Principaux renseignements
- L’Allemagne s’est retirée du programme « Main Ground Combat System » afin de développer son propre char de combat en collaboration avec la France.
- Des différends industriels ont réduit le partenariat à un simple projet technologique de portée limitée.
- Le développement national de matériel remplace les ambitions stratégiques communes qui ont échoué.
Le chef d’état-major des armées français a récemment informé le Parlement que l’Allemagne s’était officiellement retirée du programme « Main Ground Combat System » (MGCS). Cette initiative collaborative, lancée en 2017 par Angela Merkel et Emmanuel Macron, visait à créer un char de nouvelle génération destiné à remplacer les chars Leclerc et Leopard 2. Cependant, l’ambition de produire un véhicule unifié a été abandonnée.
Autres besoins
Le général Fabien Mandon a admis que ce résultat était décevant, soulignant que le cadre industriel proposé pour 2026 ne répondait pas au besoin urgent de la France de remplacer son parc vieillissant d’ici 2037. Bien que Mandon ait fait valoir que les années de recherche conjointe sur les spécifications des chars avaient été précieuses et n’avaient pas été vaines, il a reconnu que l’échec industriel constituait un coup dur.
En conséquence, le partenariat a été recadré en un projet axé sur la technologie, centré sur la robotique, l’automatisation et les systèmes de combat en réseau plutôt que sur une plate-forme physique commune.
Différends persistants
Dès le départ, le projet a été miné par des différends concernant le financement, la direction et les exigences techniques. Même après la signature, en avril 2024, d’un accord de répartition des tâches par les ministres Boris Pistorius et Sébastien Lecornu, l’élan n’a cessé de s’essouffler.
Dès juillet, le ministère allemand de la Défense s’était déjà réorienté vers une « technologie indépendante de toute plateforme » plutôt que vers un châssis commun.
Leopold 3 et CAPINT
Face à cet échec, l’Allemagne poursuit de son côté le développement d’un char lourd provisoire, souvent appelé « Leopard 3 ». Développé par KNDS Germany et Rheinmetall, ce véhicule repose sur une base Leopard 2 A8 modifiée et intègre un chargeur automatique ainsi que des systèmes de défense contre les drones ; les livraisons sont prévues d’ici 2032.
De son côté, la France explore sa propre solution provisoire, baptisée CAPINT — un véhicule de 50 tonnes équipé d’une tourelle française montée sur une coque allemande —, tout en prévoyant une étude de remplacement à grande échelle pour 2027.
Future Combat Air System
Cette rupture fait écho à un effondrement similaire du Future Combat Air System (FCAS) en juin dernier. Ce projet aéronautique s’est également fracturé en raison de désaccords concernant l’autorité en matière de conception et des exigences nationales spécifiques, telles que le besoin de la France en capacités nucléaires et en capacités embarquées.
Tant dans les programmes terrestres qu’aériens, les partenariats stratégiques autrefois vastes se sont réduits à des collaborations restreintes portant sur les logiciels et la connectivité, laissant le développement principal du matériel à la charge de chaque pays. (fc)
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