La Chine sanctionne 10 personnalités européennes dont un député belge

Des manifestants portent des masques et tiennent des pancartes lors d’un rassemblement de soutien aux Ouïghours musulmans du Xinjiang, devant l’ambassade de Chine à Jakarta, en Indonésie. EPA-EFE/MAST IRHAM

Les mesures de représailles n’auront pas tardé. Alors que l’UE a annoncé des sanctions contre des responsables chinois suite à la répression et la détention massive des Ouïghours au Xinjiang, la Chine a mis ses menaces à exécution : 10 Européens se sont vu à leur tour imposer des sanctions, en plus d’organismes liés aux droits humains.

Parmi eux, le député belge Ecolo/Groen Samuel Cogolati, qui a fait part de sa stupéfaction sur les réseaux sociaux: ‘J’apprends que je fais partie des 10 Européens sanctionnés par la Chine. Ça fait froid dans le dos. Mais ça ne nous arrêtera pas. Notre devoir de parlementaires est de défendre la démocratie & les droits humains. Avec mes collègues, je suis plus solidaire et déterminé que jamais.’

Interrogé par Le Vif, le député met en garde contre ce qui est pour lui toujours une dictature: ‘Il fut un temps ou la Belgique signait avec la Chine des conventions pour accueillir des pandas. Il est temps de se rendre compte qu’il s’agit bel et bien d’un régime dictatorial qui met des millions de Ouïghours dans des camps.’ Le député est à l’origine d’un texte au parlement belge visant à reconnaitre le génocide qui se déroule actuellement dans la province du Xinjiang.

De son côté, la Chine condamne les sanctions européennes, parlant ‘de mensonges’ et de ‘désinformation’ à son encontre. Le ministre des Affaires étrangères accuse l’Europe ‘d’ingérence grossière’ dans ses affaires intérieures, la ligne de défense séculaire de l’Empire du Milieu.

La ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès (MR) a vivement réagi aux sanctions chinoises à l’égard des députés: ‘La Belgique rejette fermement l’annonce des autorités chinoises de sanctionner les entités de l’UE et en particulier les députés européens (dont un belge) en réponse aux mesures adoptées pour la défense des droits de l’homme, un principe fondamental des politiques de l’UE. Nous suivrons cela de près avec nos homologues de l’UE.’

Parmi les autres députés visés, on retrouve également les eurodéputés français Raphaël Glucksmann et allemand Reinhard Bütikofer, président de la Délégation pour les relations avec la Chine du Parlement européen, ou encore le chercheur allemand Adrian Zenz dont les travaux ont passablement énervé la Chine, rapporte l’AFP. Des organismes ont également été visés parmi lesquels le Comité politique et de sécurité du Conseil de l’Union européenne et le Sous-comité aux droits humains du Parlement européen.

Les sanctions concernent l’interdiction d’entrée sur le territoire chinois, ainsi que Hong Kong et Macao. Il est également interdit à ces députés/personnalités et/ou organismes de faire des affaires avec des entreprises chinoises.

Contexte

Les sanctions européennes sont les premières sanctions concrètes à être instaurées contre le régime chinois. Les États-Unis et le Canada ou encore le Royaume-Uni avaient réagi plus rapidement (et plus frontalement) que l’Union européenne qui restait jusqu’alors muette. Pourquoi? Principalement à cause d’un énorme accord d’investissement signé après 7 ans de tractations. L’accord dans la poche, l’Europe élève enfin quelque peu la voix. La Chine répond.

Avant tout une posture politique et des mesures symboliques. Aucune des deux hyperpuissances n’a intérêt à mener une guerre économique ou politique contre l’autre. La Chine doit redouter un rapprochement Europe-USA. L’Europe doit elle profiter des querelles actuelles entre la Chine et son allié occidental.

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