Plan Good Moove, plan taxis, abattage des animaux sans étourdissement, port du voile, friche Josaphat… la majorité PS-Ecolo-DéFI a vécu de nombreux dossiers houleux lors de cette législature. Le dernier en date est le nouveau contrat de gestion de la Stib. Au sein du conseil d’administration, le PS a débranché la prise, ne voulant pas de l’indexation des tarifs préférentiels. Mais en coulisses, il y a plus. Ce dossier montre l’emprise de celui qui s’est auto-proclamé candidat à la ministre-présidence de Bruxelles : Ahmed Laaouej (PS).
- Et pourtant, le nouveau contrat de gestion, qui porte sur la période 2024-2028, avait été validé par le gouvernement bruxellois. Mais le PS ne peut vivre avec l’idée de voir les tarifs préférentiels être indexés. Il s’agit d’un tarif de 12 euros par an pour les usagers aux faibles revenus.
- Lotfi Mostefa (PS), membre du CA et proche d’Ahmed Laaouej, a claqué la porte quelques heures avant la conférence de presse qui devait présenter ce plan. « Le PS s’est battu pour ces avantages. Il n’est pas question d’y toucher« , a-t-il expliqué.
- Forcément, les yeux se tournent vers le ministre-président Rudi Vervoort (PS), qui a validé le plan au sein de sa majorité. Il ressort que cette décision de dernière minute porte le sceau d’Ahmed Laaouej, candidat à la ministre-présidence, et définitivement le numéro 1 du PS bruxellois.
- En interne, cette nouvelle décision de celui qui mènera la liste à la Région crée du remous : « C’est totalement irrespectueux pour les longs mois de travail et d’échange sur le contrat. Le clan Laaouej a voulu humilier Vervoort« , a glissé une source proche du dossier à La DH. « Qui est le PS Bruxellois aujourd’hui ? Qui est ministre-président ? »
- Du côté de la ministre de la Mobilité, Elke Van den Brandt (Groen), on n’a pas caché sa frustration. En appuyant sur ce qui devient clair pour tout le monde : « Merci de me dire avec quel PS je dois négocier ? Je suis fatiguée que les textes soient approuvés à une table, et que l’on poignarde la Stib à l’autre. Pour offrir un service de qualité à tous les Bruxellois, on a besoin de politiques cohérents et loyaux. »
- Lotfi Mostefa (PS) rétorque qu’on parle d’un trou d’à peine 200.000 euros à combler, qui est donc lié à l’indexation. « Il y a moyen de le trouver ailleurs que dans la poche des usagers. Je demande à Elke Van den Brandt de revoir sa copie. » Le membre du CA voit dans l’indexation des tarifs une manœuvre des verts pour écorner un acquis socialiste.
- Chez Groen, on rappelle que le PS a donné son accord à l’indexation à la table de négociation. On rappelle également que ces tarifs ne seront pas indexés l’année prochaine, et que le gouvernement suivant dispose d’un mécanisme pour prendre en charge l’indexation, s’il le souhaite. Bref, « c’est une petite guéguerre politique » menée par le PS, explique-t-on dans l’entourage de la ministre. Le dossier ressurgira ce jeudi à la table du gouvernement, a indiqué Sven Gatz (Open Vld), le ministre bruxellois des Finances.
- Cette nouvelle polémique se fait sur fond de crise au sein du PS bruxellois. Rachid Madrane et Julien Uyttendaele ont tous les deux claqué la porte de la fédération, en désaccord avec celui qui est désormais le seul maître à bord : Ahmed Laaouej. Mais l’actuel chef de groupe du PS à la Chambre aura fort à faire. Les sondages à Bruxelles sont mauvais pour le PS et Laaouej se met à dos un nombre grandissant d’élus bruxellois, à la Ville de Bruxelles, à Saint-Gilles ou encore à Molenbeek.
- De plus, Ahmed Laaouej n’est pas connu pour s’entendre avec le président Paul Magnette. Ce dernier l’a d’ailleurs écarté du fédéral, en promettant la prochaine place de chef de groupe à la Chambre à un Wallon. Ceci explique en partie pourquoi le Bruxellois s’est replié sur sa Région. Ahmed Laaouej peut toutefois compter sur l’appui de certains ténors à Bruxelles, comme l’a montré un récent dîner, à 6, qui a décidé de l’élaboration des listes. Ce qui a mené au départ d’un Madrane terriblement vexé.