La production industrielle a de nouveau plongé au mois de juin. La demande mondiale en berne et les coûts de l’énergie touchent en plein cœur l’économie allemande.
L’Allemagne en pleine voie d’auto-sabotage

Pourquoi est-ce important ?
Si la demande mondiale atone est un élément conjoncturel, les coûts de l'énergie risquent de plomber la première économie européenne pendant plusieurs années. Ses choix énergétiques passés - le gaz russe et la fin du nucléaire - poussent les entreprises allemandes vers la sortie.Dans l’actu : la production industrielle allemande est en repli.
- Au mois de juin, la production industrielle a baissé de 1,5%, après un recul au mois de mai.
- Dans le détail, la production de biens d’équipement a diminué de 3,9%, qui n’a pas été compensé par la hausse pour les biens de consommation (+1,8 %) et de biens intermédiaires (+0,4 %). La production automobile est elle en chute de 3,5%.
- L’inflation, qui reste à 6,2% en juillet, les hauts taux d’intérêt, les coûts de l’énergie et la faible demande mondiale plombent l’industrie allemande. Des secteurs énergivores comme celui de la chimie sont dans le dur.
- Au niveau de la croissance, l’Allemagne est tombée en récession au premier trimestre 2023 à -0,4%, et sa croissance devrait être quasi nulle au 2e trimestre. Sur toute l’année 2023, le FMI prévoit une récession en Allemagne de -0,3%, alors que la croissance serait de +0,9% dans l’UE.
L’essentiel : les choix énergétiques de l’Allemagne pèsent sur son industrie.
- « La croissance touche tout le monde, sauf l’Allemagne. » Voilà comment Die Welt résumait les dernières prévisions mondiales du Fonds monétaire international (FMI), publiées le 25 juillet. « L’économie allemande et surtout son industrie s’enfoncent toujours plus dans le marasme (…). Nous sommes en crise », ajoutait le quotidien.
- Même le ministre de l’Économie, Robert Habeck, ne s’en cache pas et s’attend « à cinq années difficiles » : « Nous sommes confrontés à une période de grande transformation entre aujourd’hui et 2030, alors que l’Allemagne passe d’une industrie traditionnelle dépendante des énergies fossiles à des énergies vertes. »
- Le ministre vert a proposé ni plus ni moins que de subventionner l’énergie pour passer ce moment difficile, une sorte de « pont pour y arriver ». Une politique qui interpelle : « Presque tous les économistes que vous interrogez vous diront que ce n’est pas la bonne chose à faire », a déclaré à EURACTIV Alfons Weichenrieder, professeur de politique économique à l’université Goethe de Francfort.
- Baignée par du gaz russe bon marché, l’Allemagne s’est permise de mettre fin à son énergie nucléaire. La guerre en Ukraine aura redistribué toutes les cartes. Les énergies renouvelables ne sont pas prêtes et l’Allemagne doit se tourner vers le coûteux GNL et le charbon, dont le lignite hyper polluant. L’Allemagne en est le principal producteur de l’UE, avec 44% du total.
- Avec des coûts de l’énergie plus élevés, l’Allemagne a perdu ses avantages concurrentiels. Des pays comme la Suède ou la Norvège, avec leur hydro-électricité, ou encore la France, avec son parc nucléaire (s’il est en état de marche), pourraient en profiter. L’Allemagne est devenue une importatrice d’énergie, au contraire de la France.
- L’Allemagne investit massivement dans le renouvelable, mais la question est de savoir si ces énergies seront prêtes à temps alors que se profile le grand exil des entreprises allemandes.
Jeu, set et match ?
La question : l’Allemagne face au risque de délocalisation.
- En juin dernier, selon une étude de la Fédération des entreprises allemandes (BDI), près de la moitié des entreprises allemandes ont entrepris des démarches pour délocaliser leurs emplois et/ou leur production ou envisage de le faire.
- Selon les calculs de l’Institut de l’économie allemande (IW), les entreprises étrangères ont investi environ 10,5 milliards d’euros dans des entreprises allemandes l’année dernière, contre 44 milliards en 2021. Dans l’autres sens, les entreprises allemandes ont investi pas moins de 135 milliards à l’étranger.
- Enfin, selon un sondage de l’association professionnelle VDMA, seuls 20 % des 667 participants estiment les conditions générales actuelles en Allemagne sont bonnes ou très bonnes. Ils sont 78% à le penser pour les États-Unis.
- Attention, la partie n’est pas encore jouée. L’Allemagne a les poches pleines et peut par exemple répondre à l’Inflation Reduction Act américain. Depuis mars 2022, les vingt-sept États membres de l’UE ont accordé plus de 740 milliards d’euros d’aides d’État aux entreprises. L’Allemagne en a représenté presque la moitié, selon Les Echos. La principale raison ? Les plans de sauvetage d’énergéticiens comme Uniper.