Eléonore Simonet (MR) est depuis plus d’un an ministre fédérale des Indépendants, des Classes moyennes et des PME. Sa nomination avait alors été une surprise, tant pour elle-même que pour le grand public. Aujourd’hui, elle est confrontée à des défis de taille : une nouvelle crise énergétique qui menace et une industrie en perte de vitesse mettent les PME sous pression. Comment compte-t-elle faire en sorte qu’elles restent à flot et quelles ambitions nourrit-elle encore? Et soutient-elle la ligne suivie par son président et le MR? L’heure est venue de s’entretenir avec elle.
Vous êtes ministre depuis plus d’un an maintenant, c’est votre premier poste important en politique. Quel regard portez-vous sur l’année écoulée?
L’année écoulée a été particulière, non seulement pour moi personnellement, mais aussi pour le pays. Pour la première fois depuis longtemps, nous avons un gouvernement qui considère réellement les réformes comme une priorité. Après des décennies de rapports démontrant que notre système avait besoin d’une réforme en profondeur, nous nous attaquons désormais à certains tabous, tels que la limitation de la durée des allocations de chômage et l’assouplissement du travail de nuit. C’est là le fondement de cette coalition : enfin mettre en œuvre des réformes qui renforcent la compétitivité de nos entreprises, la croissance économique et l’emploi.
Pour nous, votre nomination au poste de ministre a été une totale surprise. Pour vous aussi?
Peu avant minuit, mon président m’a appelé pour me demander si j’étais disponible le lendemain matin. Au lieu de me rendre à mon rendez-vous chez le dentiste, je me suis rendu au Palais royal pour prêter serment devant notre roi et notre Premier ministre.
Votre père a été ministre-président de Bruxelles. Aujourd’hui, le MR occupe à nouveau ce poste. Si Bouchez vous proposait ce poste, accepteriez-vous cette offre?
Pas vraiment pour l’instant. Je ne suis en fonction au sein du gouvernement fédéral que depuis un an et il reste encore beaucoup de travail à accomplir. Avec Boris Dilliès, nous avons enfin de nouveau un libéral à la tête de Bruxelles pour s’attaquer aux problèmes liés à la mobilité, à la sécurité, à la propreté, à la violence liée à la drogue et à l’économie. Saviez-vous que 3 000 entrepreneurs quittent chaque année la Région bruxelloise ? C’est hallucinant.
Vous inquiétez-vous de l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur les PME belges, et quel rôle voyez-vous pour le gouvernement fédéral afin de les protéger, par exemple dans les transports et la logistique, contre un nouveau choc?
Ce n’est pas la première crise énergétique que nous traversons, et chaque crise peut affecter la trésorerie et la rentabilité de nos entreprises. Heureusement, à l’initiative de mon collègue Bihet (ministre de l’Énergie, MR), la norme énergétique a récemment été approuvée, ce qui nous permet de réduire les coûts énergétiques pour l’industrie. Par ailleurs, mon cabinet examine comment nous pouvons également soutenir les petites entreprises. Le choc énergétique actuel diffère de celui d’il y a quelques années, mais la vigilance reste essentielle. Il ne faut pas céder à la panique et prendre des mesures précipitées pour l’instant.
Vous avez récemment présenté un plan pour les PME. Ce plan est-il suffisant selon vous, ou d’autres plans doivent-ils suivre pour que les PME de notre pays puissent survivre?
Bonne question ! Mon premier plan PME 2025 regroupe 89 mesures réparties en 12 chapitres, visant à renforcer la compétitivité et les opportunités de croissance de nos PME, selon ma devise : « plus d’opportunités, moins d’obstacles ». Les ministres compétents mettent actuellement ces mesures en œuvre, tandis que mon cabinet assure le suivi. Mais ce n’est qu’un début : je suis actuellement en concertation avec les fédérations d’entrepreneurs et les entrepreneurs indépendants au sujet d’un nouveau paquet, le plan PME 2026. Et d’autres plans suivront certainement.
De nombreux indépendants se plaignent des charges administratives. Que souhaitez-vous concrètement supprimer ou simplifier d’ici la fin de la législature?
Le cœur de mon plan PME est la réduction des formalités administratives – pas moins de 24 mesures ! Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 55 pour cent de nos PME considèrent les charges administratives comme un frein à leur croissance. Selon la Commission européenne, ce chiffre atteint même 60 pour cent chez celles qui souhaitent investir. Dans mon plan PME 2025, nous supprimons les obligations inutiles, nous automatisons les cotisations sociales et nous numérisons les publications au Moniteur belge. En bref : moins de paperasse, moins de double travail, plus de temps pour se consacrer réellement à l’entreprise. C’est le fil conducteur que je continue de suivre, dans le but que les entrepreneurs en ressentent rapidement les premiers résultats.
Le nombre de faillites est à nouveau en hausse. Considérez-vous cela comme un effet économique temporaire ou comme un problème structurel?
Les faillites de 2025 sont encore influencées par le moratoire mis en place pendant la crise du Covid. Je trouve important de suivre cela de près avec mon administration. Il est crucial de comprendre rapidement les causes des faillites. Si, par exemple, la hausse des prix de l’énergie ou une guerre commerciale contribuent à l’augmentation des faillites, la politique peut être ajustée de manière ciblée.
D’autre part, selon vous, quel serait le plus grand problème pour les PME si nous en avions soudainement trop?
Notre pays est véritablement un pays de PME : elles représentent 99,4 pour cent des employeurs et offrent 57,7 pour cent de tous les emplois du secteur privé. Lorsque les PME sont en difficulté, cela affecte le moteur de notre économie et a également des conséquences importantes pour la société et les revenus des ménages.
En tant que ministre des Indépendants et des PME en cette période économique mouvementée : sur quoi se concentre votre politique au cours de cette législature, et quel est selon vous le principal problème auquel sont confrontées les PME belges à l’heure actuelle – les coûts salariaux, les prix de l’énergie, les formalités administratives ou autre chose?
Comme je l’ai déjà dit, nos entrepreneurs indiquent que les charges administratives constituent leur principale préoccupation. Avec ce gouvernement, nous nous attaquons à tous les défis de front : nous réduisons les coûts salariaux d’un milliard d’euros et avons mis en place une norme énergétique. Dans le plan pour les PME, nous avons regroupé 12 chapitres qui traitent également d’autres thèmes cruciaux, tels que l’accès au financement, le droit à une seconde chance après une faillite, la simplification administrative et le soutien aux start-ups et aux scale-ups. Chacun de ces sujets joue un rôle important dans la mise en œuvre de ma politique.
Les start-ups et les jeunes entrepreneurs affirment qu’il est encore difficile de créer une entreprise en Belgique. Que feriez-vous concrètement pour changer cela?
Malheureusement, l’Europe est à la traîne en matière de start-ups et d’innovation, comme le montre le rapport Draghi. Nous disposons pourtant d’un énorme potentiel. Lors de ma récente visite au Wintercircus de Gand et de la mission commerciale en Californie avec 221 entreprises, j’ai clairement constaté que les start-ups constituent l’économie de demain. Nous ne devons pas oublier que les jeunes talents du secteur technologique se heurtent à de nombreux obstacles. Le premier chapitre de mon plan pour les PME traite justement de cela : réduire les coûts inutiles et les charges administratives. Nous réduisons ainsi les frais de création d’entreprise, réformons le statut d’étudiant-entrepreneur et continuons à soutenir les initiatives européennes en faveur des start-ups.
Quels sont vos objectifs pour les années à venir?
C’est très simple : nous voulons éliminer les obstacles pour nos entrepreneurs et leur offrir davantage d’opportunités. Pour ce faire, je m’appuie sur les mesures de mes plans pour les PME et je continue à dialoguer avec les entrepreneurs, tant par l’intermédiaire des fédérations que lors de visites sur le terrain.
Comment vivez-vous votre travail au sein de ce gouvernement fédéral ?
Bien, le simple fait que nous mettions en œuvre des réformes attendues depuis longtemps et que nous fassions enfin ce qui aurait dû être fait il y a des décennies est une source de motivation supplémentaire.
Votre président est souvent considéré comme un « trublion » au sein du gouvernement. Partagez-vous ce point de vue ou estimez-vous qu’il a tout à fait raison sur ces points?
L’axe central de ce gouvernement est la collaboration entre le MR et la N-VA. Dans la plupart des domaines, nos positions sont largement parallèles. Mon président répète à juste titre qu’il n’a pas remporté les élections pour mettre en œuvre le programme électoral des autres. Il défend avec passion le programme du MR, qui place au centre le pouvoir d’achat des citoyens et la compétitivité de nos entreprises. Les défis sont si gigantesques que tout le monde comprend que nous devons travailler ensemble. Bien sûr, cela conduit parfois à des discussions ou à des négociations musclées : nous sommes cinq partis au gouvernement, et il faut parfois du temps pour parvenir à un bon compromis.
Vous appartenez à une nouvelle génération de politiciens au sein du MR. Avez-vous le sentiment de représenter un style politique différent?
L’équipe du MR au sein du gouvernement forme un bloc soudé. Trois ministres (Clarinval, Bihet et moi-même) sommes installés dans le même bâtiment, ce qui renforce encore la collaboration entre nos cabinets, et le cabinet de Quintin n’est qu’à deux minutes à pied. Nous nous soutenons et nous nous complétons, sans que les différences de génération ne jouent un rôle. Grâce à l’expérience de Clarinval en tant que vice-Premier ministre, nous disposons en outre d’un atout précieux.
Est-il difficile, en tant que ministre relativement jeune, de trouver sa place au sein d’un gouvernement comptant de nombreux poids lourds politiques expérimentés?
Non. Ce gouvernement est une équipe soudée, où nous avons également un bon mélange d’expérience et de nouvelles forces.
Qu’est-ce qui vous a le plus surpris depuis que vous êtes devenu ministre?
Avant de devenir ministre, je n’étais au Parlement bruxellois que depuis quelques mois. Je ne savais donc pas vraiment à quoi m’attendre et je n’ai donc pas été vraiment surpris. Mais malgré tout ce que l’on peut lire dans la presse, j’ai surtout été frappé par le fait que le gouvernement de l’Arizona connaît bien les défis à relever et a vraiment l’intention de mener à bien ce projet ambitieux.
Si nous vous revoyons dans trois ans : quel changement concret en faveur des indépendants souhaitez-vous qu’on retienne de votre mandat?
Les indépendants font bien sûr partie de mon ambition globale de faire croître et prospérer l’économie, et ils constatent que mon slogan « Plus d’opportunités, moins d’obstacles » devient réellement une réalité. Par ailleurs, je souhaite accorder davantage d’attention à l’entrepreneuriat féminin et au renforcement du statut social des indépendants. Le premier point me tient particulièrement à cœur et constitue un chapitre important de mon plan pour les PME. Actuellement, 36 pour cent des indépendants sont des femmes ; je souhaite que ce chiffre évolue vers les 40 pour cent d’ici la fin de la législature. En ce qui concerne le statut social, je voudrais citer deux mesures : le congé de maternité sera étendu – chaque mère doit être traitée de manière égale : c’est plus que logique – et à partir de 2028, un congé parental sera également introduit progressivement pour les mères et les pères « indépendants ».
Que pouvons-nous vous souhaiter pour les années à venir?
Outre une bonne santé, vous pouvez nous souhaiter, ainsi qu’au gouvernement, de réussir à remettre notre pays sur les rails : renforcer les entreprises, faire entrer davantage de personnes sur le marché du travail et offrir à chacun un salaire net plus élevé. Comme l’a déjà indiqué notre Premier ministre, il faudra probablement plus d’une législature pour rattraper le retard accumulé au cours des dernières décennies.
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

