Principaux renseignements
- L’achat continu par la Hongrie de pétrole russe moins cher ne se traduit pas par une baisse des prix des carburants pour les consommateurs hongrois.
- Malgré l’accès à d’autres voies d’approvisionnement et la capacité de traiter du pétrole brut non russe, la Hongrie choisit de rester dépendante du pétrole russe.
- MOL, la plus grande compagnie pétrolière hongroise liée au Premier ministre Orbán, tire un avantage considérable du pétrole brut russe à prix réduit, ce qui soulève des inquiétudes quant à la corruption et au financement potentiel des efforts de guerre de la Russie.
La Hongrie continue d’acheter du pétrole russe malgré l’existence d’autres sources d’approvisionnement, selon un rapport accusant Budapest de ne pas répercuter les économies réalisées grâce à la baisse du prix du carburant sur les consommateurs. Au contraire, ces économies profiteraient à MOL, la plus grande compagnie pétrolière hongroise, qui entretient des liens avec le Premier ministre Viktor Orbán par l’intermédiaire de fondations qu’il contrôle.
Prix élevés malgré un pétrole bon marché
Le rapport du Center for the Study of Democracy (CSD), un institut européen de politique publique, a révélé que les prix du carburant en Hongrie étaient nettement plus élevés que ceux pratiqués en République tchèque voisine en 2025, alors que Budapest achète du pétrole russe moins cher et que Prague opte pour des alternatives non russes plus coûteuses. Cela contredit les affirmations de M. Orbán selon lesquelles l’achat de pétrole russe réduit les coûts de carburant pour les Hongrois. L’analyse a révélé que les économies réalisées profitent en grande partie à MOL, dont le résultat d’exploitation a bondi de 30 pour cent depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Alors que l’UE a accordé des dérogations à la Hongrie, à la Slovaquie et à la République tchèque pour qu’elles réduisent progressivement leur dépendance au pétrole et au gaz russes, la République tchèque a depuis cessé d’acheter du pétrole russe. La Hongrie et la Slovaquie ont toutefois renforcé leur dépendance vis-à-vis des approvisionnements russes, la Russie représentant plus de 92 pour cent des importations de pétrole brut de la Hongrie l’année dernière, contre 61 pour cent avant l’invasion.
Profits de MOL
Bien qu’elle ait obtenu l’accord des États-Unis pour une exemption d’un an lui permettant de continuer à acheter du pétrole russe, les chercheurs du CSD affirment que la dépendance continue de la Hongrie est un choix politique plutôt qu’une nécessité dictée par des contraintes commerciales ou logistiques. Ils soulignent que la Hongrie a accès à d’autres voies d’approvisionnement grâce à l’oléoduc Adria, qui relie la Croatie et pompe du pétrole brut non russe depuis la côte adriatique.
Bien que le pétrole brut russe soit nettement moins cher que les alternatives non russes, le rapport constate que cette différence de prix ne se traduit pas par une baisse des prix pour les consommateurs hongrois. Alors que MOL achetait du pétrole brut russe à un prix très avantageux, elle vendait ses produits à des prix comparables à ceux des autres marchés régionaux, ce qui lui a permis de réaliser des profits considérables. Ces profits seraient reversés à des fondations liées à Orbán, notamment le Mathias Corvinus Collegium, le plus grand établissement d’enseignement de Hongrie.
Doutes sur le récit d’Orbán
Le rapport du CSD conteste les affirmations d’Orbán selon lesquelles la Hongrie dispose d’options limitées en matière d’achat de pétrole, soulignant que les raffineries hongroises peuvent traiter du pétrole brut non russe et l’ont déjà fait par le passé sans interruption. Il cite également la Bulgarie et la République tchèque comme exemples de pays qui ont réussi à se passer du pétrole russe sans subir de chocs d’approvisionnement ni de hausses de prix.
Les chercheurs recommandent à l’UE de prendre rapidement des mesures pour interdire les importations de pétrole brut russe par la Hongrie et la Slovaquie, arguant qu’il est crucial de combler les lacunes qui continuent de financer l’effort de guerre de la Russie.
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