Le début du printemps est, dans de nombreux foyers, le signal pour vider les placards et se débarrasser des objets inutiles. Mais avez-vous déjà fait un nettoyage numérique ? Alors que nos vies se déroulent de plus en plus en ligne, il est essentiel de veiller à ne pas laisser traîner trop de choses dans cet univers numérique. Des smartphones inutilisés aux données et applications obsolètes : il est temps de passer le balai dans notre environnement cybernétique.
Un nettoyage numérique présente plusieurs avantages. Il nous rend moins vulnérables aux cyberattaques et aux fuites de données, réduit l’empreinte écologique des outils technologiques, diminue les coûts liés à l’infrastructure comme le cloud, et peut prolonger la durée de vie de nos appareils.
Quatre experts, chacun dans son domaine – cybersécurité, centres de données, cloud et matériel – expliquent pourquoi tout le monde, particuliers comme entreprises, devrait effectuer ce type de nettoyage numérique.
1. Nettoyer les données pour plus de sécurité et de performances
De nombreuses organisations et particuliers conservent d’anciennes données et des appareils oubliés comme si cela n’avait pas d’importance, mais en réalité, ils constituent une cible attractive pour les cybercriminels. Sur le plan réglementaire également, il n’est pas conseillé de négliger ce point, explique Edwin Weijdema, CTO EMEA et Cybersecurity Lead chez Veeam.
« Ce que l’on ne nettoie pas peut finir par entraîner de lourdes amendes ou des dommages à la réputation. Il est tentant de conserver des informations numériques “au cas où”, mais ce désordre numérique s’accumule et augmente le risque de fuite de données. Le matériel oublié, comme les anciens smartphones ou serveurs, n’est pas seulement un coût : il peut contenir des informations sensibles et constitue une faiblesse dans votre sécurité. En nettoyant régulièrement, vous gardez une bonne visibilité, limitez les risques et réduisez les coûts. Veillez à ce que les appareils soient effacés ou retirés de manière sécurisée pour éviter les surprises. »
Les entreprises ne doivent pas sous-estimer les risques liés aux données superflues, avertit Weijdema. « Tous les fichiers et ensembles de données oubliés augmentent la surface d’attaque et offrent aux cybercriminels davantage d’opportunités d’exfiltrer des informations sensibles. À chaque sauvegarde, migration ou mise à jour de sécurité, le coût par élément de données se multiplie au fil de son cycle de vie. De plus, toutes les données stockées de manière non autorisée contribuent aux dommages en cas de fuite, ce qui peut entraîner des amendes importantes et des atteintes à la réputation. »
Enfin, conserver de vieilles données peut nuire à leur qualité. « La présence de données superflues altère la qualité des ensembles de données, ce qui complique l’utilisation de données fiables et propres pour, par exemple, des initiatives d’IA. Cela peut même conduire à des analyses erronées et créer des angles morts en matière de sécurité et de conformité. Nettoyer n’est donc pas seulement judicieux, cela fait partie d’une stratégie de données standard et constitue une étape cruciale vers une organisation résiliente et durable. »
2. Une gestion des données plus intelligente est bénéfique pour l’environnement
Les données inutilisées ne constituent pas seulement une cible potentielle pour les cyberattaques, elles augmentent également notre empreinte écologique. En effet, toutes ces informations doivent être stockées quelque part, notamment dans des centres de données qui poussent comme des champignons dans le monde entier. Même si ces installations s’efforcent d’être aussi durables que possible, elles consomment beaucoup d’énergie et d’eau, des ressources qu’il serait préférable de ne pas consacrer à des données superflues.
Carole Santens, managing director de l’organisation belge des centres de données BDIA : « Ce que nous ne voyons pas, nous l’oublions souvent. Les données numériques semblent invisibles, mais ont un impact réel. Le défi ne consiste pas seulement à fournir suffisamment d’infrastructure, mais surtout à utiliser les données de manière plus intelligente. Les centres de données jouent un rôle crucial en permettant l’efficacité et l’évolutivité, mais la responsabilité incombe à toute la chaîne numérique. La question n’est pas de savoir si les données vont continuer à croître, mais comment organiser cette croissance de manière durable et réfléchie. »
« Le secteur évolue rapidement, mais avec la manière actuelle de consommer les données, la pression continue d’augmenter. Sans une gestion plus efficace, cela ne sera pas soutenable à long terme », poursuit-elle. « Cela implique de faire des choix clairs sur ce que nous conservons, combien de temps et pourquoi. De nombreuses organisations possèdent d’énormes volumes de “dark data” qui n’ont plus de valeur mais consomment de l’énergie. Cela ne peut être évité qu’en mettant en place une gouvernance et une gestion du cycle de vie des données. »
« Grâce aux technologies intelligentes, les centres de données constituent une partie essentielle de la solution, mais ils fonctionnent mieux lorsqu’ils sont combinés à une utilisation plus consciente des données et à des cadres politiques appropriés. »
3. Économiser sur votre facture cloud
Des centres de données au cloud, il n’y a qu’un pas. Dans le cloud également, les données superflues ne font qu’occuper de l’espace et des ressources. Tom De Blende, Managing Partner chez Cloudar, AWS Premier Partner en Belgique, appelle à une approche structurelle : « Le cloud peut être comparé à un élastique. Chaque fois que vous stockez plus de données, utilisez davantage de ressources ou activez plus de services, l’élastique s’étire un peu plus, presque imperceptiblement. Et en conséquence directe, votre facture augmente. Jusqu’au moment où l’élastique craque et que tout le monde se plaint des coûts du cloud. Mais ce n’est pas un problème du cloud, c’est une question d’hygiène numérique de votre organisation. »
Alors que les organisations achètent la capacité d’un serveur on-premises et décident ensuite consciemment d’investir ou de nettoyer, cette discipline manque dans le cloud, note Tom De Blende. « Cela vient du fait que la barrière à l’échelle est très faible. Un nettoyage numérique n’est donc pas un fait divers, mais une partie intégrante de toute stratégie cloud. Cela demande une nouvelle façon de penser que nous appelons FinOps. Plutôt qu’un nettoyage ponctuel, il faut instaurer une culture permanente où les équipes sont conscientes de ce qu’elles consomment et pourquoi. »
« De petits ajustements peuvent faire une grande différence, tant sur la facture que sur la sécurité et la durabilité. Vérifiez régulièrement quelles ressources sont encore actives, établissez une politique de cycle de vie des données dépassant un certain âge, et définissez clairement les responsabilités de chaque environnement », conclut-il.
4. Le matériel mérite également une seconde vie
Un nettoyage numérique ne se limite pas aux données, logiciels et infrastructures. Nos appareils ne doivent pas être oubliés. Ce défi ne concerne pas seulement les entreprises : presque tout le monde possède un ancien smartphone dans un tiroir. Dommage, car beaucoup de ces appareils peuvent avoir une seconde vie, par exemple via le marché du reconditionné. Cela est bénéfique pour l’environnement et le portefeuille du consommateur, explique Martine Hardeveld Kleuver, Country Lead Swappie, spécialiste des iPhones reconditionnés.
« Nos recherches montrent que deux Belges sur trois achètent un nouveau smartphone alors que leur ancien appareil fonctionne parfaitement. Et cet ancien téléphone finit souvent dans un tiroir à prendre la poussière pendant des années. Dommage, car de nombreux appareils électroniques inutilisés contiennent des matériaux rares ou dont l’extraction a un fort impact écologique. Recycler est donc essentiel pour éviter que les anciens téléphones ne s’accumulent dans la montagne croissante de déchets électroniques. »
Le marché du reconditionné offre une alternative intéressante au recyclage. « En rendant votre ancien téléphone, il est souvent possible de le remettre en circulation après une remise à neuf complète. Ainsi, plus de personnes ont accès à un smartphone de qualité, l’impact de la production de nouveaux téléphones est réduit, et le vendeur reçoit une compensation intéressante pour son ancien appareil. Il est donc littéralement rentable, lors d’un grand nettoyage numérique, de vérifier quels appareils nous n’utilisons plus. »
Edwin Weijdema, CTO EMEA et Cybersecurity Lead chez Veeam
Carole Santens, managing director de l’organisation belge des centres de données BDIA
Tom De Blende, Managing Partner chez Cloudar
Martine Hardeveld Kleuver, Country Lead Swappie

