Elon Musk promeut de plus en plus activement sur X plusieurs conspirationnistes d’extrême droite. Cela rend la plateforme encore moins attrayante pour les annonceurs, qui ne veulent pas être associés à ce genre de profil.
Dans l’actualité : le week-end dernier, Elon Musk a rétabli les comptes du conspirationniste Alex Jones et de son site InfoWars, ce qu’il avait pourtant refusé de faire il y a un an, à l’occasion d’une vaste opération de rétablissement des comptes interdits.
Zoom arrière : l’influent Jones, alias le « roi du mensonge« , proclame les théories les plus invraisemblables sur toutes sortes de sujets. Par exemple, il a qualifié la fusillade de Sandy Hook (Connecticut) en 2012 de canular, monté par des acteurs engagés par le gouvernement, dans le but de renforcer la législation américaine sur les armes à feu. Il a été condamné à verser 965 millions de dollars de dommages et intérêts aux parents des enfants tués.
Le détail : Musk a également diffusé hier un flux audio avec une liste d’autres personnalités controversées : Andrew Tate, Laura Loomer, le général Michael Flynn et le commentateur politique de l’extrême droite Jack Posobiec. Le candidat à la présidence Vivek Ramaswamy, un clone de Trump, était également présent. Selon les observateurs de Musk, une accélération est en cours, après la collaboration précédente avec l’ex-figure de proue de Fox Tucker Carlson. « Musk est tombé dans un trou de lapin conspirationniste et entraîne son réseau dans sa chute », écrit Oliver Darcy, observateur des médias sur CNN.
L’exode ?
L’histoire au sens large : tout porte à croire que le « rétablissement de la liberté d’expression sur Twitter » annoncé précédemment par Musk revient en pratique à donner un podium à des célébrités du vaste écosystème entourant l’ancien président Donald Trump, qui, pour l’instant, ne revient pas lui-même sur X. La réhabilitation de Jones suggère que, ce faisant, Musk n’hésite plus à franchir d’anciennes limites. Dans le même temps, il insulte sans ménagement les grands annonceurs comme Disney, qui s’était déjà désengagé après un tweet antisémite du multimilliardaire.
En chiffres : Beaucoup de ces théoriciens du complot ont des millions d’adeptes. Alex Jones a 1,7 million de followers, Tucker Carlson 10,9 millions. Et ce n’est pas grand-chose comparé à Musk lui-même, qui compte 166 millions d’adeptes.
Une arme à double tranchant : si l’on fait abstraction des problèmes éthiques majeurs liés à la diffusion de fausses informations, il serait tout à fait logique, d’un point de vue commercial, que Musk s’intéresse à l’ultra-droite et au public amateur de conspirations, qui se désintéressent des médias grand public. Mais cela ne sera nécessaire que si les utilisateurs modérés et de gauche sont dégoûtés et se détournent – et c’est précisément ce que certains experts des médias craignent qu’il se produise -, alors que Threads de Meta et Bluesky se positionnent comme alternatives.
De quoi se réjouir : Pour l’instant, X reste nettement plus important que Threads et certainement que Bluesky. Il reste à voir dans quelle mesure les grandes marques et les célébrités feront définitivement leurs adieux à X après les démarches controversées successives de son propriétaire.
(JM)