Principaux renseignements
- L’Arménie cherche à se rapprocher de l’Occident après que la Russie a refusé de lui accorder des garanties de sécurité essentielles.
- La Russie exerce des pressions économiques et politiques pour sanctionner le revirement géopolitique de l’Arménie.
- Les divisions politiques internes s’accentuent alors que les groupes d’opposition font pression pour un retour à l’influence russe.
La Russie intensifie la pression sur l’Arménie alors que le pays réoriente son orientation géopolitique vers les institutions occidentales. Ces tensions atteignent leur paroxysme à l’approche des élections législatives. Pendant des années, l’Arménie a été un partenaire russe de premier plan dans le Caucase du Sud, s’en remettant au Kremlin pour sa défense et s’intégrant dans les structures économiques et politiques orientées vers Moscou. Cependant, la volonté du Premier ministre arménien Nikol Pachinian de rejoindre l’Union européenne a gravement nui à cette relation de longue date.
Escalade des tensions
Les tensions diplomatiques se sont intensifiées après que l’Arménie a organisé un sommet européen avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. La Russie a qualifié ce geste de « comportement inamical » et a imposé un embargo sur les importations de fleurs arméniennes. De plus, le Kremlin a indiqué que le statut de l’Arménie au sein de l’Union économique eurasienne (UEE) serait un sujet important lors d’un sommet prévu en mai au Kazakhstan. Le président Vladimir Poutine a suggéré que le peuple arménien devrait décider de son avenir par référendum, et a proposé une « séparation mutuellement avantageuse » si les citoyens préféraient l’Occident. Il est frappant de constater que Poutine a établi un lien entre cette situation et l’origine du conflit en Ukraine, suggérant que les tentatives d’adhésion à l’UE conduisent souvent à l’instabilité.
Divisions internes
La politique intérieure en Arménie est encore compliquée par des groupes d’opposition favorables à un retour à l’influence russe. Des groupes dirigés par des personnalités telles que Samvel Karapetyan, Gagik Tsarukyan et l’ancien président Robert Kocharyan plaident en faveur de liens plus étroits avec la Russie. Certaines de ces personnalités, dont Karapetyan, font l’objet en Arménie de procédures judiciaires qu’elles qualifient de motivées par des considérations politiques. La Russie nie coordonner ces efforts de l’opposition et qualifie les informations à ce sujet de « fausses nouvelles » qui auraient été orchestrées par des intérêts occidentaux.
Alliance occidentale
La crise diplomatique actuelle rappelle les événements de 2013. À l’époque, les pressions exercées par le Kremlin avaient contraint l’Arménie à renoncer à un accord avec l’UE au profit de l’UEE. La récente perte de confiance résulte de l’incapacité de la Russie à fournir des garanties de sécurité efficaces lors des opérations militaires menées par l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh. En conséquence, Erevan a pris ses distances avec l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) dirigée par Moscou et a cherché à resserrer ses liens avec l’OTAN et les États-Unis. Une étape importante dans cette direction a été franchie avec la conclusion d’un accord de paix négocié par les États-Unis, qui prévoit un projet commun à long terme pour la création d’un corridor de transport et d’énergie traversant l’Arménie.
Malgré ces changements, l’Arménie reste liée à la Russie par des infrastructures essentielles, telles que son secteur de l’énergie nucléaire, et par une forte dépendance vis-à-vis des transferts de fonds des citoyens travaillant à l’étranger. Bien que les responsables arméniens, dont le ministre des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan, affirment ne pas chercher pour l’instant une rupture totale avec la Russie, ils reconnaissent que l’UE et l’UEE sont fondamentalement incompatibles. L’Arménie insiste sur le fait qu’elle déterminera elle-même le moment de la transition. Les responsables russes ont toutefois déclaré qu’il était inacceptable de vouloir rester membre des deux blocs.
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

