La tragédie arabe, ou comment une civilisation qui a mené le monde autrefois est tombée en lambeaux

Il fut un temps ou les mots ‘Islam’ et ‘progrès’ étaient presque synonymes, rappelle The Economist. Les Califats arabes qui se sont rapidement répandus dans la quasi-totalité de l’Eurasie étaient les superpuissances les plus progressistes, tolérantes et commerciales du monde. Mais la gloire d’antan a fait place à la guerre et au despotisme. Pourquoi, et que faire pour y remédier? Le journal économique britannique tente d’apporter une réponse à ces questions.

L’espoir qui a surgi dans le monde arabe sous l’impulsion du « printemps arabe » dans les régimes dictatoriaux de la Tunisie, de l’Egypte, de la Libye et du Yémen s’est évanoui, et à part en Tunisie, ce sont la guerre et l’autocratie qui lui ont succédé.

Des djihadistes viennent de fonder un nouveau califat en Syrie et en Irak, et ils affirment vouloir étendre leurs conquêtes à une grande partie du monde. L’Egypte est passée sous le contrôle d’un ancien général, quant à la Libye, elle est livrée à des milices. Le Yémen est a bord de la guerre civile. L’Israël et la Palestine renouent avec la violence et même des Etats comme l’Arabie saoudite et l’Algérie, qui peuvent compter sur le pétrole pour leur apporter de la richesse, sont plus vulnérables qu’ils ne le paraissent.

La démocratie, le bien-être et la prospérité restent donc hors de portée de la plupart des 350 millions d’habitants de la région, hormis pour les quelques qui profitent de l’exploitation pétrolière. Ces conditions font le lit des autocrates et les fanatiques, et n’augurent rien de bon pour la stabilité du monde.

Suivant The Economist, l’extrémisme religieux dans les réinterprétations modernes de l’enseignement islamique est au cœur des plus grands maux du monde arabe. Cette conception de la foi promeut l’association entre la religion et l’État, éludant le développement d’institutions politiques indépendantes.

Mais cet extrémisme religieux n’est qu’un canal pour la misère du monde arabe, et non sa cause fondamentale. Dans les démocraties musulmanes comme l’Indonésie, la situation est bien meilleure. The Economist explique que les pays arabes font les frais de leur manque d’expérience avec les institutions démocratiques. Dans la plupart de ces pays, l’influence – quand ce n’était pas le contrôle – coloniale des Français et des Britanniques s’est fait sentir bien après leur accès à l’indépendance dans les années 1960. Les pays arabes n’ont pas encore réussi à mettre en place les éléments indispensables à toute démocratie : le débat parlementaire, la presse libre, des tribunaux indépendants, des universités, des syndicats, et des principes tels que la protection des droits de l’homme, et l’émancipation des femmes.

Cette absence d’un État démocratique et libéral s’est combinée avec l’absence d’une économie libérale au Moyen-Orient. La planification centrale (souvent inspirée par l’ex-Union soviétique) a été de mise, et dans certains pays comme l’Egypte, où le socialisme postcolonial n’était pas dominant, c’est le capitalisme de connivence qui s’est installé. Presque aucun marché n’était libre, quasiment aucune multinationale n’a pu prendre pied dans ces pays, et ceux qui nourrissaient de grandes ambitions professionnelles devaient émigrer en Amérique ou en Europe.

La stagnation économique résultante a apporté l’insatisfaction, et conduit les monarques et les autocrates à mettre sur pied des polices secrètes pour se défendre. La mosquée est devenue le refuge des populations radicalisées qui ont retourné leur colère contre leurs dirigeants et l’Occident qui les soutient.

Pour The Economist, les choses ne pourront évoluer favorablement que sous certaines conditions:

  • La prospérité et la démocratie ne peuvent être imposées de l’extérieur, comme l’invasion et l’occupation de l’Irak l’a montré. Il faudra du temps pour remédier à ces problèmes.
  • Seuls les peuples arabes eux-mêmes peuvent inverser leur déclin, mais actuellement, il est peu probable que cela se produise. Les monarques financés par l’Occident et les militaires qui ont pris le pouvoir veulent imposer la « stabilité ». Mais la répression et la stagnation ne sont pas la solution, estime le journal ; non seulement elles n’ont pas fonctionné par le passé, mais elles sont aussi à la source des problèmes actuels. Les dirigeants actuels doivent comprendre que la stabilité passe par des réformes.
  • Il appartient aux musulmans arabes modérés et laïques, qui composent la majorité du monde arabe, de faire entendre leur voix, et de se réclamer des valeurs qui ont assuré la grandeur de leur région autrefois : le pluralisme, l’éducation et l’ouverture des marchés.
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