Depuis le début de la guerre en Ukraine, les importations européennes de GNL russe ont augmenté. Jusqu’à atteindre un record le mois dernier. Un temps évoqué, un embargo ne semble plus être d’actualité.
Grâce à la Belgique, le GNL russe s’offre un record en Europe : un embargo ne semble plus du tout à l’ordre du jour

Pourquoi est-ce important ?
Suite à la guerre en Ukraine, l'Union européenne a pris de nombreuses mesures destinées à saper les ressources financières de Moscou et à se défaire de sa dépendance à la Russie. Notamment concernant l'énergie. Il y a par exemple un embargo sur le charbon et le pétrole russes. Tandis que Moscou a considérablement réduit ses exportations de gaz naturel vers le Vieux continent. Pour le GNL, c'est une tout autre histoire : les échanges russo-européens n'ont jamais été aussi élevés.L’essentiel :
- La commissaire européenne à l’Énergie Kadri Simson semble avoir fait une croix sur l’introduction d’un embargo européen sur le GNL russe. C’est pourtant elle qui avait poussé cette idée il y a peu.
- Pendant ce temps, la Russie n’a jamais exporté autant de GNL vers l’Europe.
Le GNL russe entre en Europe via la France, l’Espagne et la Belgique
Les détails : record pour le GNL russe en Europe.
- Selon les données de Kpler, la Russie a exporté 1,75 million de tonnes de GNL vers l’Europe en novembre dernier.
- Cela constitue un record historique. Jamais autant de GNL russe n’avait été envoyé vers le Vieux continent sur un mois. Le précédent record datait de décembre 2022 : 1,74 million de tonnes.
- La Belgique est très souvent citée comme l’une des principales portes d’entrée européennes du GNL russe. Et pour le coup, elle est même la principale. Il y a eu dix livraisons vers Zeebruges le mois dernier. La France a été la deuxième importatrice.
- Selon un rapport de l’Institut d’économie de l’énergie et d’analyse financière (IEEFA), la Belgique a été le troisième pays de l’UE à importer le plus de GNL russe entre janvier et septembre 2023. Seules la France et l’Espagne la précèdent.
- On peut toutefois mettre au crédit de la France le fait qu’elle a diminué ses importations par rapport à 2022. La Belgique et l’Espagne, elles, les ont chacune augmentées d’environ 50%.
- Une nette augmentation qui a d’ailleurs récemment valu à Fluxys, le gestionnaire des infrastructures de transport de gaz naturel en Belgique, d’intégrer la liste des « sponsors de la guerre » de l’Agence ukrainienne pour la prévention de la corruption (NACP).
- Sur l’ensemble de l’année, les pays de l’UE devraient avoir importé environ 20 milliards de m3 de GNL russe, selon les dernières estimations de Kadri Simson. Soit à peu près la même quantité qu’en 2022. Année où, malgré le début de la guerre en Ukraine, les pays de l’UE en ont importé près de 40% en plus par rapport à 2021.

Des sanctions à l’appréciation de chaque État membre
Et maintenant : on ne parle même plus d’embargo.
- En début de semaine, la commissaire européenne à l’Énergie a semblé rejeter l’idée d’introduire des sanctions contre le GNL russe.
- Annonçant que les importations atteindraient les 20 milliards de m3 en 2023, Simson s’est contentée d’indiquer que la Commission « suivait de près la situation spécifique des importations russes de GNL ».
- Un journaliste lui a demandé pourquoi il n’y avait toujours pas d’embargo sur les importations de GNL russe. Elle a répondu ceci :
- « Toute restriction supplémentaire doit être approuvée par le Conseil à l’unanimité. L’impact net d’une telle mesure sur les revenus russes aurait probablement été limité dans la mesure où la Russie aurait pu réorienter l’essentiel de ses exportations, notamment vers l’Asie. En outre, la Russie aurait bénéficié de la hausse des prix mondiaux du gaz suite à l’embargo. Les marchés mondiaux du GNL sont très volatils et ont tendance à réagir de manière excessive, même en cas de petits chocs sur l’offre et la demande. »
- Autrement dit, un embargo ne semble plus du tout à l’ordre du jour. Pourtant, en septembre, c’est Simson elle-même qui avait appelé les États membres de l’UE à se passer du GNL russe.
- Le Parlement européen lui avait rapidement emboîté le pas. Il réclamait que l’UE collabore avec les pays du G7 pour imposer une interdiction totale des importations russes de GNL et de GPL.
- Notons toutefois que si un embargo à l’échelle de l’UE ne semble pas d’actualité, les pays vont pouvoir prendre des mesures individuellement. Début décembre, le Parlement et le Conseil se sont mis d’accord pour que les États membres puissent, s’ils le souhaitent, limiter ou interdire les importations de gaz russe sur leur territoire.