Le Bolivar souverain : le Venezuela lance une nouvelle monnaie pour conjurer la crise

Au Venezuela, le président Nicolas Maduro vient de présenter un nouveau train de mesures pour sortir le pays du marasme économique. Celles-ci prévoient notamment la création d’une nouvelle monnaie, le « Bolivar souverain », par la suppression de cinq zéros de l’actuel Bolivar, et l’augmentation du salaire minimum de 3500 %.

Vendredi, Maduro avait présenté ce nouveau plan destiné à mettre fin à la récession du pays, en promettant que grâce à sa mise en oeuvre, le pays allait “connaître un miracle économique”. “J’ai une formule. Faites moi confiance”, a demandé Maduro lors d’une allocution télévisée, ajoutant “qu’aucun expert n’était impliqué” dans la conception de ce projet. “Vous ne verrez pas dans ces mesures les griffes du FMI et ses mauvaises ordonnances”, a précisé le président.

La « dédollarisation » du bolivar

Ces réformes prévoient la multiplication par 34 du salaire minimum, un assouplissement du contrôle des changes, des augmentations des impôts ainsi que du prix des carburants pour certains conducteurs, et l’introduction d’une nouvelle monnaie, le « Bolivar souverain ». Cette nouvelle devise aura 5 zéros de moins que la devise à laquelle il se substitue, le Bolivar, et sera adossée à la monnaie virtuelle créée par le pays au mois de février, le petro.

Il s’agit donc d’une dévaluation de 95 % de la monnaie locale, qui lui permet d’adopter officiellement la valorisation qu’elle avait déjà sur le marché noir (environ 6 millions de Bolivars souverains pour un dollar). Maduro espère ainsi stabiliser la monnaie en la “dédollarisant” d’une certaine manière (les Vénézuéliens se réfèrent au cours du dollar pour effectuer les transactions sur le marché noir) et en l’adossant aux réserves de pétrole du pays.

Problème : il n’est pas évident qu’elle recueille la confiance des entreprises et des ménages, compte tenu que le petro n’a pas encore fait ses preuves.

Une mesure « cosmétique » pour l’opposition et les économistes

Les économistes et les politiciens de l’opposition ont déjà fait part de leur scepticisme. Beaucoup ne voient qu’une opération cosmétique dans ce plan de réformes. 3 des plus grands partis d’opposition du pays ont appelé à une grève de 24 heures pour protester contre ces mesures.

Henrique Capriles, le leader de l’opposition vénézuélienne, a parlé d’un « vendredi noir » pour le Venezeuela, qui resterait dans l’histoire comme l’un des jours les plus sombres pour le pays. « Le gouvernement a décidé de nous infliger une dernière estocade », a-t-il écrit sur son blog. Andres Vélasquez, un autre leader de l’opposition, a estimé que le plan n’allait guère relancer le pays et que, au contraire, il induisait “plus de faim, plus de ruine, plus de pauvreté, plus de souffrance, plus de douleurs, plus d’inflation et plus de dégradation de l’économie”.

« Cette série de mesures est un mélange d’idées incohérentes et contradictoires… C’est un dispositif inquiétant qui génère beaucoup d’incertitude quant à la façon dont il sera exécuté », a estimé Henkel García, qui dirige la société de consultance Econometrica, basée à Caracas. 

Près de 2,3 millions de personnes ont quitté le pays depuis 2015

Plus de 500 000 Vénézuéliens ont quitté le pays cette année sur fond de pénuries de médicaments et de nourriture, de criminalité en forte hausse et d’une hyperinflation, dont le Fonds monétaire international a prévu qu’elle pourrait atteindre 1 million de % cette année.

Depuis 2015, on estime que 2,3 millions de personnes ont quitté le pays et se sont exilées pour la plupart au Brésil, au Chili en Colombie, en Équateur et au Pérou. Ceux qui passent la frontière de l’Equateur se voient désormais réclamer un passeport (la carte d’identité ne suffit plus), alors que la plupart n’en ont pas.

Une récente enquête a montré que près de 90 % des citoyens du pays vivent maintenant sous le seuil de pauvreté. L’année dernière, le Vénézuélien moyen a perdu 11 kilos et plus de 60 % des Vénézuéliens affirment qu’ils ont faim au réveil, parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’acheter suffisamment de nourriture.