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Le “Selmayrgate”: un “coup d’État bureaucratique” a-t-il eu lieu à Bruxelles?

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Politique

13/03/2018 | Audrey Duperron | 7 min de lecture

Hier, les députés européens ont dénoncé les conditions de la nomination « miraculeuse »de l’Allemand Martin Selmayr au poste de secrétaire général de l’exécutifeuropéen du directeur de cabinet de Jean-Claude Juncker le 21 février dernier.En effet, beaucoup y voient un « parachutage » contraire aux règlesde l’Union européenne. Le scandale, désormais surnommé « Selmayrgate »ne semble pas prêt de retomber.

Avant cette nomination éclair, Selmayr, un démocrate-chrétien allemandâgé de 47 ans, était chef de cabinet de Jean-Claude Juncker. Grâce à cettepromotion, il s’est hissé à la tête de l’administration européenne, et de ses33.000 fonctionnaires.

En effet, à la fin du mois de janvier, un appel à candidature avait étélancé pour le poste de secrétaire général adjoint. Deux candidats yrépondirent, dont Martin Selmayr. Apparemment, des commissaires auraientsouhaité postuler pour ce poste très convoité, puisqu’il est normalement  un passage obligé pour accéder à la fonctionde secrétaire général, mais la procédure avait été si expéditive qu’ils n’enauraient jamais eu le temps. Le 21 février, Selmayr avait donc été nommé secrétairegénéral adjoint.

Un « miracle »

C’est à ce moment que les choses ont pris une étrange tournure. Opportunément,le Néerlandais Alexander Italianer, qui tenait alors le poste de secrétairegénéral, a soudain annoncé qu’il souhaitait démissionner pour prendre sa retraitele 1er mars. Et à la stupéfaction générale, 3 minutes plus tard, Selmayra été une nouvelle fois promu, cette fois-ci, secrétaire général… au cours de la même réunion.

Les commissaires présents n’avaient pas été avertis de ce qui se tramait,avouerala commissaire à l’emploi Marianne Thyssen, qui reconnait cependant que lescompétences de Selmayr lui confèrent toute légitimité pour occuper ce poste, etque d’ailleurs, personne ne s’est opposé à cette nomination.

Un challenger « bidon »?

Quant à Clara Martinez Alberola, l’autre candidate au poste de secrétairegénéral adjoint, elle a été nommée… chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, enremplacement de Martin Selmayr. Là encore, opportunément… Ce qui motive certainsà envisager que sa candidature n’était pas tout à fait « spontanée »,mais qu’elle avait été invitée à le faire, pour la forme.

Suite à une demande du groupe EELV (les Verts) et GUE (radicaux de gauche),les eurodéputés ont débattu hier de cette nomination dont les conditionsquasi-miraculeuses suggèrent l’existence d’une machination, et une violation dela procédure en vigueur. « Il n’y a que Xi Jinping qui peut se permettreune telle nomination », a tonné Philippe Lamberts, qui copréside les Verts.

Un « coup d’État bureaucratique »

Certains médias sont en émoi. Le New York Times a évoqué un « coup d’Etatbureaucratique ». « Il n’y a rien d’illégal, nous avons respectéles règles et leur esprit », répèteà l’envi le porte-parole en chef de la Commission, Margaritis Schinas,lors des conférences de presse devenues houleuses.

D’autres commentateurs observent que cette nomination, et les questionsqu’elle soulève en matière de respect du processus démocratique et detransparence, sapent toute crédibilité de l’Union européenne. Comment laCommission pourra-t-elle désormais admonester des pays comme la Pologne, pourleur non-respect de l’État de droit, ou la Bulgarie, pour son manque detransparence ?

De même, la promotion, si elle est irrégulière, risque de conforter les populisteseurosceptiques à un moment où ils apparaissent renforcés après les électionsitaliennes.  

Le « Monstre »

Mais le commentateur le plus critique est sans doute le Français JeanQuatremer, qui est correspondant auprès des institutions européennes pour lejournal Libération. Sur son blog, il exprime toute sa colère à l’égard de ce qu’ilqualifie de »complot »»  : « c’estofficiel : la Commission a menti à la presse », écrit-il.

A la fin du mois de janvier, ilavait dressé un portrait haut en couleurs de Selmayr: « ‘Raspoutine’,’le Monstre’, ‘l’Éminence grise’, ‘le Prince de la nuit’, ‘le Menteur’, telssont les sobriquets les plus aimables dont on affuble cet Allemand de47 ans en légère surcharge pondérale et au visage toujours poupin quebeaucoup considèrent comme le vrai patron de l’exécutif européen. (…) Leschefs de cabinet des autres commissaires ont tellement peur de lui qu’ils ontpris l’habitude de se réunir régulièrement afin de discuter de sa psychologieet de s’organiser pour lui résister, prévenir ses lubies, parer ses coups», raconteun haut fonctionnaire. Car la réunion des ‘chefs cab’ du lundi après-midi,celle au cours de laquelle la plupart des décisions sont prises, est devenue unenfer redouté. Humiliant, insultant, autoritaire, ne cachant pas sonmépris pour les médiocres, il a fait craquer certains de mes collègues quisont sortis de là en pleurant», témoigne un chef cab. »

Un complot allemand…

Enfin, certains ne manquent pas de souligner que la promotion d’un nouvelAllemand à un poste clé permet de resserrer l’emprise de l’Allemagne (et du PPE)sur l’Union européenne. En effet, le pays comptait déjà le secrétaire généraldu Parlement, Klaus Welle,  la secrétaire générale du service européenpour l’action extérieure (SEAE), Helga Schmid, de même que le président de laBEI, Werner Hoyer, le Mécanisme européen de stabilité (Klaus Regling) et leConseil de résolution unique des crises bancaires (Elke König). Avec lanomination de Jens Weidmann, largement pressenti pour succéder à Mario Draghi àla tête de la BCE en 2019, la boucle serait bouclée, ou presque, souligneQuatremer.  

…Ou franco-allemand ?

Le journal italien La Repubblica voitplutôt un complot franco-allemand :

« Avec le nouveau vice-présidentde la Banque Centrale Européenne (BCE) de Guindos, les pays du Nord, menés parAngela Merkel, ont fait ce qu’il fallait pour que Jens Weidmann succède à MarioDraghi en tant que gouverneur de la BCE. Les pays méditerranéens feront tout cequi est en leur pouvoir pour éviter cela. Mais Berlin, renforcée par son pacteavec Paris, n’acceptera probablement pas un candidat dont elle ne veut pas. Lepacte prévoit que la présidence de la Commission européenne échoie à unFrançais. Cette thèse est corroborée par la nomination de l’allemand Selmayr,parce qu’en tant que secrétaire général de l’exécutif de l’Union, il peutcontrôler toutes les activités de Bruxelles. Le poste de Juncker pourrait ainsiêtre confié à un Français en 2019. Le responsable des négociations pour lebrexit, MichelBarnier, est en pôle position pour reprendre ce poste ».

On voit donc mal comment laCommission pourra éteindre l’incendie, d’autant que le président Junckerne cesse de clamer « quindubitablementM. Selmayr a toutes les qualifications requises pour le poste ».Néanmoins, certains eurodéputés ont demandé la démission du nouveau secrétairegénéral.


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