La Russie ouvre une enquête pénale sur le fondateur de Telegram, Pavel Durov


Principaux renseignements

  • Les autorités russes ont engagé des poursuites pénales contre Pavel Dourov, le fondateur de Telegram, au motif que la plateforme soutiendrait des activités terroristes.
  • Dourov condamne l’enquête et y voit une répression des droits fondamentaux tels que la liberté d’expression et la vie privée.
  • Cette répression contre Telegram découle des efforts plus larges déployés par le Kremlin pour contrôler le discours en ligne au sein de la Russie.

Les autorités russes ont ouvert une enquête criminelle contre Pavel Dourov, le fondateur de l’application de messagerie Telegram. Le dossier découle d’accusations selon lesquelles Telegram soutiendrait des activités terroristes, une plainte déposée par le Service fédéral de sécurité russe.

 Durov réagit

Durov, qui réside hors de Russie, condamne l’enquête et y voit une tentative de supprimer des droits fondamentaux tels que la vie privée et la liberté d’expression. À cet égard, il décrit la situation sur les réseaux sociaux comme le reflet d’un gouvernement qui a peur de ses propres citoyens.

Plus tôt ce mois-ci, Moscou a annoncé son intention de ralentir le trafic de Telegram en Russie en raison de violations présumées. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large du Kremlin visant à rediriger des millions d’utilisateurs russes vers MAX, une application de messagerie contrôlée par l’État. Ainsi, ce plan correspond à la vision d’un « internet souverain », un espace en ligne strictement surveillé par le gouvernement.

Les conditions du Kremlin

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, soutient que les autorités ont repéré sur Telegram des contenus menaçants pour la Russie. Il fonde les mesures actuelles sur de multiples infractions et sur le refus de la plateforme de coopérer avec les instances russes. D’ailleurs, le journal étatique Rossiyskaya Gazeta affirme que Telegram facilite, depuis le début de la guerre, des complots ukrainiens contre des militaires russes en plus de milliers d’incidents violents.

Malgré cette pression, Moscou renonce pour l’instant à bloquer totalement l’application, car elle reste très prisée par les citoyens et les fonctionnaires. L’outil s’avère en outre indispensable pour les communications sur le front. Si les officiels russes conditionnent la survie de Telegram au respect de la législation locale, les défenseurs des droits de l’homme s’inquiètent. Cependant, ces derniers affirment qu’une telle soumission forcerait la plateforme à livrer les conversations privées en plus de supprimer les chaînes de l’opposition.

Durov, fervent défenseur de la liberté en ligne, entretient une relation complexe avec le Kremlin. Après avoir vendu son entreprise VK sous la pression en 2014, il s’est installé à Dubaï pour fonder Telegram. Il possède aujourd’hui les nationalités émiratie et française.

Offensive contre les réseaux sociaux

En 2018, les autorités russes ont tenté sans succès de bloquer Telegram, ce qui avait mené à une trêve fragile. Cependant, la nouvelle répression de Moscou contre les médias indépendants place à nouveau l’application dans le collimateur du pouvoir.

En marge de cette affaire, la Russie a déjà bloqué l’accès à des plateformes occidentales comme WhatsApp, Facebook et YouTube. Cette situation provoque une forte augmentation de l’utilisation des VPN chez les internautes russes. Dourov lui-même fait face à la surveillance des autorités occidentales, qui critiquent la modération jugée trop souple de Telegram. En août dernier, il a été détenu durant trois jours en France dans le cadre d’une enquête sur des crimes commis via l’application. Ces investigations concernent notamment la diffusion d’images de violence sexuelle sur les enfants, le trafic de drogue et les transactions frauduleuses.

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