La ville de New York envisage de limiter le nombre de VTC

Le conseil municipal de la ville de New York s’apprête à voter sur une proposition loi visant à limiter le nombre de VTC  autorisées à rouler dans la métropole. Ce serait une première.

La municipalité de New York reproche aux opérateurs de VTC (en particulier Uber et Lyft, mais aussi d’autres entreprises de nuire aux “Yellow cabs”, les mythiques taxis jaunes de la ville.

Une première pour une grande ville américaine… mais une seconde tentative

Elle examine donc un ensemble de propositions qui viseraient à geler temporairement l’octroi de nouvelles licences de VTC, le temps d’étudier l’impact de leur présence. A l’issue de cette étude, la ville pourrait introduire une limitation du nombre de VTC, ce qui serait une première pour une grande ville américaine.

C’est la seconde fois que la ville tente  à juguler la montée en puissance des VTC. En 2015, le maire Bill de Blasio avait déjà proposé d’imposer un seuil pour les véhicules de location, mais la ville a fait marche arrière à la suite d’une campagne d’opposition à cette mesure menée par Uber.

Le secteur des taxis new new-yorkais en crise

Uber a connu un fort développement à New York, rognant les parts de marché des Yellow Cabs. Du coup, le prix des licences de taxi s’est effondré, et alors qu’en 2013, il fallait débourser 1,3 million de dollars pour en obtenir une, les enchères débutent désormais à partir de 165 000 dollars (environ 141 000 euros). En conséquence, le secteur des taxis new yorkais est en plein marasme, et depuis le mois de décembre, on a recensé 6 suicides de chauffeurs. L’un d’entre eux a même commis son geste devant l’Hôtel de Ville.

Les VTC sont accusés d’aggraver les difficultés de circulation

La mairie reproche également aux VTC d’avoir fortement accru les difficultés de circulation dans la ville. Une étude menée en 2017 par l’expert du secteur des transports, Bruce Schaller, montre que les VTC ont eu tendance à aggraver les problèmes de trafic de New York.

Elle indique que 60 % des passagers des grandes villes auraient utilisé un moyen de transport alternatif moins nuisible pour la fluidité du trafic (marche, bicyclette, transports en commun), voire, auraient renoncé à se déplacer, si les VTC n’existaient pas.  Ces derniers seraient ainsi à l’origine d’une augmentation globale de 160 % de la circulation dans les rues new-yorkaises.

Selon Uber, les taxis jaunes pratiquent des discriminations à l’encontre des personnes de couleur

Sans surprise, le leader des VTC, Uber, n’approuve pas cette proposition et tente d’empêcher son adoption. Josh Gold, un des porte-parole de la firme, affirme qu’elle risque de nuire à une certaine catégorie d’usagers : non seulement la limitation du nombre de VTC “immobilisera les New-Yorkais sans contribuer à résoudre le problème des bouchons”, mais de plus, il nuira aux usagers “qui se reposent sur Uber parce que leurs communautés sont désertées par les taxis jaunes depuis longtemps et qu’elles n’ont pas un accès fiable aux transports en commun.”

Et dans le cadre de cette argumentation, Uber bénéficie du soutien de la communauté noire de New York, dont les membres pensent qu’ils sont victimes de discriminations raciales pratiquées par les taxis jaunes. “Lorsque vous vivez à Harlem ou Bed-Stuy [des quartiers à population majoritairement noire], rentrer à la maison est plus difficile que cela devrait être” explique  Arva Rice, présidente de la New York Urban League, qui expique que les taxis jaunes l’ont snobée à plusieurs reprises.

“Le refus de passagers sur la base de critères raciaux est un grave problème du monde des yellow cabs, d’Uber et de Lyft. Mais Uber et Lyft n’ont pas un problème d’approvisionnement, ils ont un problème d’efficacité”, affirme Bhairavi Desai, qui dirige la New York Taxi Workers Alliance, le syndicat des taxis new-yorkais. Selon elle, les chauffeurs des VTC, souvent eux-mêmes des immigrés de couleur, subissent de plein fouet la congestion du trafic de la ville, que la plupart des taxis et des VTC ont contribué à accentuer, parce qu’ils circulent vides un tiers du temps. “Défendre la sursaturation qui a abouti à la profonde pauvreté d’une force de travail composée d’immigrés de couleur n’est pas une position de droits civiques, c’est son antithèse”, ajoute-t-elle.

Bientôt à Bruxelles ?

Si cette décision est prise, elle servirait probablement de modèle pour les villes européennes qui tentent de réglementer les VTC, et d’apporter une protection pour les taxis traditionnels. Bruxelles comme Paris en font partie.

Le conseil municipal pourrait se prononcer sur une telle mesure à partir du 8 août prochain.