Web Analytics

Est-ce bientôt la fin du Made in Europe ? « La création d’emplois en Europe est menacée »

Est-ce bientôt la fin du Made in Europe ? « La création d’emplois en Europe est menacée »
Thierry Breton – Thierry Monasse/Bloomberg via Getty Images

Coincée entre les États-Unis et la Chine, l’Europe doit craindre pour son industrie. Les effets des prix de l’énergie n’ont pas encore dévoilé leur véritable ampleur. Mais une autre menace plane sur le Vieux continent.

Pourquoi est-ce important ?

Au contraire des marchés, les entreprises et en particulier les industries ont remarquablement résisté en 2022 en Europe. Mais dès cette année, le Vieux continent pourrait perdre du terrain par rapport à la concurrence. Peut-être de manière définitive.

Dans l’actu : Thierry Breton, le commissaire européen au Marché intérieur de l’UE, tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme.

  • Dans un email au personnel, consulté par Politico, Thierry Breton a souligné les efforts à faire comme « une priorité absolue » pour maintenir la compétitivité mondiale de l’Europe.
  • Pour le commissaire, « les prix élevés de l’énergie en Europe continueront d’affecter nos concitoyens, mais aussi des chaînes d’approvisionnement industrielles entières et les petites et moyennes entreprises ».
  • Le Made in Europe est sur la sellette : « La sécurité de l’approvisionnement, la capacité d’exportation et la création d’emplois de l’Europe sont en danger », écrit le Français.

L’enjeu : le maintien de l’industrie sur le sol européen.

  • Malgré la décrue des prix de l’énergie, le prix du gaz reste 6 fois plus élevé que la moyenne des dix dernières années. Il est également 4 fois plus élevé qu’aux États-Unis actuellement.
  • Les industries à forte intensité énergétique sont en première ligne : on parle de 8 millions d’emplois en Europe. Si le chômage est tombé à 6% en moyenne dans l’UE, en 2022, un record, l’année 2023 pourrait amorcer un long déclin.

La concurrence : le protectionnisme américain et chinois.

  • Il n’y a pas que les prix de l’énergie qui exercent une pression sur le Made in Europe. Le Vieux continent est aussi coincée entre le protectionnisme américain et chinois, alors que l’Europe interdit les subventions directes des États aux entreprises.
  • Si le protectionnisme chinois, qui maintient une main-d’œuvre bon marché, n’est plus à démontrer, Joe Biden a enclenché un soutien national auquel Trump n’aurait même pas rêvé : l’Inflation Reduction Act ou un plan de subventions à la transition énergétique de 349 milliards d’euros.
  • La conséquence directe est le risque de délocalisation, qui a d’ailleurs déjà commencé. Assez logiquement, Tesla a revu ses plans pour sa gigafactory de Berlin. Le constructeur était censé implanter une usine à batteries à côté de son site de fabrication de voitures. Mais les investissements sont au point mort : Tesla préfère désormais développer ce secteur au sein de sa gigafactory du Texas.
  • Les entreprises européennes sont également visées : plusieurs entreprises se sont vu proposer d’investir aux États-Unis pour y développer leur production. Et cela porte déjà ses fruits.

Le réveil : l’Europe pourra-t-elle dépasser ses divisions ?

  • Le Premier ministre belge a fait une sortie remarquée dans le Financial Times la semaine dernière. À l’occasion d’une réunion du groupe libéral européen Renew Europe, Alexander De Croo a dénoncé la guerre commerciale que mènent les États-Unis à l’Europe : « Je pense qu’ils sont très conscients de l’impact que cela pourrait avoir. » Le dirigeant belge a donc appelé à une réponse commune : une sorte d’IRA européen.
  • Il rejoint le président français Emmanuel Macron qui s’était rendu personnellement aux États-Unis pour apaiser la situation. Sans succès.
  • Comme souvent, l’Europe est divisée sur une intervention commune sur le marché intérieur. Les clivages traditionnels entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud apparaissent : l’Allemagne, les Pays-Bas et les pays scandinaves freinent des quatre fers et rappellent qu’il existe déjà des plans (REPowerEU ou le Green Deal).
  • L’Allemagne, pour préserver son industrie automobile dont dépendent 15 millions d’emplois, a préféré pour le moment agir seule, avec un plan national à 200 milliards d’euros, ce qu’aucun autre État européen ne peut se permettre.
  • Mais l’Europe n’avance qu’en période de crise : comme pour la crise énergétique, la crise de l’industrie à venir a le mérite de mettre fin à notre naïveté.
Plus d'articles Premium
Plus