Principaux renseignements
- La crise iranienne met en évidence la difficulté pour le BRICS de trouver un équilibre entre ses priorités économiques et la nécessité d’une unité géopolitique.
- La diversité des réactions des membres des BRICS face à la situation en Iran montre clairement qu’ils restent des acteurs souverains qui suivent leur propre trajectoire.
- Le succès de l’alliance des BRICS dépend de la capacité des pays membres à surmonter leurs différends et à concrétiser leurs projets pour un autre ordre mondial.
Alors que la Chine et la Russie ont déjà tranché, les BRICS gardent le silence plus d’une semaine après les attaques. Ce silence expose la fracture douloureuse au sein de l’alliance car l’ambition de former un bloc économique se heurte frontalement à la nécessité d’une unité géopolitique. L’exercice d’équilibriste prudent de l’Inde rend particulièrement visible le dilemme fondamental du collectif.
Gérer les divergences internes
L’Inde tente de protéger ses intérêts économiques et stratégiques sans froisser ses partenaires clés. Dans le même temps, l’alliance des BRICS est aux prises avec des différends internes entre ses membres. Cette situation met le bloc sous pression et remet en cause la capacité du groupe à concrétiser ses ambitions de coopération multipolaire face à l’éclatement d’une crise géopolitique.
L’escalade du conflit dans le golfe Persique devient ainsi un test majeur pour la coopération au sein du groupe. Alors que Israël et les États-Unis poursuivent leurs attaques contre l’Iran et que Téhéran menace les autres États du Golfe de représailles, la crise dépasse le simple enjeu de sécurité régionale. Elle devient un véritable baromètre de la cohésion politique et du poids stratégique du bloc.
De plus, l’élargissement des BRICS en 2024 à de nouveaux membres du Moyen-Orient et d’Afrique révèle de nouvelles lignes de fracture. L’Iran a lui-même rejoint le groupe à cette occasion. La Russie et la Chine, deux piliers fondateurs, se montrent généralement compréhensives à l’égard de l’autonomie stratégique de Téhéran. L’Inde, en revanche, privilégie une trajectoire beaucoup plus prudente.
Bataille pour la sécurité énergétique
La menace iranienne de bloquer le détroit d’Ormuz montre à quel point les circuits d’énergie et les réseaux financiers mondiaux sont fragiles. Les grands acheteurs comme la Chine et l’Inde craignent des pertes économiques immédiates car leur approvisionnement tremble face aux tensions sur cette route essentielle.
Au sein des BRICS, l’idée de créer des systèmes de rechange comme BRICS Pay devient plus forte pour moins dépendre de l’Occident. Même s’il est difficile de construire des réseaux de cette taille, utiliser des monnaies locales comme la roupie indienne est une solution concrète.
Puisque la Chine et l’Inde veulent protéger leurs routes commerciales en changeant les règles mondiales, leur alliance fait de l’ombre aux institutions occidentales. Cette union bouscule l’ordre établi et crée un nouveau pôle de pouvoir qui remet en cause le système actuel.
Plus qu’un simple organe consultatif ?
L’incertitude persiste quant à la capacité de ces modèles à évoluer vers un cadre multilatéral cohérent. Les mois à venir seront donc déterminants pour les BRICS. Si les tensions au Moyen-Orient s’accentuent, le groupe se verra contraint d’adopter des positions concrètes dépassant les simples appels au dialogue. La crédibilité de la plateforme repose sur son aptitude à apaiser les différends internes tout en jouant un rôle actif dans la gestion des crises internationales.
Le cœur du défi réside dans le passage des déclarations diplomatiques à des institutions tangibles, telles que des systèmes financiers communs ou des partenariats technologiques. Un ordre mondial multipolaire exige en effet bien plus qu’un simple basculement du pouvoir car il nécessite des normes solides capables de soutenir la coopération entre des États membres diversifiés. La crise dans le golfe Persique fait ainsi figure de test décisif. Elle révélera si les BRICS peuvent devenir un bloc de pouvoir structuré ou s’ils resteront un simple forum de concertation symbolique dans un ordre mondial instable.
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