Il y a maintenant tellement d’Américains accros qu’on retrouve de la drogue dans les coquillages

Les États-Unis sont confrontés à un problème de drogue colossal, et sans aucun autre équivalent dans le monde. En 2016, 64 000 personnes y sont décédées d’une overdose, pour la plupart causée par la prise d’opioïdes. L’addiction est devenue un phénomène presque banal, ainsi que le montrent les résultats des enquêtes… et des analyses sur la faune marine.

Une enquête a été menée par la Réserve fédérale sur les 5 dernières années, qui révèle la banalisation des addictions.

Une cause essentielle du recul de l’espérance de vie aux Etats-Unis

Désormais, un adulte américain sur 5 connaît personnellement une personne qui a développé une dépendance aux opioïdes ou aux analgésiques sur ordonnance. Une autre étude, menée par l’Associated Press et le NORC Center for Public Affairs Research, conclut que plus d’un Américain sur 10 a rapporté avoir un parent ou un ami proche décédé d’une overdose.

L’enquête de la Fed montre également comment cette crise se répercute sur la population. Les blancs sont plus touchés que les minorités. Un quart des Américains blancs seraient personnellement exposés à cette crise, contre 12 % des Afro-Américains, et 15 % des Hispaniques. La fréquence de la dépendance aux opioïdes est légèrement plus élevée chez les personnes qui ne sont pas diplômées de l’enseignement secondaire.

La forte hausse de la mortalité liée à la consommation d’opioïdes est aussi la cause probable de la baisse de l’espérance de vie américaine, qui a dû encore baisser en 2017 pour la 3e année consécutive (elle était de 78,6 ans en 2016).

A l’origine : l’OxyContin

Cette crise a plusieurs causes, mais la plus évidente est la prescription abusive d’anti-douleurs à base d’opiacés, et notamment, le tristement célèbre OxyContin. Le principe actif de ce médicament, un opiacé de synthèse appelé oxycodone, avait été développé à l’origine pour soulager les malades du cancer en phase terminale, ou les personnes ayant subi de grosses interventions chirurgicales. Et pour cause : sa formulation le rapproche de l’héroïne, et il est jusqu’à deux fois plus puissant que la morphine.

Aux Etats-Unis, cependant, le laboratoire Purdue a développé une version à diffusion lente du produit, baptisée OxyContin, et l’a fait sortir de ce cadre de prescription pour la proposer en cas de douleurs chroniques. En 1995, sa commercialisation s’est accompagnée d’une vaste campagne marketing pour présenter le produit aux médecins américains. Ces derniers ont été démarchés par des centaines de “visiteurs médicaux”. De même, une quarantaine de “symposiums” ont été offerts dans les stations balnéaires américaines les plus réputées pour pour vanter les “vertus” du médicament et convaincre les docteurs, infirmières et pharmaciens participants que la douleur était un véritable problème médical.

Ces derniers, ignorants de son potentiel addictif (les risques de dépendance avaient été minimisés pendant les présentations), ont donc prescrit l’OxyContin à tour de bras, d’autant qu’on leur fournissait des coupons “d’essai gratuit pendant 30 jours” à remettre aux patients… Entre 1996 et 2002, les prescriptions d’OxyContin ont explosé, passant de 670 000 par à an à plus de 6 millions.

Les personnes dépendantes passent au marché noir

Les autorités ont maintenant pris conscience de la relation entre ces prescriptions et la hausse alarmante des cas d’overdoses. Les médecins sont invités à limiter les prescriptions. Mais les personnes dépendantes développent des stratégies pour obtenir leur drogue. Elles multiplient le nombre de praticiens qu’elles consultent, ou passent à des opiacés du marché noir, comme l’héroïne, ou son cousin synthétique plus économique, le fentanyl, voire le carfentanyl.

De nos jours, près de 1000 personnes décèdent chaque semaine aux Etats-Unis en raison d’une overdose. Et alors que l’héroïne n’était impliquée que dans 8 % des cas d’overdose en 2010, elle représente un quart des décès désormais.

Les autorités américaines tentent de barrer l’accès des Américains aux opioïdes, et notamment en tentant d’intervenir auprès du service postal. Une grande partie de ces stupéfiants sont en effet livrés à domicile en provenance de la Chine, après avoir été commandés sur internet.

Les animaux contaminés

Les humains ne sont plus les seuls affectés. L’ampleur de l’addiction est telle que le monde marin est maintenant touché. Des analyses réalisées sur des moules – des animaux qui sont traditionnellement des indicateurs de pollution – dans le Détroit de Puget, un bras de mer situé dans l’Etat de Washington, ont révélé la présence d’oxycodone dans leurs tissus. Ces traces proviennent des résidus du médicament dans les déjections humaines évacuées par les égouts, qui aboutissent finalement dans la mer.

Les moules ne métabolisent pas l’oxycodone, mais d’autres animaux, tels que les poissons zèbres ou les saumons, le font, et peuvent même développer ce qui ressemble à une addiction, précise CBS.