la balance des paiements. 

Mais le clientélisme n’est pas l’apanage du régime de Chavez et il a été pratiqué dès la découverte des gisements de pétrole dans les années 1930. Par contre, Chavez, au contraire de ses prédécesseurs, s’est intéressé aux classes populaires dont il a fortement réduit les inégalités, aidé en cela par la forte hausse du cours du pétrole, passé de 7 dollars à 100 dollars depuis son arrivée au pouvoir. La pauvreté a fortement reculé, même si, actuellement, on n’observe plus d’évolution dans ce domaine.

Pour l’économiste José Manuel Puente et l’historienne Margarita Maya Lopez, cependant, ce qui caractérise le régime de Chavez par rapport aux autres Etats pétroliers, c’est qu’il a poussé le clientélisme à son paroxysme. Des aides sont accordées pour répondre à des besoins ponctuels, mais rien n’est vraiment fait pour résoudre les problèmes de fond. « Les Vénézuéliens ont tendance à voir que l’essence n’est pas chère mais pas que ces subventions auraient pu servir au développement du pays », confirme Rafael Alonzo.

La compétitivité est confondue avec le capitalisme et le régime voudrait lui substituer l’alternative de la solidarité. Mais celle-ci se limite à la redistribution de la rente du pétrole, notamment sous la forme de postes de fonctionnaires, en privilégiant les sympathisants du régime. PDVSA, le monopole public vénézuélien du pétrole, a ainsi vu ses effectifs multipliés par plus de 5 en 9 ans, alors que dans le même temps, sa production s’est réduite, et ses 120.000 salariés sont tous chavistes. Alors que PDVSA produisait 3,1 millions de barils de pétrole par jour il y a dix ans, elle n’en produit plus que 2,4 millions aujourd’hui. Compte tenu que tous ses revenus sont réutilisés pour les transferts sociaux, ou pour le financement du Fonden, le Fonds de Développement National, un portefeuille de fonds gérés par Chavez lui-même, et auquel le Parlement n’a pas accès, elle ne peut investir dans l’acquisition d’une raffinerie, ou dans des installations pétrochimiques qui pourraient augmenter sa productivité.

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