Le grain de génie des maniaco-dépressifs

« Il n’y a point de génie sans un grain de folie », disait Aristote. L’année dernière, des chercheurs du King’s College de Londres et de l’Institut Karolinska de Stokholm, lui ont donné raison.

Examinant 700.000 adolescents suédois au cours des années 90, ils ont trouvé que ceux qui avaient les meilleures notes à l’école étaient quatre fois plus susceptibles d’être admis en hôpital psychiatrique pour des troubles bipolaires (ce que l’on appelait auparavant la maladie maniaco-dépressive) à l’âge de 31 ans.

Cela était particulièrement vrai pour les élèves brillants dans les disciplines littéraires, notamment en musique et en littérature. En fait, ces troubles amélioreraient l’accès au vocabulaire, à la mémoire et à d’autres ressources cognitives. Cependant, l’étude a également trouvé une plus faible corrélation entre le trouble et les élèves les moins bons, ce qui indiquerait que la maladie pourrait être liée à de « subtiles anormalités neuro-développementales ».

Les troubles bipolaires se caractérisent par des successions de périodes d’euphorie intense pour les personnes qui en sont atteintes, suivies par des épisodes dépressifs. Durant leurs moments d’excitation, elles sont hyperactives, se mettent à parler rapidement, ne dorment que très peu, se sentent irritables ou euphoriques, et se montrent incapables de recul. Dans les cas les plus graves, elles peuvent même avoir des hallucinations. Par contraste, leurs moments dépressifs sont très « noirs », avec parfois de l’anxiété et des envies suicidaires.

Cette maladie est en nette progression, et on estime que le nombre d’enfants américains qui en seraient atteints aurait été multiplié par 40 entre 1994 et 2003. Néanmoins, grâce à la publicité faite par les stars qui se sont déclarées maniaco-dépressives, comme Catherine Zeta-Jones, Ben Stiller, Robbie Williams, Paul Gascoigne ou encore Stephen Fry, la maladie a été d’une certaine manière dédramatisée.