En Argentine, les riches devront payer la facture de la crise du coronavirus

Les partisans du président argentin Alberto Fernández descendent dans la rue pour soutenir son projet de ‘taxe sur les riches’. Sur le masque de cette femme, une photo d’Evita Peron. (Photo : EFE/Juan Ignacio Roncoroni)

Le parlement argentin a adopté un projet de loi permettant de prélever un impôt unique sur le patrimoine des riches. Le gouvernement espère ainsi réunir 3 milliards d’euros et s’en servir pour lutter contre la pauvreté qui frappe le pays suite à la pandémie.

Entre 9.000 et 12.000 Argentins, qui ont déclaré l’année dernière des revenus supérieurs à 2 millions d’euros, devront s’acquitter d’une taxe unique supplémentaire de 2 à 3,5%.

Cet argent sera ensuite utilisé pour acheter des vaccins et d’autres équipements de protection contre le Covid-19. Il doit également servir à aider financièrement les PME et les étudiants. Une partie servira aussi à financer la poursuite et le développement de l’exploitation gazière en Argentine. Enfin, une autre partie devra servir à combler le déficit budgétaire.

L’opposition argentine n’apprécie guère cette mesure. Elle affirme que cela dissuadera encore plus les investisseurs potentiels. Cela fait des années que l’Argentine figure parmi les dix pays où la charge fiscale est la plus élevée. Le monde des affaires est également mécontent de cette nouvelle loi, ce qui menace encore plus l’emploi.

L’Argentine est en récession depuis 2018. 41% de sa population vit dans la pauvreté. Et avec 37.000 décès des suites du Covid-19, le pays est le deuxième le plus touché d’Amérique du Sud, après le Brésil.

Le prix du péronisme

L’Argentine a payé ces 70 dernières années un prix énorme pour le péronisme. Le courant reste encore aujourd’hui dominant dans la société argentine. Mais expliquer ce que signifie le péronisme est une autre paire de manches.

En février dernier, Angela Merkel a demandé au président argentin Alberto Fernández de lui expliquer le péronisme. ‘Vous êtes à gauche ou à droite? Parce que je ne comprends pas’, avait déclaré la chancelière allemande. Peu d’Argentins pourraient lui répondre.

Juan et Evita Peron.

Le philosophe argentin Mario Bunge décrit le péronisme comme ‘un phénomène unique qui regroupe toutes sortes d’influences: du fascisme et du socialisme au communisme, et du corporatisme d’État au national-syndicalisme’. En résumé, Juan Domingo Peron, un militaire devenu président de l’Argentine de 1946 à 1955 et de 1973 à 1974, a été le premier à réussir à créer un énorme mouvement politique qui, malgré l’opposition des élites, a rassemblé les syndicats et les travailleurs. Le péronisme a ainsi comblé un vide laissé par les partis traditionnels.

Un appareil d’État intouchable

Au fil des années, le ‘Peronismo’ a été détourné par des idéologies similaires: il y a eu le ‘Menemismo’ et plus récemment le ‘Kirchnerismo’, d’après les présidents du même nom. Mais sa fondation resterait toujours intacte. Elle se traduit par un appareil d’État fort et intouchable, combiné à l’auto-enrichissement de politiciens corrompus, un protectionnisme brutal qui favorise les entrepreneurs pro-gouvernementaux, des syndicats puissants contrôlés par l’État qui paralysent arbitrairement le pays, et un système judiciaire ultra-politisé. Tout cela dans un pays qui a toujours vécu au-dessus de ses moyens et qui a été incapable de rembourser ses dettes jusqu’à huit fois au cours des cent dernières années.