La Chine dévoile sa stratégie de guerre « automatisée » à l’aide d’essaims de drones


Principaux renseignements

  • La Chine privilégie une guerre « intelligentisée », pilotée par l’IA, plutôt que des plateformes coûteuses et centralisées.
  • De vastes essaims de drones sont destinés à mettre sous pression les systèmes de défense américains traditionnels grâce à leur ampleur et à leur coordination.
  • L’imbrication étroite des technologies civiles et militaires accélère la production de systèmes légers, autonomes, dotés d’une grande portée et d’une grande endurance.

La Chine réoriente sa stratégie militaire vers une guerre « intelligentisée », privilégiant les combats pilotés par des algorithmes et les réseaux autonomes plutôt que le modèle occidental traditionnel reposant sur quelques plateformes coûteuses et centralisées. Cette approche s’appuie sur un vaste écosystème de capteurs et de drones (UAV). Il en résulte une échelle de guerre automatisée que les États-Unis n’ont encore jamais vue. Dans ce nouveau modèle, le rôle de l’homme passe du contrôle tactique direct à la supervision de haut niveau ; les opérateurs définissent les objectifs généraux de la mission, tandis que l’IA gère les détails de la navigation, de l’attribution des cibles et de l’ordre des attaques.

L’émergence des essaims autonomes

L’Armée populaire de libération utilise diverses technologies de drones pour atteindre cet objectif. Le système Atlas Swarm-2, lancé depuis des camions, peut déployer jusqu’à 96 drones qui fonctionnent comme un seul organisme coordonné grâce à une IA intégrée permettant la reconnaissance du terrain. À cela s’ajoute le Jiu Tian SS-UAV, un énorme vaisseau-mère capable de transporter et de larguer 100 à 150 drones plus petits. Pour maintenir ces réseaux opérationnels, même en cas de coupure des liaisons satellites, les sous-drones utilisent un routeur à architecture ouverte pour l’échange dynamique de données.

La surveillance à haute altitude est un autre pilier de la stratégie chinoise. Le WZ-8 « Hypersonic Ghost », propulsé par un moteur-fusée, peut atteindre Mach 3 à 100 000 pieds (environ 30 km), ce qui le rend presque impossible à intercepter lorsqu’il cartographie les positions navales. De même, le WZ-7 Soaring Dragon assure une surveillance maritime continue pour guider les missiles antinavires DF-21D et DF-26 vers les groupes aéronavals. Pour le renseignement en profondeur, le drone furtif CH-7 de 26 mètres assure une reconnaissance de longue durée.

Capacité industrielle

Le principal avantage de la Chine réside dans sa capacité industrielle et sa « fusion civilo-militaire ». En s’appuyant sur une immense base de production civile, la Chine est en mesure de produire en masse des drones à bas prix bien plus rapidement que ne le peut le gouvernement américain, avec ses cycles traditionnels et fastidieux d’appel d’offres et d’essais. De plus, les progrès réalisés dans les secteurs des véhicules électriques commerciaux et des drones ont donné à la Chine une longueur d’avance dans le domaine des structures en fibre de carbone et des batteries à haute densité énergétique. Ainsi, ses drones sont plus légers, plus résistants et peuvent voler plus longtemps.

Cette avancée technologique, combinée à la géographie de la région indo-pacifique, pose des défis importants à la stratégie navale américaine. Comme la Chine peut lancer des drones depuis ses propres côtes ou depuis des sites côtiers proches, elle évite les contraintes logistiques liées à de longues chaînes d’approvisionnement. Cela remet en cause l’avantage traditionnel des porte-avions américains, car la surveillance persistante par drones rend difficile pour ces derniers de rester cachés.

Pression mathématique sur la défense

Le nombre considérable de ces systèmes pose un problème mathématique à la défense américaine. Un destroyer comme l’Arleigh Burke dispose d’un nombre limité de cellules de lancement verticales ; un essaim de plus de 100 drones pourrait épuiser ces missiles d’interception, rendant le navire sans défense face à une attaque principale par missile qui suivrait.

Dans le même temps, les systèmes de reconnaissance chinois peuvent repérer les bases américaines à Guam ou à Okinawa. Cela oblige les avions à opérer à plus grande distance. Cela accroît la dépendance vis-à-vis des avions ravitailleurs non furtifs, qui deviennent des cibles prioritaires. Si ces avions ravitailleurs sont neutralisés, le nombre de vols américains s’effondrerait. Cela remet en question la conviction de longue date selon laquelle le raffinement technologique peut surmonter l’avantage d’un adversaire en termes d’échelle et de géographie.

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