La leçon de la Suède et du Danemark: un pont ne rapproche pas deux pays

Avec l’ouverture de son nouveau pontsur la Rivière des Perles entre les villes de Hong Kong, deZhuhai et de Macao, sur une distance de 55 km, la Chineespère pouvoir intégrer les villes de Guangzhou, Shenzhen, HongKong, Dongguan et Foshan au sein d’une vaste métropole. Cependant,la liaison entre le Danemark et la Suède à Oresund montre que lapopulation a besoin de plus qu’une infrastructure brillante pourstimuler l’intégration, écrit David Fickling, chroniqueur del’agence de presse Bloomberg.

Depuis le début du siècle, lacapitale danoise, Copenhague, est reliée à la ville de Malmö, dansle sud de la Suède, par un pont et un tunnel sur une distance dequarante kilomètres. « Comme pour son équivalent chinois, onespérait avec cette liaison de 40 kilomètres transformerait lesdeux villes en une seule région combinée », explique Fickling.

Cependant, même après le boomimmobilier de Copenhague ait poussé certains Danois vers des propriétés moins chères en Suède, il n’y a actuellement que 19.000 frontaliers, soit environ1% de la main-d’œuvre de la région, qui englobe 1,8 million depersonnes.

Obstacles

Selon un rapport de l’OCDE de 2014, l’intégration entre Copenhague et Malmö a ralenti ces dernièresannées. Ce type d’initiative peut rencontrer plusieurs obstaclesmajeurs. « Il existe environ six obstacles principaux à ce typed’intégration: la distance et le coût, la langue, la culture, lesdifférences juridiques, les soucis de sécurité et les contrôlesformels à la frontière », précise David Fickling .

Seuls le coût et la distancecompliquent réellement les mouvements entre le Danemark et la Suède,mais la région de la Rivière des Perles est divisée par presquetous ces obstacles. Selon Fickling, seule la langue cantonaise peutêtre identifiée comme un élément commun. Par ailleurs, la langueutilisée à Hong Kong et à Macao présente encore des différencesmajeures par rapport à la Chine continentale.

Les contrôles aux frontières sontprobablement l’obstacle le plus important selon Fickling. Ce dernierfait référence au passage frontalier entre Singapour et la villemalaisienne adjacente de Johor Bahru, où un mouvement de 300.000personnes peut être enregistré chaque jour. Ce trafic est encouragépar des contrôles de passeport relativement légers et par ladistance limitée (un kilomètre) à parcourir.

« Cette migration quotidienne massiven’est qu’un mouvement de travailleurs à faible revenu au serviced’un voisin plus riche, plutôt que d’un véritable échangebilatéral », ajoute Fickling. « Depuis Singapour, il n’y apratiquement aucun intérêt à se rendre en Malaisie. »

Préjugés

Même cette ampleur de mouvement sembleimprobable dans le delta de la Rivière des Perles. La population deHong Kong, ancienne colonie britannique dont les libertés ont étéérodées depuis le retour à la souveraineté chinoise en 1997,s’oppose à l’immigration. La Chine craint que ces nouveaux arrivantsne sapent la culture locale et que cela rende la statut semi-autonomede Hong Hong incertain. En outre, les préjugés dans la ville àl’égard des des continentaux sont nombreux.

« C’est la raison principale quipousse à douter du rêve d’une plus grande intégration dans ledelta de la rivière des Perles », précise Fickling. « Si ceprocessus devait se produire, l’unification des systèmes économiqueset politiques qui en résulterait serait considérée principalementcomme une contrainte exercée par le gouvernement central chinois,non pas comme le résultat d’une quête sincère d’unification. »

Pour de nombreux habitants, cetteintégration signifierait la fin de Hong Kong. » Des liaisonsrégulières entre Shenzhen, Guangdong et Hong Kong semblent aussiimprobables qu’un trafic sans contrôle entre San Diego et Tijuana ouEl Paso et Juarez à la frontière entre les États-Unis et leMexique. “En 2018, les frontières ne tombent pas dans le monde.Bien au contraire”, conclut Fickling.