La forte demande européenne de gaz naturel liquéfié (GNL) transporté par bateau a rendu plus difficile pour certains pays la reconstitution de leurs réserves de gaz naturel. Ils se tournent donc de plus en plus vers le charbon, le combustible fossile le plus polluant.
Dans l’actu : lors d’une conférence sur l’énergie organisée en Malaisie, de hauts responsables de l’industrie asiatique du GNL ont évoqué les difficultés rencontrées par les pays d’Asie du Sud-Est pour se procurer du gaz. En cause : la forte demande en Europe.
- « La soif européenne de GNL a absorbé une partie de l’offre permanente de l’Asie, ainsi que toute la nouvelle offre des États-Unis« , a déclaré Russell Hardy, CEO du négociant en énergie Vitol, au Financial Times. Les États-Unis ont presque quadruplé leur capacité d’exportation au cours des cinq dernières années. Les deux tiers de ce GNL finissent dans les ports européens.
- « Il est clair que l’Europe a besoin de prendre autant de gaz naturel que possible, car elle perd tout ce gaz qui lui venait par gazoduc », a-t-il ajouté. Avant le début de la guerre en Ukraine, l’Europe importait environ la moitié de son gaz naturel de Russie. Mais aujourd’hui, les deux plus grands gazoducs, Nord Stream et Yamal, ne sont plus utilisés.
- L’année dernière, l’Europe, Turquie comprise, a importé 65% de GNL en plus qu’en 2021. Selon les chiffres de l’Energy Information Administration (EIA), l’agence américaine de statistiques énergétiques, le Vieux Continent a importé quelque 420 millions de mètres cubes de GNL (volume calculé après regazéification) par jour l’année dernière, soit près d’un tiers du total mondial. Dans l’ensemble, il a importé plus de gaz que la Chine ou le Japon, qui sont historiquement les deux plus grands importateurs de GNL.
- Hardy souligne que cette soif insatiable de l’Europe a fait grimper les prix en Asie. « L’Asie aura toujours accès au GNL, mais le prix sera beaucoup plus élevé », explique-t-il. Le continent asiatique consommera quelque 260 millions de tonnes de GNL cette année, soit une augmentation par rapport à la consommation de 2022, mais moins qu’en 2021, où 272 millions de tonnes ont été utilisées. « L’Asie a moins accès au gaz aujourd’hui qu’en 2021… c’est un signe d’inégalité », conclut-il.
Le retour du charbon
Important : l’Europe a peut-être évité une crise énergétique sur son propre territoire, mais pas dans d’autres pays.
- « Le message des décideurs politiques européens est le suivant : nous avons bien géré la situation, nous avons évité les pannes d’électricité », a souligné lors de la conférence Michael Stoppard, responsable de la stratégie gazière chez le géant boursier S&P Global. Avant de préciser que des pannes d’électricité s’étaient produites ailleurs, notamment en Asie du Sud-Est, parce que l’Europe avait attiré à elle une grande quantité de GNL.
- De nombreux pays de la région avaient abandonné le charbon (plus polluant) ces dernières années pour le remplacer par le gaz naturel. Le marché du GNL étant de plus en plus restreint, des pays comme le Viêt Nam et la Thaïlande ressentent le besoin de brûler à nouveau plus de charbon, a détaillé Patrick Pouyanné, patron de TotalEnergies, toujours cité par le Financial Times. En juin, Darren Woods, CEO d’ExxonMobil, avait également prévenu du fait que si l’on produisait moins de gaz naturel sur terre, de plus en plus de pays reviendraient à cette matière première polluante.
- « J’espère que l’Europe aura à nouveau chaud » au cours de l’hiver prochain, a ajouté Pouyanné. Car si ce n’est pas le cas, la demande de GNL restera élevée. En conséquence, les pays d’Asie du Sud-Est n’auront d’autre choix que d’augmenter leurs émissions pour maintenir la lumière allumée.