“Le sort de l’Occident dépend maintenant du soja”

L’accord signé à Washington entre le président américain Donald Trump et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, mercredi, apparaît de plus en plus confus.

L’une des raisons en est que ce qui a été convenu exactement n’est pas encore clair. Les États membres ont diversement réagi à la hausse annoncée des achats de soja et de gaz naturel liquéfié (GNL) aux États-Unis. Pour la simple raison que ces achats ne sont pas décidés par l’Union européenne, mais par les États membres eux-mêmes, ainsi que leurs entreprises. Selon le Financial Times, les responsables européens ont été prompts jeudi à préciser que ces promesses n’ont jamais été aussi concrètes.

France contre Allemagne

Pour la petite histoire, on remarque aussi que le gaz américain est deux fois plus cher que le gaz russe. Ce n’est pas pour rien que la Russie est le principal fournisseur de l’Union européenne.

La question est de savoir comment l’Europe adoptera une position commune dans ce domaine ? La France a déjà annoncé ne rien vouloir savoir à propos du soja américain. Nos voisins du sud ne veulent pas faire de concessions sur la qualité des produits agricoles. 

De l’autre côté du spectre, l’Allemagne peut souffler momentanément grâce à Juncker, maintenant que l’augmentation potentielle des droits de douane sur les voitures allemandes a été reportée à une date ultérieure.

Il existe donc une possibilité qu’aucun accord ne soit finalement conclu et que l’on blâme l’UE (ou la personne de Juncker) pour cet échec, plutôt que les États membres.

© EPA

L’UE a surtout  gagné… du temps

En tous cas, ce que l’Europe a gagné, c’est du temps. Le groupe de travail qui doit jeter les bases d’un accord commercial a 120 jours pour le faire, après quoi des mois de négociations détaillées suivront. Il y a de fortes chances que les élections de mi-mandat – de la plus haute importance pour les États-Unis – soient alors terminées. En tout cas, Trump veut éviter de se mettre à dos les paysans américains. L’UE n’est pas pressée non plus, car les chances qu’un accord avec Trump soit conclu au cours de l’année 2019, pendant laquelle les élections européennes auront lieu, sont minimes.
Mais il y a aussi un danger ici : Trump n’est pas connu pour sa patience et si le président constate une faiblesse des progrès dans le domaine du commerce et de la défense (en matière de contribution à l’OTAN) un tweet destructeur pourra rapidement être adressé, qui ramènerait immédiatement tout le monde à la case départ.

Le destin de l’Ouest dépend maintenant du soja

C’est pourquoi, selon beaucoup, il est irréaliste de tenter de produire des analyses rationnelles. Au désespoir de la plupart des analystes, le changement du statut d’”ami” à “ennemi”, puis à  “ami de nouveau” dans les relations transatlantiques a été si rapide que rares sont ceux qui y comprennent quelque chose, et encore moins écrire quelque chose de significatif à ce sujet.

Selon Shawn Dannon du Financial Times, le plus gros point sensible du système commercial mondial aujourd’hui tient surtout à la personne de Donald Trump. “Parce qu’il aime les droits d’importation, tout comme il  aime faire des affaires.”

Bruno Maçães, l’ancien ministre des Affaires Européennes du Portugal, a résumé d’un tweet ironique toute l’absurdité de cet épisode : “Le sort de l’Occident dépend maintenant du soja”, a-t-il écrit.

Le baiser

Peut-être que la meilleure nouvelle de cette saga est le fait que Juncker est parvenu à embrasser Trump. Ils sont peu nombreux à l’avoir fait avant lui.