Entreprises suisses craignent un choc économique lié au plafond démographique national


Principaux renseignements

  • Les électeurs suisses se prononceront sur un plafond démographique national de 10 millions d’habitants.
  • Les chefs d’entreprise avertissent que le plafonnement de la croissance menace l’accès à la main-d’œuvre et la stabilité économique.
  • Une éventuelle résiliation des traités de l’UE pourrait entraîner une baisse de la croissance économique de 685 milliards de francs suisses (environ 744,5 milliards d’euros).

Le 14 juin, les électeurs suisses se prononceront lors d’un référendum sur la fixation d’un plafond démographique national de 10 millions d’habitants. Cette proposition, portée par l’Union démocratique du centre (UDC), un parti de droite, a été comparée au « Brexit » en raison de son potentiel à perturber les relations internationales et la stabilité économique du pays.

Partisans

Les partisans de cette mesure font valoir que la croissance démographique rapide met à rude épreuve les transports publics, les routes et le logement, tout en contribuant à l’augmentation des taux de criminalité. Le représentant de l’UDC, Yvan Pahud, a souligné que la superficie limitée du pays ne permettait pas de soutenir le rythme actuel de croissance. De même, le député Thomas Matter a fait valoir que l’immigration était désormais une question de quantité plutôt que de qualité, notant que seule une petite fraction des arrivants possédait des compétences professionnelles très recherchées.

Préoccupations du secteur privé

À l’inverse, le monde des affaires tire la sonnette d’alarme face au risque d’une crise de la main-d’œuvre, rapporte Reuters. De grandes entreprises telles que Novartis, UBS et Roche ont fait part de leur opposition, affirmant qu’un plafonnement de la population entraverait leur accès à des compétences essentielles et compromettrait la libre circulation des personnes convenue avec l’Union européenne. Martin von Moos, représentant de l’association suisse de l’hôtellerie, a averti que le secteur de l’hôtellerie-restauration dépendait fortement de la main-d’œuvre étrangère et que la perte de cette main-d’œuvre pourrait contraindre certaines entreprises à fermer.

Les risques économiques sont encore soulignés par la société de biotechnologie Molecular Partners, qui met en garde contre le fait que le recours exclusif aux talents nationaux constituerait un obstacle insurmontable, pouvant potentiellement contraindre l’entreprise à délocaliser ses activités à l’étranger. Rudolf Minsch, d’economiesuisse, a rejeté ce plafond, le qualifiant de tactique populiste qui ne s’attaque pas aux causes profondes des pénuries en matière d’infrastructures et de logements.

Relations avec l’UE

Les implications financières pourraient être graves si la Suisse était contrainte de mettre fin à ses accords bilatéraux avec l’UE. Claude Maurer, de BAK Economics, suggère que l’abandon de ces accords pourrait entraîner une baisse de 7,1 pour cent de la croissance économique entre 2028 et 2045, ce qui représenterait une perte d’environ 685 milliards de francs suisses (environ 744,5 milliards d’euros). Il met également en garde contre le fait qu’une telle mesure pourrait déclencher de l’inflation et entraîner une hausse des taux d’intérêt.

Défis démographiques 

Les données démographiques compliquent encore davantage le débat. Avec le vieillissement de la population, la part des citoyens en âge de travailler devrait diminuer considérablement d’ici 2055. Les opposants au plafonnement soulignent que les entrepreneurs étrangers ont joué un rôle essentiel dans la prospérité de la Suisse, notant que près de 40 pour cent des fondateurs d’entreprises du pays ne sont pas des citoyens suisses.

Les projections actuelles indiquent que la population atteindra 9,5 millions d’habitants d’ici 2031, ce qui déclenchera une intervention du gouvernement pour empêcher qu’elle n’atteigne la barre des 10 millions, prévue pour 2042. Un sondage récent montre une opinion publique divisée, avec environ 52 pour cent contre la proposition et 47 pour cent en faveur.

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