La Chine tente de contrôler la moitié de la production de lithium mondiale

Tianqi Lithium, une firme chinoise, a racheté 32 % des participations de Sociedad Quimica y Minera (SQM), une société minière chilienne spécialisée dans l’extraction du lithium. Cette acquisition, qui s’est montée à 5 milliards de dollars (environ 4,3 milliards d’euros), lui permet non seulement de devenir le second plus gros actionnaire de cette firme, mais elle lui donne également le contrôle sur près de la moitié des réserves mondiales de lithium.

Mais le gouvernement chilien redoute que concéder un tel contrôle à Tianqi distorde le marché. Au mois de mars, il a déposé une plainte auprès des autorités de réglementation antitrust du pays, pour tenter de bloquer la transaction. 

Un dilemme pour le Chili

Mais Pékin ne s’est pas laissé faire. L’ambassadeur chinois au Chili, Xu Bu, a indiqué à La Tercera, un journal local, qu’en s’opposant à l’accord, le gouvernement chilien risquait de “laisser des influences négatives sur le développement des relations économiques et commerciales entre les deux pays”. En clair, le blocage de l’accord menacerait les relations bilatérales entre les deux pays.

Le Président chilien Sebastián Piñera compte sur les investissements chinois pour développer son pays. La Chine est déjà le plus gros importateur de cuivre du pays, et elle investit lourdement en Amérique latine, notamment dans le cadre de son projet de la « Nouvelle route de la soie » (‘One Belt, One Road’, en anglais). Il prévoit la construction d’infrastructures pour relier la Chine au reste de l’Asie, à l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Sud.

Le plus léger des métaux va peser lourd sur le commerce mondial

Le lithium est le plus léger des métaux , et il est nécessaire à la fabrication des batteries lithium-ion, qui alimentent entre autres les smartphones et les voitures électriques. Or, plusieurs constructeurs automobiles ont tout misé sur les voitures électriques, et selon des analystes, le marché des batteries au lithium est voué à connaître une progression de 19 % par an. La Chine elle-même devrait favoriser cette tendance : Pékin veut qu’un cinquième des véhicules neufs vendus dans le pays d’ici 2025, soient électriques. L’année dernière, les voitures électriques n’ont représenté que 3 % des ventes de véhicules chinois, mais près d’une voiture électrique sur 2 produite dans le monde l’était en Chine. L’empire du Milieu domine déjà l’industrie des batteries au lithium, grâce à ses énormes capacités de production.

Outre le Chili, les plus grosses réserves de cette matière première se trouvent en Australie, en Chine, mais aussi en Bolivie et en Argentine. SQM produit du lithium de manière très économique, en exploitant le soleil du désert de l’Acatama pour extraire le métal des bains salés. Selon les analystes de Scotiabank, elle pourrait devenir le fournisseur de la moitié du lithium consommé dans le monde d’ici 2025.

Tianqi deviendrait incontournable

Tianqi est déjà l’un des plus gros fournisseurs de lithium du monde, grâce à ses participations dans la mine de Talison, en Australie Occidentale. Sa participation dans SQM ferait donc de lui un acteur incontournable pour les fournisseurs de batteries au lithium. 

Selon Quartz, si la transaction se concrétise, la Chine aurait la capacité d’acheter du lithium de SQM pour moins cher que le prix du marché, alors que les cours de ce métal de plus en plus demandé flambent. Cela affecterait les bénéfices que le gouvernement chilien réalise sur les ventes de lithium au travers de ses recettes fiscales. 

Le procureur du Corfo, l’Agence de développement économique chilienne, a  jusqu’au mois d’août pour décider si cette transaction doit être menée à bien. 

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