Principaux renseignements
- La Russie accorde une priorité absolue à sa présence militaire dans l’Arctique. Le Kremlin considère cette région comme cruciale pour sa dissuasion nucléaire et son libre accès à l’océan Atlantique.
- L’archipel norvégien du Svalbard est au centre des préoccupations de la Russie. Cela s’explique principalement par la proximité de la base militaire de Mourmansk et par d’éventuelles opérations de l’OTAN.
- La Russie se sert de la Convention du Svalbard de 1920 pour dissimuler ses activités de renseignement et renforcer sa présence militaire dans l’Arctique.
Les intérêts stratégiques de la Russie dans l’Arctique sont en train de changer, les préoccupations militaires l’emportant sur les préoccupations économiques. C’est ce que rapporte GIS Report. Le Kremlin donne la priorité à la sauvegarde de sa force de dissuasion nucléaire et à l’accès à l’océan Atlantique. Bien que la Russie contrôle une partie importante du littoral de l’Arctique, le Svalbard, un archipel norvégien, revêt une importance particulière en raison de la proximité de la base navale vitale de Mourmansk.
Les capacités maritimes de la Russie s’étant affaiblies dans d’autres régions, la Flotte du Nord à Mourmansk est devenue son atout principal. Elle représente une menace considérable pour l’OTAN, tant en mer que par le biais d’attaques à longue portée. Cette flotte abrite également la majorité de la force de dissuasion nucléaire maritime de la Russie, essentielle à sa capacité de riposte.
Inquiétudes russes concernant le Svalbard
Toute suggestion d’une utilisation occidentale du Svalbard fait sonner l’alarme à Moscou. La Russie craint une érosion de sa position dans la mer de Barents et un affaiblissement de sa dissuasion nucléaire. Cette inquiétude s’est accrue avec l’adhésion de la Finlande à l’OTAN, qui pourrait perturber la liaison terrestre avec Mourmansk. La capacité de l’aéroport du Svalbard à accueillir des avions de reconnaissance et de combat, combinée aux progrès de la technologie des drones, amplifie encore ces inquiétudes.
Importance stratégique de l’Arctique
La politique étrangère de Moscou considère l’Arctique comme la deuxième région stratégique la plus importante au monde. La Convention du Svalbard de 1920, qui confère à la Norvège la souveraineté sur l’archipel, impose des restrictions quant à son utilisation à des « fins militaires » et garantit des droits égaux en matière d’exploitation économique à tous les pays signataires, y compris la Russie. Cela crée un contexte complexe propice aux activités hybrides et militaires russes.
Abus du traité
La Russie abuse délibérément de ses droits de pêche et de recherche issus du traité pour collecter systématiquement des renseignements. Moscou déploie des navires afin d’obtenir des données sous-marines sur les capacités de la flotte de l’OTAN. Des cas documentés font état de navires russes s’étant approchés de sites militaires et d’infrastructures critiques telles que des aéroports et des câbles sous-marins. Les projets de construction d’une station terrestre pour satellites à Svalbard alimentent encore davantage les soupçons de capacités à double usage, ce qui pourrait constituer une violation de la législation norvégienne.
Le sabotage des câbles sous-marins reliant le Svalbard à la Norvège continentale a également été associé à des navires de pêche russes, ce qui soulève des inquiétudes quant à la difficulté de prévenir de tels incidents.
Élargissement du BRICS
L’annonce par la Russie de l’implantation de stations scientifiques liées au BRICS au Spitzberg témoigne de son objectif plus large d’approfondir ses liens avec les pays du BRICS dans les domaines de la science et de la technologie. Cette initiative fait suite à la suspension de la coopération avec les pays occidentaux.
Les contestations juridiques de Moscou concernant la souveraineté maritime visent également la Norvège. La Russie conteste le droit de la Norvège à désigner des « zones de protection de la pêche » et à explorer le plateau du Svalbard à la recherche de pétrole et de gaz.
Maintenir une présence
La Russie maintient délibérément une présence permanente sur l’archipel grâce à une mine de charbon fortement déficitaire située à Barentsburg. Les analystes interprètent cette décision stratégique comme un signal clair. Elle témoigne de la volonté de la Russie de recourir à la force militaire pour protéger ses propres intérêts.
Les défilés militarisés de la Journée de la Victoire à Barentsburg, avec leurs symboles paramilitaires et leurs hélicoptères volant à basse altitude, soulignent la position affirmée de la Russie. Les exercices navals réguliers et les essais d’armes près du Svalbard, y compris les simulations d’invasions amphibies, soulignent encore davantage ses intentions militaires.
Accusations et réalité
La Russie accuse régulièrement la Norvège de militariser le Svalbard. Dans le même temps, les activités de Moscou dans l’archipel témoignent d’une présence militaire russe croissante dans l’Arctique.
La réaction de l’OTAN aux activités de la Russie dans l’Arctique a été relativement modérée par rapport à l’attention qu’elle porte à la frontière orientale. Cependant, le renforcement de la surveillance, des mesures juridiques et diplomatiques et des investissements militaires sont essentiels pour contrer l’influence croissante de la Russie dans la région. (uv)
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