Principaux renseignements
- La France recherche une solution provisoire pour ses chars de combat principaux afin de combler le déficit de capacités avant que le Système de combat terrestre principal (MGCS) ne soit opérationnel.
- Cette approche combine un châssis allemand Leopard avec une tourelle et un système de mission français, en s’appuyant sur des technologies existantes.
- Ce char servira de centre de commandement, de moyen de lutte contre les drones et de plate-forme de tir de précision, tout en préservant l’expertise française en matière de véhicules blindés.
La France reconnaît le besoin urgent de moderniser ses forces blindées et de combler un éventuel déficit de capacités avant que le système de combat terrestre principal (MGCS) ne soit opérationnel. Face à des retards d’environ une décennie, Paris recherche une solution de char de combat principal provisoire qui servira de tremplin plutôt que de simple mise à niveau de la flotte Leclerc existante.
Faire face aux menaces émergentes
Cette approche tient compte de la nature en constante évolution de la guerre moderne, où les adversaires renforcent continuellement la protection de leurs blindés, déploient des drones et développent des capacités antichars à longue portée. La France vise à éviter de mettre en service des Leclerc modernisés mais vieillissants alors que ces menaces deviennent de plus en plus sophistiquées. Si le programme de modernisation Leclerc XLR répond aux besoins immédiats et que le projet Leclerc Evolution offre des solutions au-delà de 2030, une solution à plus long terme est nécessaire.
La configuration de char intermédiaire la plus plausible consisterait probablement à combiner un châssis Leopard d’origine allemande avec une tourelle et un système de mission français. Cela s’inscrit dans la feuille de route de KNDS, qui positionne le Leopard 2 A-RC 3.0 et le Leclerc Evolution comme des solutions intermédiaires menant au MGCS. Les deux plates-formes sont équipées de tourelles modulaires capables d’accueillir des canons ASCALON de 120 mm et 140 mm, un système d’armes puissant et évolutif conçu pour être compatible à l’avenir avec les normes européennes en matière de canons de chars.
Avantages tactiques
La séparation châssis-tourelle offre plusieurs avantages tactiques. La plate-forme Leopard fournit une architecture automobile éprouvée, une capacité de charge utile suffisante pour des systèmes de protection avancés et une voie de déploiement présentant un risque relativement faible. Une tourelle française permet à la France de garder le contrôle sur l’architecture de la puissance de feu, l’électronique et l’intégration des effecteurs dans le cadre de la doctrine SCORPION.
De plus, une tourelle sans pilote ou télécommandée permettrait de regrouper l’équipage plus profondément à l’intérieur de la coque, améliorant ainsi la survivabilité face aux menaces d’attaque par le haut, aux munitions vagabondes et aux missiles antichars guidés. Cette approche s’aligne sur les enseignements tirés des conflits récents.
Le rôle du char intermédiaire va au-delà des engagements par tir direct. Des caractéristiques telles que les postes de commandant en second pour la gestion des capteurs et des effecteurs, les postes d’armes télécommandés pour les opérations de lutte contre les drones et les lanceurs de munitions vagabondes soulignent son potentiel en tant que nœud de commandement tactique, moyen de lutte contre les drones et plate-forme de tir de précision.
Retards
Si le programme MGCS reste stratégiquement important, les retards soulignent la complexité inhérente au développement d’un système aussi de pointe. Des désaccords politiques concernant le leadership industriel et la répartition des tâches ont initialement entravé les progrès. De plus, l’évolution du MGCS, passant d’un simple remplacement de char à un système global intégrant des composants pilotés et non pilotés, a encore accru sa complexité.
Malgré ces défis, le programme de char intermédiaire de la France constitue une couverture stratégique contre d’éventuelles lacunes en matière de capacités. Il vise à préserver l’expertise souveraine en matière de blindés, à maintenir la pertinence des brigades lourdes de l’armée de terre et à réduire les risques liés à la transition vers le MGCS en déployant très tôt des technologies éprouvées. Le char intermédiaire ne portera pas préjudice au MGCS ; au contraire, il garantira que la France reste une force de premier plan dans la guerre blindée jusqu’à ce que le MGCS devienne une réalité.
(jw)(fc)
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