La zone euro donne le feu vert à la Bulgarie pour son processus d’adhésion… mais durcit les critères d’entrée

Jeudi, les ministres des finances de la zone euro ont donné leur feu vert pour que la Bulgarie intègre l’Union bancaire, un premier pas vers son entrée dans la zone euro. Sofia devrait émettre une demande officielle d’entrée dans l’Union bancaire dans les tout prochains jours.

Les ministres des finances de la zone euro se sont entendus sur la feuille de route de l’adhésion de la Bulgarie à l’euro. Sofia rejoindrait d’abord l’Union bancaire pendant une durée d’un an, ce qui aboutirait à transférer la supervision de son système bancaire aux instances européennes. Par la suite, le pays pourra briguer l’entrée dans le MCE II, une sorte d’ »antichambre » dans laquelle les nations postulant à l’entrée de l’euro doivent passer pendant deux ans avant l’adoption officielle de la monnaie unique.

La Bulgarie satisfait les critères nominaux pour adopter la monnaie unique, mais…

La Bulgarie satisfait les critères nominaux pour adopter la monnaie unique: une inflation faible et des finances publiques saines. Sa devise, le  Lev, est déjà ancrée à l’euro. Mais elle est aussi le pays le plus pauvre de l’UE, et la corruption généralisée qui y règne, de même que les difficultés que certaines de ses banques ont connues, font peser des doutes quant à la réelle capacité du pays à s’intégrer sans heurt dans la zone euro.

Sofia aurait toutes les peines du monde à surmonter son écart de pauvreté avec les autres pays membres de la zone euro. Le produit intérieur brut réel par habitant de la Bulgarie est de 6 300 euros, soit un cinquième de la moyenne de la zone euro. Le pays se classe comme le champion de la corruption au sein de l’Union Européenne, selon Transparency International. Et en 2014, la Corporate Commercial Bank’s (Corpbank), la 4e plus grande banque du pays, avait fait l’objet d’une ruée bancaire, à la suite de laquelle le gouvernement bulgare l’avait privée de sa licence, et l’avait laissée s’effondrer.

Les ministres des Finances de la zone euro ont durci les conditions d’accès à l’euro

La Banque Centrale Européenne (BCE) a averti que le passage dans l’union bancaire de la Bulgarie pourrait durer au delà d’une année. Et pour cause : le même jour, les ministres de l’Eurogroupe ont discrètement durci les critères d’entrée dans la zone euro, et c’est la Bulgarie qui devrait essuyer les plâtres.  

Les 19 ministres de la zone euro ont en effet publié une déclaration qui énonce les conditions que Sofia devra remplir pour intégrer leur club. “Les gardiens de l’Euro ont tiré les leçons de l’inclusion trop hâtive d’économies qui n’étaient pas prêtes pour la monnaie unique dans les années passées”, écrit le Financial Times, faisant sans doute allusion à la Grèce.

Dès son adhésion à l’union bancaire, les banques bulgares seront soumises à des stress-tests et des audits pour s’assurer que le système bancaire bulgare est assez sain pour rejoindre l’euro.

L’euro ne repose plus uniquement sur la santé financière

La déclaration prévoit également que les réformes judiciaires en Bulgarie et la “lutte contre la corruption et la criminalité organisée” seront examinées à la loupe. De plus, le pays devra mettre en oeuvre l’intégralité  des règles anti-blanchiment de l’UE. Des exigences qui dépassent donc le simple cadre financier prévu à l’origine par les “critères de Maastricht”, et qui témoignent des enseignements de la crise financière et des récents scandales de corruption bancaire, comme ceux que l’on vient de connaître en Lettonie, ou à Malte, par exemple.

Ces nouveaux critères devraient donc singulièrement compliquer la tâche du gouvernement bulgare, et intensifier la lassitude du Premier ministre Bokyo Borissov (sur notre photo à gauche, en compagnie du président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker). “Ils changent constamment les conditions, en introduisant de nouveaux critères”, se lamentait-il déjà le mois dernier.

“Les demandes tiennent compte du fait que le monde a changé. Tout cela ne fait pas plaisir aux Bulgares, mais c’est quelque chose qu’ils devront accepter”, commente un diplomate de la zone euro.