Principaux renseignements
- Le chancelier Friedrich Merz a exprimé son inquiétude face au déficit commercial croissant de l’Allemagne avec la Chine lors de sa première visite officielle à Pékin.
- Cet écart croissant, alimenté par les subventions massives accordées par la Chine et la sous-évaluation de sa monnaie, menace le cœur des industries allemandes.
- Merz cherche des solutions pour réduire ce déséquilibre tout en exhortant Pékin à user de son influence pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment effectué sa première visite officielle à Pékin. Au cours de ce voyage, il a fait part de ses inquiétudes concernant le déséquilibre commercial important entre l’Allemagne et la Chine, le qualifiant de « malsain ». Les données des statistiques fédérales révèlent que les importations allemandes en provenance de Chine ont représenté plus du double de la valeur des exportations l’année dernière.
Déficit commercial croissant
Merz a souligné sa volonté de trouver des solutions pour réduire ce déficit commercial croissant, qui a quadruplé en seulement cinq ans. Il a également exhorté Pékin à user de son influence auprès de Moscou pour aider à mettre fin à la guerre en Ukraine.
L’énorme déficit commercial a éclipsé les discussions entre Merz et les responsables chinois. Une importante délégation de chefs d’entreprise allemands accompagnait le chancelier. Il convient de noter que la Chine a retrouvé sa place de premier partenaire commercial de l’Allemagne en 2025, dépassant les États-Unis. Ce changement met en évidence un déséquilibre préoccupant pour l’Allemagne, première économie de l’Union européenne.
Préoccupations liées au déséquilibre commercial
En 2025, des marchandises d’une valeur de 170,6 milliards d’euros ont été importées de Chine en Allemagne, soit une augmentation annuelle de 8,8 pour cent, tandis que les exportations allemandes vers la Chine ont diminué de 9,7 pour cent pour atteindre 81,3 milliards d’euros. Cette situation inquiète les économistes, qui avertissent qu’elle érode le cœur des industries allemandes, en particulier dans des secteurs tels que l’automobile, les machines et les produits chimiques.
Les experts attribuent ces distorsions principalement aux subventions « massives » accordées par la Chine et à la sous-évaluation de sa monnaie. C’est ce qu’ils déclarent à la BBC. Ils affirment que les avantages de la Chine en matière de prix ne peuvent être attribués uniquement à sa supériorité en matière d’innovation et d’efficacité. Bien que Pékin affirme que ses politiques de subventionnement sont transparentes et conformes aux règles du commerce international, il a déjà été accusé par le passé de manipuler de manière déloyale la valeur de sa monnaie.
Le régime de taux de change de la Chine
La Chine insiste sur un régime de taux de change flottant basé sur les forces du marché, mais reconnaît la nécessité d’interventions occasionnelles de la part des autorités. Le déficit commercial croissant qui touche l’ensemble de l’UE est qualifié de dernier « choc chinois ».
Cette tendance est en partie attribuable à la pandémie et à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui ont entraîné une augmentation des coûts de production en Europe. Parallèlement, la Chine a connu une phase déflationniste prolongée due à un surinvestissement dans le secteur manufacturier, ce qui a entraîné un excédent de capacité de production observé aujourd’hui.
Relever les défis commerciaux
Les dirigeants européens s’efforcent de trouver des stratégies pour atténuer l’impact des produits chinois bon marché tout en évitant une guerre commerciale sur deux fronts avec la Chine et les États-Unis. Les experts reconnaissent que l’Europe dispose d’un levier, car la Chine dépend des marchés internationaux pour ses exportations et est confrontée à des problèmes de surcapacité.
Cependant, l’afflux de ces produits suscite l’inquiétude en Allemagne, traditionnellement considérée comme le moteur économique de l’Europe, mais confrontée à ses propres défis ces dernières années. En particulier, l’industrie automobile allemande, autrefois puissante, supprime des emplois dans le cadre d’une transition tumultueuse vers les véhicules électriques, un domaine dans lequel la Chine occupe une position dominante.
Les préoccupations des entreprises allemandes
Au cours de sa visite, Merz a été exhorté par des groupes d’entreprises allemandes à se pencher sur des questions telles que les « distorsions » de la concurrence et les contrôles à l’exportation des terres rares essentielles. La Fédération allemande des ingénieurs préconise des mesures visant à rétablir des conditions de concurrence équitables si nécessaire. Merz a annoncé que la Chine avait l’intention d’acheter jusqu’à 120 avions au géant européen de l’aviation Airbus.
Sa position en tant que défenseur du libre-échange transatlantique est en contradiction avec les réalités mondiales actuelles. Alors que la France penche vers des politiques protectionnistes, l’Allemagne reste plus sceptique. L’UE a engagé de nombreuses procédures antidumping contre la Chine et étudie des propositions visant à stimuler la production nationale et à réduire la dépendance vis-à-vis des importations étrangères.
Revers stratégique pour l’Allemagne
Pour Berlin, cette situation représente un nouveau revers stratégique pour son approche passée du « changement par le commerce » avec des pays comme la Chine et la Russie. L’ancienne chancelière Angela Merkel a souvent été critiquée pour avoir donné la priorité aux relations économiques avec Pékin au détriment des préoccupations en matière de droits de l’homme.
Ces dépendances profondément enracinées s’avèrent difficiles à démêler. S’adressant aux journalistes, Merz a reconnu que les relations avec la Chine présentaient à la fois des opportunités et des risques. Il a souligné l’engagement de l’Allemagne à renforcer le partenariat tout en préservant ses propres intérêts. Il a déclaré que se dissocier de la Chine serait une erreur.
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici!

