‘Le pays qui censure la chanson ‘Imagine’ de John Lennon (‘no religion’) n’a pas remporté les Jeux’

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Samedi, à Buenos Aires, le Comité international olympique (CIO), a finalement désigné Tokyo comme ville hôte pour les Jeux Olympiques (JO) d’été 2020, avec 60 voix contre 36 pour l’autre finaliste, Istanbul. C’est la deuxième fois que la capitale japonaise organisera les JO, qu’elle avait déjà hébergés en 1964. Le CIO a donc « préféré jouer la carte de la sécurité financière et technique en retournant se poser au Japon », observe le Monde, plutôt que de confier l’organisation des Jeux à une nouvelle ville.

On peut se demander si les manifestations au Brésil en juin de cette année, au cours de laquelle les Brésiliens ont reproché au gouvernement de dépenser de l’argent sur la Coupe du Monde au lieu de le consacrer à l’amélioration des services publics, ont joué un rôle dans ce choix. Sur ces dernières années, la FIFA et le CIO ont eu tendance à choisir des pays émergents pour l’organisation d’évènements sportifs de masse que sont la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques. Mais souvent, ces pays se retrouvent criblés de dettes à la fin de l’évènement. En effet, de nos jours, les investissements nécessaires pour l’organisation de tels événements sont d’une telle ampleur qu’ils ne peuvent plus être couverts par les retombées économiques.

Pour le journal turc Milliyet, c’est au contexte politique turc et aux lacunes démocratiques du pays qu’il faut attribuer la cause de ce rejet de la candidature d’Istanbul :

« Tôt ou tard, Istanbul hébergera les JO : lorsque nous aurons pris à cœur la paix et la démocratie, lorsque nous aurons résolu nos problèmes de développement urbain et que nous ne censurerons plus les paroles de la chanson de John Lennon [En août 2012, lors des cérémonies de clôture des JO de Londres, la chanson de John Lennon ‘Imagine’ avait été diffusée. Mais un présentateur de la chaine de télévision turque TRT avait omis de traduire le passage de la chanson invitant les auditeurs à imaginer un monde sans religion, alors que le reste avait été correctement traduit, NDLR], lorsque les jerseys portés par les femmes athlètes ne seront plus un objet de débat, et qu’il y aura des investissements fiables dans le sport ; et lorsque nous aurons perdu notre goût pour la guerre et la violence. Alors Istanbul gagnera sans effort !

Cependant, le journal tchèque Lidové noviny regrette que les Jeux n’aient pas été attribués pour la première fois à un pays musulman :

«Cela aurait été plus intéressant si Istanbul avait remporté le vote samedi. (…) A quoi auraient ressemblé ces Jeux ? Comment, par exemple, auraient été reçus les athlètes en provenance d’Israël? Istanbul aurait pu démontrer que la Turquie tient un rôle spécial dans le monde musulman, comparable à ce que la République de l’Afrique du Sud, qui a organisé avec succès la Coupe du Monde FIFA 2010, fait sur le continent africain ».

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avait déjà observé l’année dernière, pendant les JO de Londres, que le CIO n’avait jamais désigné de pays musulman. « C’est la troisième fois pour Londres, Madrid les a organisé deux fois, Tokyo, trois. Istanbul a postulé cinq fois pour accueillir les Jeux Olympiques mais n’a jamais été choisie. Ce n’est pas juste », avait-il dit. Il a réitéré cette remarque lors de la nomination de Tokyo : «Tokyo et Madrid ont toutes les deux hébergé les Jeux auparavant ; Istanbul ne l’a jamais fait. Ce n’est pas juste ». « D’une certaine manière, ils se coupent des 1,5 milliard de personnes du monde musulman », aurait-il ajouté.

Le ministre des Sports turc, Suat Kılıç a quant à lui fustigé les médias turcs, qu’il rend responsables de l’échec d’Istanbul, parce qu’ils auraient failli à soutenir le gouvernement turc, et qu’ils auraient exagéré les comptes-rendus des incidents lors des récentes manifestations. «Les médias japonais et espagnols ont soutenu leurs candidatures olympiques, et ils n’ont pas exagéré la négativité dans leur pays plus que les autres », a-t-il affirmé.

 

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