Écolo, rentable, égalitaire: On n’aurait jusqu’ici vraiment rien compris au minage du bitcoin

Quel est l’impact réel du bitcoin sur l’environnement ? Voilà une question brûlante s’il en est. Pour y répondre, la première Brussels Blockchain Week a étonnamment convié un mineur. Prêchant pour son industrie, il a sans surprise remis la ferme crypto au milieu du village. Mais dans un témoignage de terrain assez rarement médiatisé que pour être relayé ici.

Sur la scène principale de la première Blockchain Week bruxelloise, voilà le désormais célèbre Sébastien Gouspillou. « L’Indiana Jones français du mining » pour reprendre les termes élogieux de la présentatrice qui a introduit son intervention. Il dirige la société Big Block Green Services (BBGS), dont la spécialité consiste à installer et exploiter des fermes crypto alimentées par des énergies vertes produites en excès. À cet effet, l’entrepreneur conseille de nombreux gouvernements dans le monde, de l’Asie centrale au Salvador, en passant par l’Afrique subsaharienne.

Ces pays auraient tout intérêt à recourir au minage de bitcoin selon Sébastien Gouspillou, qui soutient que cette activité décriée a en réalité un impact positif pour la planète. « Le mining participe à la transition énergétique, c’est-à-dire au remplacement des centrales électriques existantes, fonctionnant au gaz, au charbon, au pétrole, par des centrales EnR (aux énergies renouvelables), basées sur des sources non carbonées », affirme-t-il d’emblée, insistant sur le fait qu’il parle d’expérience.

Le déploiement de l’électricité reste inévitable puisque les besoins de la société restent croissants, développement économique oblige. Dans certains pays, le déploiement de l’électricité s’impose même car de larges parties de la population souffrent encore d’un manque d’accès. « C’est un aspect que nous ne parvenons pas à intégrer, nous, Occidentaux gâtés, qui n’avons qu’à appuyer sur un bouton pour que la lumière soit. Nous n’avons pas conscience que 768 millions de personnes dans le monde n’ont tout simplement pas d’électricité. Et sur ces centaines de millions, la majeure partie se trouve sur le continent africain », remet en contexte le mineur de bitcoin.

Levier économique

Tout le propos du fondateur de BBGS est donc de participer au développement de l’électricité EnR pour les populations en rentabilisant les installations productrices grâce au mining crypto. Pour donner un bon exemple de pays producteur d’électricité verte, Sébastien Gouspillou évoque le cas de l’Islande. Un endroit où la capacité électrique s’avère importante et la consommation domestique très petite, absorbant à peine 5% de la production nationale. Ce qui signifie que l’industrie utilise le plus gros.

« Et à raison, puisque les décideurs islandais ont attiré des entreprises électro-intensives pour capter toute cette hydroélectricité et cette géothermie qui n’étaient pas exportables en Europe, à moins de construire un câble sous-marin techniquement trop compliqué et trop cher. Mais même en accueillant des producteurs d’aluminium très gourmand en énergie, l’Islande restait en surcapacité », narre l’industriel crypto, expliquant ainsi la raison pour laquelle les mineurs de bitcoin se sont invités sur l’île nordique.

Aujourd’hui, plaide Sébastien Gouspillou, ces entreprises actives dans le BTC participent à la croissance de l’économie islandaise, en exploitant une richesse prisonnière au milieu de l’Atlantique. Même chose au Québec, non sans quelques turbulences politiques, en Russie, où les centrales hydroélectriques de l’ex-URSS ont recouvré la rentabilité grâce à la consommation des mineurs de bitcoin.

« Le mining apport une béquille économique insoupçonnée, inattendue et inespérée pour les énergéticiens. On estime que sur le parc hydroélectrique mondial, l’extra-capacité s’élève à environ 50%. Ce qui veut dire que l’on pourrait mettre une dizaine de réseaux Bitcoin tel qu’il est aujourd’hui sur ces ressources hydroélectriques sans prendre un seul kilowattheure à la population », épingle l’orateur.

Une empreinte écologique biaisée

À entendre Sébastien Gouspillou, dans l’exploitation, cette activité de minage n’aurait toujours pas généré un gramme de pollution. Naturellement, les fermes recourent à des équipements dont la fabrication a, elle, un impact écologique. Sans oublier les déchets générés. Mais la réalité serait bien éloignée des chiffres catastrophistes habituellement colportés, qui proviennent d’une seule étude signée par des détracteurs réputés de l’industrie crypto. De surcroît, les auteurs omettent un détail de taille : la récupération des composants.

« Les ASIC Bitcoin sont presque entièrement recyclables et ne contiennent aucun composant toxique ou difficile à recycler, contrairement aux sources conventionnelles de déchets électroniques comme les téléphones portables. Les dissipateurs thermiques en aluminium sont le composant le plus important des ASIC, suivis des boîtiers, qui sont tous deux éminemment recyclables et revendables », revendiquait en mai dernier le consortium des mineurs.

Bref, en exploitation, en absorbant l’électricité, les mineurs de BTC, ces data centers d’un autre genre, ne créent pas d’impact carboné. Surtout s’ils viennent se greffer à des structures existantes aux productions énergétiques excédentaires.

Dans cette polémique électrisée autour du minage du bitcoin, une autre dimension se retrouve fréquemment tue : l’accès universel à l’énergie durable. Un accès qui restera hors de portée, répète au fil de ses rapports l’Organisation des Nations unies.

Enjeu de société

« Pour électriser l’Afrique, avec des EnR, on ne pourra pas faire comme d’habitude, c’est-à-dire agrandir le réseau. Si de larges populations africaines n’ont pas accès à l’électricité aujourd’hui, c’est parce que ce n’est pas simple, compte tenu des régions éloignées et conditions complexes. Pour y arriver, souligne l’ONU, il faut créer des petites capacités de production décentralisées. Avec la grande difficulté de parvenir à jauger les besoins de ces capacités pour des communautés données », dépeint Sébastien Gouspillou.

Si l’entrepreneur français, prêcheur infatigable d’un Bitcoin vert, évoque cette autre réalité, c’est évidemment pour vanter les mérites du minage qui permet de rentabiliser des nouvelles structures le temps que la population soit raccordée. Autrement dit, que la demande des consommateurs soit objectivée et transposée à une offre énergétique adéquate.

« Nous, mineurs, nous sommes très souples. Dans nos contrats avec les fournisseurs d’électricité, nous convenons du fait que dès que la demande locale est présente et suffisante, nous disparaissons. Les serveurs sont dans des containers, on met les containers sur un camion et on s’en va », détaille le patron de BBGS.

Financer de l’hydroélectricité pour des populations privées d’énergie signifie traditionnellement un retour sur investissement dans les 20 à 40 prochaines années. Or, dans ce cas précis, le mining de bitcoin permet de rentabiliser l’outil de production dans les 3 à 5 ans.

Polluer est une erreur commerciale

Concédant l’existence de producteurs de bitcoin ultra-polluant, Sébastien Gouspillou aborde sans détour la problématique du mining crypto encore alimenté au charbon. Une énorme erreur selon lui. « Au-delà de l’éthique, c’est un mauvais calcul commercial. Nous avons identifié depuis des années que, le pétrole se raréfiant, le prix du mégawatt carboné allait augmenter. Là, avec la guerre en Ukraine, le phénomène s’est emballé. Charbon et gaz ont suivi. Les mineurs qui s’appuient sur ces énergies, dans un marché crypto où la rentabilité chute, sont cuits », explique-t-il, évoquant la règle du dernier survivant.

Depuis deux ans, tout le monde avait oublié la bataille constante que se livrent les mineurs de bitcoin. Tout le monde gagnait bien sa vie. Mais en tant qu’industriel du bitcoin, il faut toujours aller chercher des mégawatts à bas coût. Sur les surplus par exemple. Les acteurs qui ont abandonné cette stratégie et pompent les énergies fossiles mourront car les conditions extrêmes des marchés, de l’énergie et des cryptos, les disqualifient.

Cette telle radicalité économique laisse Sébastien Gouspillou assurer qu’il n’y a pas aujourd’hui une industrie plus propre que le minage de bitcoin. Et de conclure : « Quand on vous dit que le meilleur kilowattheure est celui qu’on ne consomme pas, c’est une réflexion d’Occidental gâté qui ne comprend absolument pas le marché mondial de l’énergie. »

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