Principaux renseignements
- L’assassinat d’Ali Khamenei a déclenché une crise profonde dans la République islamique d’Iran, ouvrant la voie à un éventuel changement de régime.
- Alors que les dirigeants iraniens cherchent à projeter une image de stabilité, les rapports de force internes ont changé et le processus de succession reste incertain.
- Malgré de lourdes pertes, l’Iran démontre sa capacité à riposter, ce qui aggrave le conflit régional et augmente les enjeux pour toutes les parties concernées.
L’assassinat du guide suprême iranien, Ali Khamenei, lors d’une opération conjointe américano-israélienne, a plongé la République islamique dans sa crise la plus grave depuis la révolution de 1979. Ces frappes, qui visaient à démanteler la structure du pouvoir iranien, ont provoqué un choc et une liesse généralisés parmi certaines franges de la population iranienne et de la diaspora. Le régime est toujours intact, mais les prochains jours diront s’il le restera et quelle direction il prendra ensuite. C’est ce qu’écrit la BBC dans une analyse.
Une occasion historique de changement
Pour beaucoup, la mort de Khamenei représente une occasion historique de changement, ce que des années de résistance civile n’ont pas réussi à accomplir. Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou ont tous deux encouragé publiquement les Iraniens à prendre le contrôle de leur gouvernement, soulignant le potentiel d’un changement de régime.
Si l’opération militaire semblait avoir été méticuleusement coordonnée sous la direction des États-Unis, le succès de l’appel politique lancé au peuple iranien reste incertain. La télévision d’État iranienne a confirmé la mort de Khamenei dimanche matin, annonçant rapidement la création d’un conseil temporaire chargé d’assumer le pouvoir exécutif.
Le processus de succession
La constitution iranienne stipule que l’Assemblée des experts, un organe clérical composé de 88 membres élus au suffrage universel, sélectionne un nouveau guide suprême. Cependant, tous les candidats doivent être examinés et approuvés par le Conseil des gardiens, un organe composé de 12 membres étroitement lié à la structure dirigeante existante. Cet arrangement confère à Khamenei une influence significative sur le processus de sélection de son successeur.
Le régime a agi rapidement pour projeter une image de continuité et de stabilité. En invoquant les mécanismes constitutionnels et en établissant un arrangement gouvernemental temporaire, les autorités visent à rassurer la population sur le fait que le système reste intact malgré la perte de son leader suprême. Les spéculations sur les successeurs potentiels ont commencé, mais le processus se déroule généralement à huis clos au sein de l’Assemblée des experts.
Évolution des rapports de force
Si le fils aîné de Khamenei, Mojtaba, était autrefois considéré comme un candidat potentiel, les récentes frappes ont probablement modifié l’équilibre interne du pouvoir. Le précédent créé en 1989, lorsque Khamenei lui-même est devenu guide suprême alors qu’il n’était pas le favori, montre que l’issue peut être imprévisible.
Sur le plan militaire, la République islamique a subi un coup dur avec la perte de plusieurs commandants supérieurs. Les responsables qui ont survécu restent menacés par les opérations aériennes en cours. L’Iran a toutefois démontré sa capacité de riposte en lançant des attaques contre des bases américaines et des cibles en Israël au cours des deux premiers jours des frappes.
Extension du conflit
La portée géographique du conflit s’est considérablement étendue, des missiles frappant pour la première fois des sites non militaires à Dubaï et un aéroport civil au Koweït. Cette escalade suggère que malgré les pertes subies au niveau de ses dirigeants, l’Iran conserve ses capacités opérationnelles et sa détermination à les utiliser. Patricia Marins, analyste en défense, affirme que cette guerre risque de devenir une catastrophe. La flotte de sous-marins iranienne est toujours intacte et mène elle-même des attaques contre des bases américaines. Pendant ce temps, les États-Unis ont déjà retiré tout leur matériel et leur personnel des Émirats arabes unis. Selon elle, cela indique un important repositionnement ou un retrait défensif.
Le risque d’une nouvelle escalade régionale pèse lourdement sur la crise. L’Iran pourrait chercher à tirer parti de la situation en encourageant ses alliés militants à travers le Moyen-Orient à se joindre au combat, ce qui pourrait conduire à un cessez-le-feu ou empêcher une capitulation totale aux conditions dictées par les États-Unis et Israël.
Vers un effondrement systémique ?
Par ailleurs, une pression militaire soutenue, associée à des manifestations généralisées, pourrait pousser la République islamique vers un effondrement systémique. Si des éléments des forces de sécurité se fragmentent ou refusent d’obéir aux ordres, tout processus de transition constitutionnelle formel pourrait devenir caduc, dépassé par les événements sur le terrain.
Les prochains jours révéleront si le Corps des gardiens de la révolution islamique et d’autres éléments coercitifs peuvent rester cohésifs en l’absence de Khamenei. Pour l’instant, tous les scénarios restent possibles. La République islamique semble plus faible qu’avant les frappes, privée de sa figure centrale d’autorité, de ses commandants clés et exposée à une pression militaire continue. Elle conserve toutefois ses structures institutionnelles, ses forces armées et une capacité de riposte qui complique toute voie directe vers un changement de régime.
L’assassinat d’Ali Khamenei a marqué le début d’une phase instable et incertaine pour l’Iran. L’évolution des événements dépendra de la capacité de Téhéran à maintenir le contrôle interne face à la poursuite des frappes aériennes, à la dynamique des manifestations potentielles et à l’ampleur de l’escalade du conflit régional. La situation pourrait s’éclaircir dans les jours à venir, à mesure que toutes les parties testeront leurs limites militaires et leur détermination politique.
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