Hypersexualisation de la pop: sexisme ou féminisme ?

Dans Le Soir, le journaliste Didier Zacharie consacre un article à l’hypersexualisation de la musique pop et se demande si, pour l’artiste, celle-ci est un moyen de lutter contre le sexisme ambiant ou s’il s’agit, au contraire, d’attitudes qui ne feraient que renforcer le patriarcat.

Plusieurs points de vue coexistent. Dans un premier temps, des chanteuses comme Nicki Minaj, Beyoncé ou Miley Cyrus sont considérées comme les chantres d’un nouveau féminisme qui utilisent et contrôlent leur anatomie comme un outil de domination sur le patriarcat. Nicki Minaj serait, dans ce sens, l’incarnation féministe de la « femme sexy, rebelle, puissante, qui contrôle tout : son argent, sa carrière, sa communication… et sa sexualité », indique le journaliste qui fait référence au livre de Johanna Luyssen, « Les 30 féministes que personne n’a vu venir ». D’un autre côté, selon une autre opinion, ces prestations et ces attitudes suggestives seraient contre-productives et renforceraient la domination machiste. Selon Lou Doillon, Annie Lennox ou Sinead O’Connor, il s’agirait d’un machisme que les femmes s’infligent elles-mêmes. Dans le quotidien espagnol El País, Lou Doillon estimait que ce phénomène est une espèce de syndrome de Stockholm.

Cependant, l’argent, encore une fois, est le moteur qui décide de cette hypersexualisation de la musique pop. La progression et le succès d’un chanteur dépendra du nombre de vues sur YouTube ou des suiveurs sur un autre réseau social. Les clics déterminent ainsi le modèle économique de la pop, précise le journaliste.

Reste à savoir si cette si le pouvoir de décision revient à la chanteuse ou si, au contraire, l’industrie musicale est celle qui tire les ficelles. L’artiste féminine est-elle sous le joug d’une industrie sexiste ou s’agit-il d’une émancipation qui lui permet d’offrir une prestation désinhibée ?

Bien que l’on note une avancée quant aux mœurs de l’industrie musicale et que de nos jours, on questionnera dans une moindre mesure la tenue ou les poses d’une Beyoncé ou d’une Nicki Minaj qu’il y a dix ans avec des chanteuses comme Britney Spears ou Cristina Aguilera, la sexualisation de l’industrie musicale est un fait. Une artiste se verra suivent imposé une attitude et un look suggestifs. Mais le vrai problème est de savoir si le sexisme est oui ou non de mise dans l’industrie musicale. De nos jours, nombreuses sont les artistes féminines qui dénoncent encore et toujours les difficultés du parcours d’artiste lorsqu’on est une femme et le manque de sérieux accordé au travail.

Récemment, Björk expliquait que le statut d’auteur d’un homme ne sera jamais questionné. La chanteuse islandaise, qui n’a toujours pas été reconnue en tant que producteur de son dernier album, avait pris l’exemple de Kanye West, accompagné des meilleurs producteurs de la planète et dont l’autorité n’était pas mise en doute. Solange, la sœur de Beyoncé, avait quant a elle, dénoncé le fait de n’être que la « muse vocale » de sa musique alors que l’on écrit chaque « p….. de chansons ». Enfin, Amanda Palmer, avait expliqué que la carriere de femme musicienne est souvent faite de frustrations. Soit, la chanteuse est critiquée car elle est sexy, soit parce qu’elle ne joue pas le jeu.

 

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