La dépendance de l’Autriche au gaz russe était très importante avant le début de la guerre en Ukraine. Elle a très peu diminué depuis. Mais selon sa ministre de l’Énergie, cela va bientôt changer. De nouvelles promesses en l’air ?
Et soudain, l’Autriche se réveilla : « Nous finançons la guerre de Poutine avec nos factures d’énergie »

Pourquoi est-ce important ?
Si l'Union européenne n'a pour l'instant toujours pas pris de mesure à l'égard du gaz russe, elle exhorte ses États membres à diversifier leurs approvisionnements depuis de nombreux mois. Bien que beaucoup d'entre eux aient suivi les recommandations en multipliant les contrats avec d'autres pays, certains ont fourni des efforts bien moins conséquents. C'est notamment le cas de l'Autriche.Dans l’actu : l’Autriche serait en passe d’enclencher la vitesse supérieure.
- En ce début de semaine, la ministre autrichienne de l’Énergie a déclaré que son pays devait rapidement sortir de sa dépendance au gaz russe.
- Une déclaration qui peut sembler aller de soi, mais quand on regarde comment le pays agit depuis un an, ce n’est pas si anodin.
« Notre dépendance est dangereuse »
Le détail : enfin un déclic ?
- À l’occasion d’une réunion avec les fournisseurs d’énergie autrichiens, Leonore Gewessler (Les Verts) a appelé à une accélération du processus de découplage de son pays vis-à-vis du gaz russe.
- Selon elle, des efforts ont déjà été faits, mais il faut en fournir encore davantage.
- « Notre dépendance vis-à-vis de la Russie est dangereuse, car nous ne pouvons pas compter sur ces livraisons. Et elle est mauvaise, car nous finançons la guerre de Poutine avec nos factures d’énergie », a-t-elle notamment déclaré, selon une retranscription issue du site de son ministère.
- Gewessler a également appelé à ne plus signer aucun contrat d’approvisionnement en gaz russe.
Le contexte : une dépendance qui diminue (très) lentement.
- Depuis le début de la guerre en Ukraine, le gouvernement autrichien est critiqué pour ses très faibles efforts en la matière.
- Le mois dernier, la Commission européenne a même grondé Vienne, la prévenant que sa dépendance au gaz russe lui était néfaste. Et lui proposant une liste d’options pour la diminuer.
- Selon les données du mois d’avril (les plus récentes), 64% du gaz importé par l’Autriche provient encore de Russie. Une diminution très faible par rapport aux 79% d’avant-guerre.
- Si ces chiffres sont déjà critiquables en eux-mêmes, les déclarations qu’avait faites Gewessler jusqu’ici avaient ajouté de l’huile sur le feu. Si elle a toujours assuré vouloir voir la dépendance de son pays au gaz russe diminuer, elle a aussi indiqué qu’une fin définitive ne pourrait être atteinte que d’ici 2027.
- La ministre autrichienne de l’Énergie a également déjà prévenu que si l’UE mettait en place un embargo sur le gaz russe, l’Autriche ne le respecterait pas, car cela lui serait impossible.
- À cela s’ajoute la position tout aussi tendre du chancelier, qui a notamment déclaré fin mars que la Russie resterait « importante pour toujours » et qu’il était impossible pour son pays de « relâcher ses liens [avec la Russie] du jour au lendemain ».
- De quoi provoquer le courroux de l’opposition, qui n’a cessé de dénoncer la mollesse du gouvernement à l’égard de la Russie. L’Agence autrichienne de l’énergie a également fait part de sa désapprobation de cette stratégie, son directeur scientifique estimant que même l’objectif – peu ambitieux – de 2027 est du « pur marketing » et qu’il n’y a en réalité « pas de mesures concrètes sur la façon de se débarrasser du gaz russe ».
Bientôt plus de gaz russe via l’Ukraine
Les explications : cette fois, c’est la bonne ?
- Les déclarations faites par Gewessler en ce début de semaine semblent enfin plus fermes. On est en droit de s’interroger sur les raisons qui se cachent derrière ce changement.
- Il pourrait y avoir un lien avec les craintes de plus en plus vives au sujet du gazoduc via lequel l’Autriche reçoit la plus grande partie de son gaz russe : celui qui passe par l’Ukraine.
- Le contrat qui autorise le transit du gaz russe vers l’Europe via ce pipeline prend fin le 31 décembre 2024. Au vu de la situation, il y a peu de chance qu’il soit renouvelé.
- La semaine dernière, le ministre ukrainien de l’Énergie lui-même a confirmé qu’il ne voyait pas comment les deux pays en guerre pourraient parvenir à un accord pour prolonger le contrat.
- Il en faudra toutefois davantage pour convaincre les sceptiques. Les principaux partis d’opposition continuent de fustiger le manque d’action concrète pour se défaire du gaz russe, un porte-parole du parti d’extrême-droite (FPÖ) ayant ainsi qualifié ces déclarations « d’événement placebo sans contenu ».